ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA THROMBOSE
Quelques auteurs se contentent de diviser les thromboses au point de vue étiologique en deux catégories seulement : d’une part, les thromboses spontanées ou marastiques ; d’une autre part, les thromboses mécaniques; c’est la division que Lancereaux a adoptée dans son Traité <T anatomie pathologique.
Cette division peut se ramener exactement à celle que nous avons adoptée. Les thromboses marastiques ou spontanées comprennent, en effet, les thromboses par suite de ralentissement du courant sanguin et les thromboses par suite do modifications dans la composition du sang. Les thromboses mécaniques sont liées, au contraire, aux altérations de la paroi vasculaire.
En d’autres termes, le tableau que nous venons de tracer pourrait se ramener au suivant :
Thromboses marastiques ou spontanées. Elles comprennent : 1° Les thromboses A, par ralentissement du courant sanguin.
2° Les thromboses C, par altération du sang. Thromboses mécaniques :
Elles correspondent aux thromboses B, par altération de la paroi vasculaire. ,
Comme pour l’étude de l’embolie, examinons rapidement les phénomènes et les symptômes de la thrombose, c’est-à-dire consacrons quelques mots à l’anatomie pathologique et à la symptomatologie de cet accident, en appréciant quelques points de diagnostic, de pronostic et de traitement.
Anatomie pathologique et symptomatologie. — Pour étudier l’anatomie pathologique et la symptomatologie des thromboses, nous passerons successivement en revue les coagulations qui surviennent dans le cœur, dans les artères, dans les veines.
DIX-HUITIÈME LEÇON
Dans le cœur, les caillots se rencontrent sur les valvules, au niveau des piliers, tantôt au cœur gauche, tantôt au cœur droit; ils tiennent habituellement, soit à une composition anormale du sang, soit à une altération de la membrane interne du cœur, soit enfin à un obstacle dans la circulation. Dans ce dernier cas, il est facile de se rendre compte qu’ils doivent siéger plus particulièrement dans les oreillettes, quand il y a un rétrécissement mitral ou tricuspide dans les ventricules, au contraire, dans le cas de rétrécissement ou d’insuffisance aortique .
Ces caillots, de forme et de volume divers, sont habituellement :
a) Résistants;
b) Moulés sur les cavités qui les renferment ;
c) Fibrineux : la fibrine est habituellement à l’état fibrillaire, enserrant un petit nombre de globules, surtout de globules blancs ;
cl) Blancs ou jaunâtres ; quelquefois, au premier abord, ils apparaissent colorés en rouge. Gela dépend souvent de ce qu’ils baignent dans le sang qui leur donne cette couleur ; il faut avoir alors la précaution de les laver.
O11 observe souvent, an niveau de ces caillots, les phases dégénératrices de la fibrine. On trouve alors, au centre du thrombus, une cavité qui pourrait, au premier abord, faire penser que l’on a sous les yeux un kyste . La cavité est habituellement remplie d’un liquide d’un aspect analogue au pus. C’est une émulsion de fines granulations moléculaires, résultat de la modification de la fibrine ; ces granulations sont mélangées
Ide granulations graisseuses; de quelques leucocytes, habituellement un peu granuleux;
de quelques globules rouges déformés; de quelques cristaux d’origine hématique.
SYMPTOMATOLOGIE DES THROMBOSES DU CŒUR 477
Cruveilhier avait autrefois décrit ces caillots sous le nom de caillots purulents du cœur. Ce pus n’est, après tout, comme vous le voyez, qu’une modification de la fibrine.
Gomme ces modifications de ramollissement peuvent gagner aussi les parties superficielles du caillot, on comprend que des particules se détachent et occasionnent ainsi des embolies plus ou moins volumineuses. Ges coagulations cardiaques ont été confondues souvent avec les caillots qui se forment dans le cœur après la mort. Suivant quelques auteurs, la question serait bien difficile à trancher. Cependant, quand les coagulations présentent les caractères que nous avons décrits, il est difficile de douter de leur origine durant la vie. Les caillots qui se forment après la mort sont habituellement noirs dans toute leur étendue. Lorsqu’ils sont exceptionnellement décolorés, c’est la partie supérieure qui est blanche, les globules rouges, grâce à leur densité, tombent dans la partie inférieure. De plus, la fibrine n’arrive jamais à constituer les stratifications que nous avons signalées.
Lancereaux a cherché à se rendre compte des diverses conditions où l’on voit se produire les coagulations cardiaques. C’est surtout dans les cas de phtisie pulmonaire compliquée de pneumonie et de pleurésie que le nombre en est le plus considérable. La genèse de ces thromboses cardiaques semble subordonnée aux trois causes suivantes, une maladie aigiie, une altération du sang, un désordre local du cœur.
Ainsi dans 37 cas, Lancereaux a trouvé la distribution suivante :
Phtisies pulmonaires compliquées de pleurésie et de pneumonie. 13
S Pneumonies 7
Affections cardiaques ou valvulaires 5
Broncho-pneumonies 4
Rhumatismes articulaires compliqués de pneumonie. ... 2
J Varioles compliquées 2
! Fièvres puerpérales. . 2
I Erysipèle 1
l Brûlure et pourriture d'hôpital 1
DIX HUITIÈME LEÇON
Symptomatologie des thromboses du cœur. — La symptomatologie qu’entraînent les thromboses du cœur pourrait certainement se prêter à des considérations bien longues ; nous appellerons seulement votre attention sur les points les plus importants :
1° Les concrétions fibrineuses de petit volume peuvent quelquefois ne déterminer aucune réaction sérieuse.
2° Lorsque des concrétions existent dans le cœur gauche, le sang devra nécessairement s’accumuler, soit dans les veines pulmonaires, soit dans les capillaires du poumon; de là des œdèmes du parenchyme pulmonaire, souvent des ruptures vasculaires, des hémorragies en foyer plus ou moins considérables, suivant le vaisseau altéré. On voit survenir habituellement des palpitations cardiaques plus ou moins irrégulières. En définitive, moins d’oxygène absorbé à la surface du poumon surchargé d’acide carbonique et sensation de dyspnée plus ou moins intense.
3° Si les caillots existent dans le cœur droit, vous constaterez encore la dyspnée que nous venons de vous signaler, les palpitations cardiaques; mais quelques symptômes plus spéciaux viendront se joindre à ce tableau: les jugulaires se gonflent, la figure devient cyanosée, et l’on comprend même que, dans des cas de thrombus très volumineux, la circulation veineuse puisse être gênée dans une telle proportion que l’on verra sur venir des épanchements séreux plus ou moins accentués, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les cavités séreuses.
Signalons que, l’asphyxie augmentant, la mort est souvent le résultat de ces phénomènes morbides.
4° Il est facile de comprendre que souvent le thrombus, en se ramollissant, peut devenir l’occasion d’embolies, nouvelle source alors d’oblitérations vasculaires secondaires.
Nous venons d’étudier l’anatomie pathologique et les symptômes des thromboses cardiaques; examinons actuellement, au même point de vue, les thromboses artérielles.