‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 114 sur 252 · GANGRÈNE SYMÉTRIQUE DES EXTRÉMITÉS — ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE SYMÉTRIQUE DES EXTRÉMITÉS — ÉTIOLOGIE

Étiologie. — L’étiologie de cette singulière affection présente les particularités suivantes :

1° L’influence du sexe féminin est très prononcée; ainsi Maurice Raynaud a noté que dans les quatre cinquièmes des observations la maladie se rencontrait chez la femme.

2° Dans la très grande majorité des cas, c’est de dix-huit à trente ans que les accidents surviennent. En somme, si nous avions poursuivi le diagnostic différentiel que nous avons établi il y a un instant, nous pourrions dire que la gangrène spontanée peut être regardée, jusqu’à un certain point, comme une gangrène sénile, qu’au contraire la gangrène symétrique est une gangrène juvénile.

3Û L’affection se déclare surtout chez les femmes lymphatiques, nerveuses, chez les femmes à accidents névropathiques.

4° L’action du froid peut être considérée comme une cause provocatrice, mais c’est tout. Cependant il est bon de faire la remarque qu’une fois la maladie déclarée, la moindre variation de température tend à augmenter les accidents.

5° Il est difficile de relier la gangrène symétrique à d’autres états diathésiques. Dans un cas cependant rapporté par Raynaud, les urines de la malade contenaient du sucre. D’après quelques observations de Rey, en 1867, de Fischer, en 1875, il semblerait que l’impadulisme pût être considéré comme cause de cette lésion.

Pronostic. — Le pronostic de la gangrène symétrique des extrémités offre quelques considérations spéciales. Il se présente habituellement en sens inverse de celui de la gangrène sénile. Souvent cette dernière affection commence par des symptômes en apparence d’une gravité peu sérieuse, et cependant Fabrice de Hilden, en quarante ans de pratique, affirmait n’avoir jamais vu un seul malade guérir.

La gangrène symétrique s’annonce, au contraire, avec des symptômes d’une gravité exceptionnelle, et cependant quand, après les grandes douleurs dont nous avons parlé, l’on voit se

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former symétriquement des escarres, si l’on peut affirmer que l’on a affaire à un processus gangréneux de cette forme, la guérison sera presque certaine; cette certitude est plus grande lorsque les escarres sont bien nettes, bien symétriques. Dans les cas où la formation des escarres n’est pas franche, où les phlyctènes ne s’accompagnent que d’ulcérations moins caractéristiques, la maladie se prolongera toujours beaucoup plus et la santé générale arrivera par ce fait à être sérieusement ébranlée.

Il nous reste à étudier, pour terminer, la nature et le traitement de cette singulière affection.

Nature de cette affection. — La gangrène symétrique des extrémités doit être regardée comme un spasme des vaisseaux capillaires.

On admet assez universellement aujourd’hui que la quantité de sang en circulation dans une partie augmente pendant le relâchement ou la dilatation des capillaires, et qu’elle diminue, au contraire, pendant le resserrement de ces mêmes vaisseaux. Lorsque ce resserrement est porté jusqu’à la suppression de la lumière du vaisseau , la circulation est complètement supprimée et l’on comprend alors que la mortification survienne. Ce sont là les conditions qui se réalisent dans les cas de gangrène symétrique.

1° L’affection débute tout d’abord par un spasme des vaisseaux capillaires. Ce spasme peut même exister quelquefois au niveau des artères d’un plus gros calibre ; ainsi Raynaud a pu constater l’effacement momentané du pouls radial. Ce premier degré constitue ce que nous avons appelé le doigt mort: les extrémités pâlissent, se flétrissent, deviennent insensibles.

2° A ce premier état succède souvent une réaction assez sensible, un relâchement des vaisseaux. Il se produit alors une congestion passive: c’est l’asphyxie locale que nous avons décrite.

3° Quelquefois l’état normal se rétablit, puis les accidents

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