‹ Leçons de morale [microforme]Chapitre 4 sur 31 · CHAPITRE PREMIER La fin des actes humains · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER La fin des actes humains

8. Acte humain, acte de l’homme. — L'acte humain est celui qui est soumis à la direction de la raison et au contrôle de la volonté libre. C’est l’acte volontaire, libre, moral. L’acte de l’homme est celui qui échappe à cette direction et à ce contrôle. C’est l’acte involontaire, nécessaire. Il va sans dire que seul l’acte humain est l’objet de la morale.

9. Définition et divisions de la fin. — La fin est ce pour quoi quelque chose se fait, ou encore, « le terme d’un acte, d’un Mouvement, d’une tendance.» 4) Ce pour quoi se font les actes humains, ce qui est leur lerme, ce vers quoi ils tendent, voilà leur fin.

La fin est prochaine ou immédiate lorsqu’elle est un moyen d'atteindre une autre fin qui lui est supérieure et à laquelle elle est subordonnée. Elle est dernière ou suprême lorsqu'elle n’est Pas rapportée à une fin ultérieure. La fin dernière est subjectivement et objectivement dernière. La fin subjectivement dernière est celle qui dans l'intention de celui qui agit est acceptée et voulue comme le but suprême de ses tendances. La fin objectivement dernière est celle qui en elle-même est vraiment, réellement, le but suprême, indépendamment de l'intention de celui qui agit. C’est de cette fin objectivement dernière qu’il est question lorsque nous parlons de la fin ultime de l’homme.

10. La fin, c’est le bien. — Étant le terme de l’activité d’un être, la fin est aussi son bien. Celui-ci, en effet, est ce qui sollicite, ce qui attire. Or la fin est ce vers quoi lend un être dans ses opérations. Elle attire donc l’agent, elle le sollicite donc à se mettre en action, Partant, elle a le même rôle que le bien, elle se confond avec lui.

11. Différentes manières de tendre vers une fin. — I] y a deux manières de tendre vers une fin : la manière active et la manière passive. Certains êtres se dirigent vers leur Jin : c’est la façon active. D’autres Y sont dirigés : c’est la façon passivw Pour se diriger

soi-même vers sa fin la connaissanc est nécessaire, Et

(1) Castelein, Morale, p. 65.

MORALE GÉNÉRALE ty

les moyens de connaître sont les sers et l’intelligence. Mais la tendance active vers une fin suppose surtout la connaissance intellectuelle, et voilà pourquoi, au vrai sens, l’homme seul se dirige vers sa fin. Quant aux brutes, tout en appréhendant leur but d’une façon sensible et instinctive, elles sont Plutôt dirigées vers leur fin, parce qu’elles ne peuvent Pas ne pas tendre vers le but connu. L’être intelligent au contraire choisit librement les moyens appropriés à la fin perçue, et librement aussi il peut s’en éloigner,

12. Les actes aumains sont ordonnés à une fin.— Les actes humains sont ceux qui subissent la direction de la volonté libre (8). Or la volonté tend toujours vers le bien qui est la fin (10). Les actes humains de l’homme sont donc ordonnés à une fin. Quand on

dit que, de sa nature, la volonté tend vers le bien, cela

ne signifie pas qu’elle ne :ommet jamais le mal, Mais lorsqu'elle fait le mal, c’est son bien, c’est son plaisir que la volonté cherche. C’est ce plaisir, c’est ce bien çaui est l’objet de ses tendances, c’est-à-dire, sa fin.

13. La fin des actes humains est subjectivement et objectivement ultime. —1] est évident que dans son intention — subjectivement — l'homme se propose une fin ultime. Autrement nous ne pourrions pas expliquer cette série d’actes subordonnés les uns aux autres. Jean vient au collège (A) pour étudier (B) afin de passer ses baccalauréats (C) et d’être admis au grand séminaire (D) où après cinq ans de théologie il sera jugé apte à recevoir l’ordination sacerdotale (E). E est donc la fin ultime à laquelle D, C, B, A sont subordonnés comme des fins intermédiaires. E enlevé, D, C, B, A n’ont plus leur raison d’être. Donc sans fin ultime, pas de fins intermédiaires, et, par conséquent,

impossibilité de poser un acte moral quelconque. — 9 De plus il faut que cette fin soit réellement, objectivement ultime, Autrement dit, il doit y avoir quelque part un bien voulu pour lui-même et qui ne soit pas subordonné à un autre. C’est Dieu, infiniment sage, qui a mis dans l’homme cette tendance irrésistible vers une fin complète, capable de le satisfaire totalement et que lou nomme le bonheur. Si cette fin n'existe pas ohjectivement, réellement, il faudrait dire que Dieu, la bonté même, est l’auteur d’une inclination vaine, cause de tous nos tourments. Cela répugne.

14. Laïfin ultime objective de chaque homme est unique. — Pour être vraiment, objectivement derrière, une fin doit combler tous les désirs de celui qui tend vers elle et ne laisser rien à convoiter en dehors d'elle. Or une fin comme celle-là doit être unique. Si

elle satisfait pleinement — comme c’est sa fonction —

Pourquoi admettre l’existence d’une deuxième et d’une troisième fin ?

15. Lafin*ultime"objective est la même pour tous les hommes, —- Ia fin ultime objective est ce bien qui existe indépendamment de l’homme et est capable de combler tous ses désirs. Et pour pouvoir ainsi satisfaire pleinement la nature humaine, !1 fin ultime lui doit être propo: tionnée d’une certaine façon. Car, en réalité, la fin ultime en elle-même est la perfection de l’homme et doit être conforme à sa nature. Or la nature humaine est la même dans tous les hommes. La'fin ultime objective est donc la même pour tous ceux qui appartiennent au genre humain.

16. La fin ultime subjective va:ie avec les appréciations {de fchacun. — La tin ultime subjective

est la fin telle que chacun la conçoit, telle qu’il la juge. Est-il besoin de dire que les manières de voir, d’apprécier, de juger, soumises à plusieurs contingences, sont variables comme celles-ci ; si bien qu’on a pu dire : autant de têtes, autant d’appréciations. Et d’ailleurs les faits de tous les jours nous montrent que chacun cherche son bonheur là où il croit le trouver, là où d’après lui il doit exister.

17. La fin ultime objective est le bonheur, — En elle-même, ou objectivement, la fin ultime est ce qui nous satisfait pleinement. Elle est le bien qui exclut tout mal et satisfait toutes les aspirations de la nature humaine. Or ce qui est pour l’homme la source d’une satisfaction aussi complète, ce qui éloigne de lui tous les maux dont la présence ou la menace le rend malheureux, se nomme bonheur.

18. Dieu seul est le vrai bonheur de l'homme. — © En dehors de Dieu rien ne Peut nous rendre vraiment heureux. En dehors de Dieu il y a les biens de l’âme et du corps, et les biens extérieurs. Les biens de l’âme, comme la science, la vertu, les biens du corps, comme la santé, la beauté, ne peuvent pas nous rendre complètement heureux. La plupart de ces biens, à peine les possédons-nous que déjà nous somrnes exposés à les perdre. Ils sont donc une cause d’anxiété et de crainte. Les biens extérieurs, comme les richesses, on peut en dire autant. Quels soucis, quels ennuis ils sèment partout où ils se trouvent . Dieu seul réalise les conditions du vrai bonheur. Pour être réellement la fin ultime ou le vrai bonheur un bien doit a) satisfaire pleinement tous nos désirs, b) exclure tout mal, c) n’être Pas sujet au changement et d) être à la portée de tous. Or Dieu seul, bien absolu, infiniment parfait, est capable

d’apaiser complètement notre soif de bonheur ; bien suprême, il est incompatible avec le mal ; immuable, il reste ce qu’il est, il ne change pas ; auteur de toutes choses, le ciel et la terre proclament ses grandeurs, de sorte qu’il est à tous facile d’accès, sans compter les autres mille et un moyens mis à la porté: de chacun Pour arriver à sa connaissance. Saint Augustin avait donc raison de dire : « Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur sera inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en vous.»

19. La fin ultime de l'homme dans l’ordre actuel est une fin surnaturelle, — Il ne faut pas oublier qu’à l’instant où le premier homme fut crée, Dieu l’a élevé, lui et ses descendañts, à un rang qui dépasse entièrement les exigences de la nature humaine. Notre

destinée, notre fin actuelle est donc surnature:le, La béatitude du ciel ne s’obtient que par des actes appropriés, impossibles sans le secours de la grâce divine. On peut dire que le bonheur imparfait de ce monde — pourvu qu'il soit d’accord avec la loi morale — est un 8 “ant-goût du bonheur de l’au-delà.

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