MORALE GÉNÉRALE CHAPITRE II
La loi morai:
20. Définition de la loi morale. --- Pour arriver à sa fin l’homme est obligé de se conformer à une règle qui lui fera éviter les obstacles et en même temps le conduira sûrement à son but. Cette règle, c’est la loi morale. Elle est «une ordonnance de la raison dictée par le dépositaire du pouvoir, et promulguée en vue du bien commun ». (Saint Thomas). La loi motale est donc différente des lois physiques qui gouv-rnent les êtres privés de raison et de liberté. On l’appelle morale parce qu’elle concerne les mœurs, les actions des êtres intelligents et libres. Elle renferme trois éléments essentiels. D'abord, elle est dictée par la raison, en d’autres termes, eile est un principe d’ordre
et non pas un commandement quelconque né du ca- :
__price, source de désordre. Ensuite, elle doit émaner du Pouvoir légitimement établi, pour les véritables intérêts de tous. Considérée en Dieu la loi s'appelle loi éternelle, dans l’homme, on la nomme loi naturelle.
21. La loi éternelle, la loi naturelle, — La loi éternelle est l’idée de l’ordre qui existe de tov'e éternité dans l'intelligence divine et dont Dieu veut efficacement le Maintien par toutes les créatures. — La loi naturelle est un reflet de la loi éternelle dans la raison et dans la conscience de l’homme. Elle ordonne à l’homme de garder inviolablement l’ordre moral. Et comme cet ordre n'existe que si le mal est exclu, on peut dire que la loi naturelle se ramène à cette prescription fondamentale : faire le bien et fuir le mal.
22. Existence de la loi éternelle et de la loi naturelle, — 1 Dieu étant un être très sage a nécessairement conçu un ordre que doivent suivre les êtres créés pour arriver à leur fin. Or cette conception éternelle de Dieu, c’est la loi éternelle. La conscience humaine proclame bien heut qu’elle est sans cesse commandée de faire le bien et d’éviter le mal, elle dit encore qu’une voix étrangère lui intime sans cesse l’crdre d’accomplir son devoir. Cette voix qui commande et ordonne, c’est la loi éternelle elle-même se manifestant à la raison humaine, en d’autres termes, c’est la Loi naturelle.
23. Les propriétés de la loi naturelle. — Les nropriétés de la loi naturelle sont l'universalité, la clarté, l'unité et l’immutabilité. La loi naturelle s'adresse à tous les hommes parce qu’elle est l’expression de la loi éternelle dans chaque être raisonnable. A elle toutes les créatures inteuigentes sont soumises, elle est donc universelle. De plus pour obliger tous et chacun la loi naturelle doit énoncer des préceptes clairs, facilement connaissables, comme, par exemple, ce précepte fondamental : fais le bien, fuis le mal, qui est évident. Viennent ensuite les applications immédiates, les conclusions prochaines de ce précepte, tels que les commandements du Décalogue. Quelques-uns peuvent ignorer ces cominandements, mais pas longtemps, ni d’une ignorance invincible. Arrivent ensuite les lois positives qui varient souvent avec les milieux. Ces lois étant
la détermination très éloignée de la loi naturelle, il peut. y avoir facilement erreur à leur sujet. En fait, l’ignorance de ces applications très lointaines de la loi morale est fréquente. L'unité de la loi naturelle ne se discute pas quand on sait que cette loi se ramène à l’unique
précepte : fais le bien, fuis le mal. Et ce précepte étant un premier principe, il doit donc être immuabie, autrement dit, la loi naturelle revendiqr« encore le privilège de l’immutabilité. Aussi lorsque Lieu ordonna à Abraham d’immoler son fils et aux Hébreux de s'enrichir des dépouilles des Égyptions, on ne peut pas dire qu’il a changé la loi naturelle qui défend de tuer son prochain et de prendre le bien d’autrui. Lui, le maître de toutes choses, pouvait disposer de la vie d’Isaac et des richesses des Égyptiens. Mais le précepte naturel qui défend de tuer son prochain est resté ce qu’il est, seulement cette défense est faite à celui qui n’est pas maître de la vie d’un autre. Il en est de même pour le vol. Il n’est pas permis de prendre le bien d’autrui quand réellement il lui appartient. Or dens le cas des Égyptiens il n’y a pas eu vol puisque Dieu a ordonné aux Hébreux de prendre ce qui était sien, ce dont il était le maître.
24. Obligation de la loi naturelle. — Il n'y a aucun doute que la li naturelle impose une obligation morale à ceux auxquels elle s'adresse. Nous disons morale et non physique parce que les sujets de la loi naturelle sont des êtres intelligents et libres. Toujours ils peuvent transgresser la loi, ils en ont la puissance physique, mais en tant que doués de raison et de volonté ils doivent s’y soumettre. Le fondement de l’obligation de la loi naturelle est l’intelligence divine qui trace à tous les êtres le chemin à suivre pour atteindre leur fin suprême.
25. Sanction de la loi naturelle. — Pour que sa loi fût observée, Dieu a dû prendre les moyens efficaces. Ces moyens efficaces, c’est la sanction. Elle consiste dans la détermination des récompenses et da+ châtiments
à imposer à ceux qui sont fidèles à la loi ou la transgressent. La sagesse de Dieu exige la sanction. Mais, en ce monde, — l'expérience le prouve — la sanction n'est pas complète : elle ne le sera que dans l’autre vie. N'est-il pas vrai que souvent les bons souffrent et les méchants jouissent ici-bas ? Il faut donc une autre vie
où la rétribution des châtiments sera faite à chacr-n suivant ses mérites,
26. T a loi positive divine et humaine, — La loi positil est l'application de la loi naturelle par l'autorité légitime en vue Lu bien commun. La loi naturelle, dans ses conclusions éloignées, est vague et indéterminée. Elle nous commande, il est vrai, de faire le bien et d'éviter le mal, Mais de quelle façon devonsnous lui obéir? C'est à la loi positive de le dire. La loi positive est divine ou humaine selon que l'autorité
légitime qui commande est l'autorité de Dieu vu de l’homme.
27. La loi positive divine est nécessaire à l’hom- Me. — À cause de sa faiblesse intellectuelle et des passions diverses qui l'assaillent, l’homme est souvent dans l'impossibilité morale de connaître avec certitude ce qu'il faut faire pour arriver sûrement à sa fin uliime. I est donc nécessaire que Dieu intervienne d’une i ;on directe où «ndirecte pour lui enseigner ses devoirs. Cette intervention se omprend facilement, Puisque c’est la vclonté de Dieu que l’homme ait tous les moyens capables de le conduire au ciel. Or l’enseignement de Dieu s'appelle loi positive divine, ou parfois, révélation.
28. Lorsqu'elle est juste et possible, la loi positive humaine impose obligation. — La loi est juste
© quanu elle est dictée par la raison, lorsqu’eiie est
promulguée par l'autorité légitime, ® quand elle est faite pour le bien commun. Dans ces conditions le loi positive est conforme à la loi naturelle, et, comme celle-ci, elle a pour fondement Dieu lui-même qui a le droit d'exiger obéissance de la part des crér'ures ruisonna-
bles dont il est le maître et le bienfaiteur. La loi est X
possible lorsqu'elle ne dépasse pas les capacités de ceux à qui elle s'adresse. Et pour être exempts d'obéir à une loi jugée au-dessus de nos forces, il n’est pas nécessaire d’être dans ‘une impossibilité Physique. L'impossibilité morale suflit. Au reste — tous l'admettent — l'impossibilité physique est une cause qui exempte toujours. Il ne peut en être question. Ainsi un malade au lit est dans l'impossibilité Physique d'aller à la raesse. Aussi bien les moralistes n’épiloguent pas sur son cas. Mais il s’agit plutôt d’une impossibilité morale. Cette
impossibilité existe lorsqu'une loi nous commande quel-
que chose qui, absolument, peut se faire, toutefois, dans
les circonstances, est réputé frop onéreux.