GANGRÈNE SYMÉTRIQUE DES EXTRÉMITÉS - DIAGNOSTIC
Les phénomènes que nous venons de passer en revue se rencontrent presque toujours aux extrémités, soit de la main, soit du pied. Une seule fois, Raynaud a signalé un cas de gangrène symétrique au nez et aux oreilles. En 1879, Grasset en a donné aussi une nouvelle observation; la lésion était exclusivement limitée au nez et aux oreilles, il n’existait aucune manifestation pathologique ni aux pieds ni aux mains.
Diagnostic. — Cette espèce de gangrène se rapproche sans aucun doute de la gangrène dite sénile; cependant des différences sérieuses peuvent être établies.
Différences au point de vue du siège qu’occupent les
lésions ;
— de l’étendue qu’elles présentent;
— de la marche du processus;
— de l’état des vaisseaux.
Au point de vue du siège des lésions. — La gangrène spon-
tanée affecte le plus souvent un seul membre, la gangrène symétrique des extrémités affecte deux parties similaires.
A u point de vue de V étendue. — La gangrène spontanée n’occupe presque jamais moins d’un orteil, elle remonte fréquemment jusqu’au-dessus des malléoles et au delà. La gangrène symétrique se borne habituellement à la peau, rarement elle compromet une ou deux phalanges.
Au point de vue de la marche du processus. — Dans la gangrène sénile, la lésion envahit uniformément toute une région; dans la gangrène symétrique, plusieurs points peuvent être pris à la fois, et entre ces parties malades des parties saines peuvent se rencontrer.
Au point de vue de l'état des vaisseaux. — Dans la gangrène dite sénile, les lésions vasculaires sont toujours très accentuées ; dans la gangrène symétrique, les vaisseaux sont intacts.
Ces considérations pourront vous permettre de distinguer assez facilement ces deux états pathologiques.
QUINZIÉME LEÇON
La gangrène symétrique, dans une des formes que nous avons décrites, peut être encore confondue avec la sclérodermie.
On ne peut se dissimuler qu’il existe entre ces deux maladies bien des points de contact, et jusqu’à la période des déformations, on assiste à une série de troubles trophiques qui aboutissent à la destruction des tissus par deux procédés différents, l’un d’atrophie, l’autre de gangrène; mais il est souvent difficile de différencier ces deux états. Nous avons pu suivre pendant plusieurs années une jeune fille qui présentait des symptômes graves de sclérodermie; bien souvent, quand il y avait recrudescence des phénomènes, il semblait que l’on allait assister à l’évolution d’une gangrène symétrique bien caractérisée.
L’asphyxie locale existe, en effet, à un haut degré dans la sclérodermie ; mais ce qui permettra toujours d’arriver à un diagnostic, c’est le mode de production des déformations. Dans la gangrène symétrique, vous trouverez des cicatrices consécutives à des phlyctènes. Généralement aussi on voit, à la surface de la peau, des plaques, des indurations ou des taches pigmentaires.
Dans sa monographie sur les gangrènes spontanées (1880), le docteur Bondot a établi aussi un point de diagnostic spécial que nous tenons à vous indiquer. Chez quelques malades, avonsnous dit, les extrémités des doigts, présentent quelquefois de petits tubercules consécutifs aux escarres. On peut se demander alors s’il ne s’agit pas de phénomènes analogues à ceux de la lèpre, surtout lorsque des ulcérations ont détruit des fragments osseux, et qu’à l’hyperesthésie du début a succédé une anesthésie complète. Il n’est pas toujours facile de poser un diagnostic exact. M. Hardy a montré, en effet, que certaines formes de lèpre peuvent s’accompagner de phénomènes gangréneux. On recherchera donc si la gangrène est le fait dominant et primitif. S’il en est ainsi, on pourra affirmer alors la gangrène des extrémités.