C. Explications nerveuses
plus de chaleur partout.
Les produits pyrogénes en passant dans le sang jouent le rôle dematières enflammées. Expériences de Bilroth, de Weber, de Frese.
Production plus grande cl acide carbonique.
Production plus grande d'urée.
1° La lésion locale retentit sur les centres nerveux, les excite : d’oi'i fonctionnement vital exagéré. Battements du cœur plus rapides, échanges moléculaires plus complets. En somme, plus de chaleur produite.
2» La partie enflammée agit sur les centres nerveux. Contraction des vaisseaux. Algidité. Plus tard, paralysie des vaisseaux capillaires ; alors afflux de sang, chaleur générale plus grande.
3° Il y a des centres modérateurs de la chaleur.
Thèse de Weber, 1872.
Expérience de Heidenhain.
— Bruclc Gunther.
Tscheschichin.
1 La lièvre est due à une parésie du centre modérateur des combustions.
j 1» L'élévation durable de la température constitue la lièvre.
2° L'élévation de la température est due surtout à une production exagérée fie calorique.
13° La cause importante de ce phénomène réside dans le fait du passage dans le sang des produits pyrogénes.
An L’élévation de la température dépend en outre dans une certaine limite de l’augmentation de la température locale et du nivellement de la température.
5° L’intermédiaire du système nerveux impressionné soit par la sensation perçue de la partie enflammée soit par le contact du sang adultéré est nécessaire.
\ 6° La parésie des centres modérateurs agit dans le même sens.
CINQUIÈME LEÇON
Etude des autres symptômes généraux inflammatoires. — Symptômes du côté de la circulation. — Augmentation de fréquence des battements du cœur. — Fréquence du pouls. — Exception dans les cas de méningites. — Causes de la fréquence des battements du cœur. — Théorie de Marey, de Bernard. — Troubles de l’innervation.
— Troubles de sensibilité générale, de sensibilité spéciale, de motilité. — Étude du frisson.— Modifications du côté du sang. — Hyperinose. — Formation de la couenne dite inflammatoire. — Diminution de l’albumine. — Augmentation des matières grasses. — Diminution du chlorure de sodium. — Présence quelquefois du glycose.
— Leucocytose. — Troubles du côté de la respiration. — Accélération des mouvements respiratoires. — Augmentation dans la proportion d’acide carbonique éliminée. — Augmentation dans la quantité de la vapeur d’eau exhalée. — Troubles de nutrition. — Modifications de l’urine. — Amaigrissement.
Messieurs,
Continuons actuellement l’examen des autres symptômes généraux inflammatoires.
Du côté de la circulation, vous noterez deux phénomènes importants : l’augmentation de fréquence des battements du cœur et l’exagération du dicrotisme normal.
Le plus habituellement ces deux symptômes sont en rapport direct avec la marche de la température. Ils augmentent- quand la colonne thermométrique s’élève ; ils diminuent si la température vient à baisser.
Le plus souvent, une augmentation de température de 38°5 s’accompagne d’une fréquence des battements du cœur égale environ à 90. Si la température monte à 39°5 ou 40°, les battements arrivent à 120, 130, et même plus dans quelques condi-
86 CINQUIÈME LEÇON
lions. Le pouls suit nécessairement les modifications de rapidité que présente le cœur.
Cette fréquence du poids était considérée, il y a peu de temps encore, comme le signe le plus important de la symptomatologie fébrile. Cette appréciation serait complètement juste s’il existait toujours un rapport constant entre l’élévation thermique et le nombre des pulsations; mais l’observation clinique démontre que souvent il n’en est pas ainsi et que même il peut y avoir une discordance complète entre ces deux symptômes. Dans l’anémie, par exemple, dans certaines névroses, à la suite d’exercices violents, le pouls peut s’élever beaucoup, et cependant, le plus souvent, aucune complication inflammatoire n’existe dans ces diverses circonstances.
En sens inverse, vous rencontrerez quelquefois des inflam mations spéciales et le pouls 11e s’élèvera pas. Ainsi, dans les inflammations méningo- encéphaliques, vous constaterez souvent des températures excessivement élevées, 40°, 41°, et le pouls ne dépassera pas cependant 80, 90. Ce résultat, qui semble au premier abord bien imprévu, dépend, selon toute probabilité, de l’excitation permanente du pneumogastrique (nerf d’arrêt du cœur); cette excitation permanente détermine le ralentissement des contractions cardiaques. Les premiers jours de la maladie, cette discordance des symptômes est nettement accusée; plus tard, les progrès de la lésion amènent l’épuisement de l'action nerveuse spéciale du pncumo-gastrique et la fréquence du pouls s’harmonise alors avec l’intensité de la combustion fébrile.
Qu’elle est la cause de cette fréquence des battements du cœur dans les états fébriles ? Marey explique ce phénomène de la manière suivante. Pour lui, au début de la fièvre, pendant le frisson, les artérioles de la périphérie sont tout d'abord fortement contractées ; un peu plus tard, au contraire, pendant la période de chaleur, ces vaisseaux se dilatent. A ce moment, la tension baisse dans le système artériel, et comme la rapidité de la circulation est en raison inverse de la tension artérielle, 011
INFLAMMATION — SYMPTOMES GÉNÉRAUX
peut s’expliquer ainsi l’accélération par l’abaissement delà tension artérielle. Cette opinion ne peut être cependant acceptée complètement. Au début de la fièvre, en effet, pendant le stade de frisson, les artères sont contractées, la tension est alors accrue dans les vaisseaux, et néanmoins il y a déjà à ce moment accélération des battements du cœur. L’accélération est moindre cependant qu’elle ne le sera plus tard. L’explication de Marey peut donc, être en partie regardée comme juste.
Les expériences de Bernard sur l’ influence de la chaleur rendent compte aussi du phénomène. La chaleur possède, en effet, une action accélératrice sur le cœur, action qui, d’après ce physiologiste, s’exercerait même en dehors du système ner veux. Lorsqu’on engourdit, par exemple, une grenouille en la soumettant à une température refroidie, les battements du cœur diminuent dans des proportions excessives. Si l’on réchauffe l’animal, on voit les battements du cœur augmenter de suite à mesure que la température s’élève. Des expérience de Schelske, en 1860, et de Gy on, en 1866, avaient fourni déjà des résultats semblables. Ce que- l’on constate chez l’animal hibernant vient encore à l’appui do cette explication. Pendant l’hiver, en effet, le cœur de l’animal hibernant bat toujours avec une vitesse moindre.
Troubles du côlè de V innervation. — Les symptômes nerveux observés pendant l’évolution de la fièvre peuvent se rapporter à la sensibilité générale, à la sensibilité spéciale et à la motilité.
Les malades accusent habituellement des douleurs vagues ressenties dans les muscles du tronc ou des extrémités, un certain sentiment de lassitude générale, de la courbature. Quelquefois ils présentent une hyperesthésie cutanée très accentuée : le moindre attouchement s’accompagne de sensations douloureuses.
L’impressionnabilité des organes des sens augmente, souvent le malade accuse des bourdonnements d’oreille, la lumière
CINQUIÈME LEÇON
n’est supportée qu’avec peine. Parfois c’est une excitabilité générale très prononcée qui se manifeste au début ; le plus souvent, au contraire, le malade est accablé , ses paroles sont plus lentes, la mémoire fait défaut, le moindre travail intellectuel fatigue et ne peut être supporté. Vous constaterez souvent du délire, variable, du reste, quant à son intensité ou à sa forme. Ce tableau qui pourrait être, sans aucun doute, agrandi, nous semble cependant suffisant. Il nous reste à vous signaler, en outre, les troubles de la motilité.
Troubles nerveux de la motilité. — Quelquefois les troubles nerveux de la motilité consistent simplement dans un peu de faiblesse musculaire ; souvent, au contraire, dans une certaine excitation générale de l’activité musculaire. Le phénomène le plus important de ce groupe est, sans contredit, le frisson. Le frisson est, en effet, essentiellement un phénomène de convulsion. Il débute par le resserrement ischémique des vaisseaux capillaires périphériques et la saillie des bulbes pileux résultant du spasme des muscles des follicules. A ce premier moment, le malade se plaint d’un sentiment de froid à la surface cutanée. La peau est pâle, présentant le phénomène de l’horripilation, de la chair de poule. A un degré plus intense viennent ensuite se joindre des tremblements légers d’abord, bientôt suivis de secousses désordonnées de tout le système musculaire : tremblements, claquements de dents, et même convulsions générales.
En somme, le frisson est un acte réflexe dépendant de l'impression pathologique produite sur des centres nerveux, par le sang plus chaud dans lequel circulent les matériaux pyrogènes puisés au niveau de la lésion locale inflammatoire. Cette impression se réfléchit sur les nerfs moteurs périphériques et détermine à un moment donné :
1° La contraction de vaisseaux capillaires périphériques ;
’ 2° La contraction des muscles des follicules;
' 3° La contraction des autres groupes musculaires.
INFLAMMATION - SYMPTOMES GENERAUX
A ces phénomènes sont liés :
l°La pâleur de la peau ;
2° L’ horripilation de la surface cutanée;
[ 3° Les contractions musculaires multiples.
Quoique ce symptôme soit d’une très grande importance, il est impossible d’en faire cependant une des manifestations essentielles du processus fébrile. 11 peut, en effet, manquer; il peut, dans d’autres circonstances, exister sans la fièvre. Ainsi, chez des individus d’une impressionnabilité excessive, une impression vive, une forte excitation locale, un simple cathétérisme quelquefois peuvent faire naître un frisson. Dans ces cas, la cause initiale peut être considérée comme dépendant de l’impression produite sur le système nerveux, réfléchie d’abord sur les nerfs vaso-moteurs et s’irradiant ensuite sur ceux du système cérébrospinal. Ces divers symptômes nerveux sont toujours habituellement plus apparents chez les individus un peu faibles. Leur intensité est toujours subordonnée à l’impressionnabilité du sujet, et toutes choses égales d’ailleurs, c’est chez la femme, chez l’enfant que leur expression est toujours plus complète.
Il nous reste encore à apprécier les modifications que la fièvre détermine du côté du sang et les symptômes dépendant des troubles de la nutrition. Passons en revue les premiers.
Modifications survenant du côté du sang. — Les modifications diverses qui surviennent du côté du sang peuvent être ramenées aux suivantes :
1° Le plus souvent la quantité de fibrine augmente dans le sang, il y ace que l’on a très bien dénommé hypérinose.
2" On sait qu’à l’état normal le sang est composé de deux parties, parties complexes elles-mêmes :
\ L’une d’elles, liquide, le sérum ou plasma;
^ L’autre, solide, le cruor.
Leséium contient la fibrine, l’albumine, les matières grasses extractives et cristalloïdes.
Le cruor est constitué par les globules rouges, les globules
CINQUIÈME LEÇON
blancs et les globulins. Du sang normal retiré des vaisseaux et abandonné dans un vase se divise en deux parties distinctes, le caillot et la sérosité. Le caillot renferme les éléments solides et la fibrine. Habituellement il est coloré dans toute son épaisseur d’une façon égale. Or, pour peu qu’il existe une inflammation un peu vive et assez étendue, le caillot qui se forme offre alors des caractères différents.
On voit à sa surface une couche grisâtre comme gélatineuse, c’est ce que l’on appelle la couenne inflammatoire . Occupons-nous de ces deux phénomènes, l’hypérinose et la formation de cette couenne.
a. Hypèrinose. — L’hypérinose, à la suite des inflammations locales, a été constatée par Hunter, Thomson, Davy, Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier. C’est surtout à Andral et Gavarret que revient le mérite d’avoir bien indiqué les évaluations de l'augmentation de fibrine dans les cas d’inflammation. A l’état physiologique, le sang renferme 3 0/0 de fibrine ou plasmine concrète. Ce chiffre peut s’élever à 5, G, 8, 9, et, dans les inflammations chirurgicales, la moyenne est habituellement de 5.
On peut comprendre l’hypérinose de deux manières différentes. Pour quelques-uns, il y aurait tout d’abord dyscrasie fibrineuse, puis l’on verrait survenir comme phénomènes consécutifs les lésions inflammatoires locales. Pour d’autres, la fibrine se forme, au contraire, tout d’abord en excès anniveau de la partie enflammée ; elle passe ensuite dans le torrent circulatoire. Pour les inflammations chirurgicales, cette étiologie semble plus naturelle. Virchow a fait à ce sujet des observations vraiment intéressantes et qui méritent d’ètre prises en grande considération. La fibrine est versée dans le sang parles vaisseaux et par les ganglions lymphatiques, aussi cette quantité est-elle toujours beaucoup plus considérable dans les inflammations des organes au niveau desquels on constate un grand nombre de ganglions ou vaisseaux lymphatiques.
INFLAMMATION — .'SYMPTOMES GÉNÉRAUX
Ainsi, à la suite des inflammations du poumon et de la peau, la quantité de fibrine que l’on constate est toujours très grande; les vaisseaux et les ganglions lymphatiques sont, en effet, nombreux dans ces organes.
Au contraire, dans les inflammations du cerveau, il y a peu d’hypérinose, le nombre des vaisseaux lymphatiques cérébraux est toujours très restreint.
La fibrine qui se forme dans ces conditions, passe en partie dans le torrent circulatoire, et reste en partie aussi au niveau de la partie enflammée, constituant alors l’exsudât local. L’exsudât local représente donc l’exès do fibrine qui n’a pas été entraîné par les courants vasculaires. Les propriétés delà fibrine inflammatoire diffèrent en outre un peu de celles de la fibrine normale, et sans vouloir entrer dans des indications chimiques trop spéciales, nous vous indiquerons les caractères suivants : 1° La coagulation de cette fibrine se fait toujours plus lentement; 2° cette substance fibrineuse est plus molle que la fibrine, ordinaire. Virchoxv lui a donné, pour la distinguer, la dénomination de substance fibrinogène. Quelquefois, ajoute le professeur de Berlin, le sang possède deux sortes de coagulation : l’une précoce, due à la véritable fibrine ; l’autre plus tardive, que l’on doit alors rapporter à la substance fibrinogène.
h. Formation de la couenne . — La formation de la couenne au-dessus du caillot est un phénomène en rapport direct avec l’augmentation absolue ou relative de la fibrine. Gomme cette augmentation peut avoir lieu dans d’autres conditions que l’inflammation locale, il doit en résulter tout naturellement que la couenne se rencontre dans d’autres circonstances que l’état in flammatoire. Quelques exemples peuvent facilement prouver cette assertion.
Ainsi dans la grossesse la fibrine augmente et la couenne apparaît au niveau du caillot.
Dans la chlorose, la fibrine est augmentée relativement par le fait de la diminution parfois si considérable des globules ;
CINQUIÈME LEÇON
l’on constate aussi clans ces cas la production de la couenne.
Au début d’une inflammation aiguë chez un sujet vigoureux, la couenne peut être cependant peu marquée au moment d’une première saignée. Plus tard, les émissions sanguines et la diète ayant diminué le chiffre des globules, la quantité de fibrine deviendra alors relativement plus forte; la production de la couenne sera alors aussi plus complète.
Une augmentation de fibrine à peine appréciable peut quelquefois donner lieu à la formation de la couenne; c’est ce qui arrive, par exemple, dans bien des cas de phlegmasies chroniques. Le malade est alors souvent débilité, et dans ces conditions la proportion relative de fibrine se trouve augmentée.
Enfin un dernier exemple de pathologie comparée vient à l’appui de ce que nous avons avancé. Chez le cheval, par exemple, la présence de la couenne est habituelle, parce que le sang de l’animal contient toujours une proportion de fibrine plus élevée.
On a cherché à expliquer encore le phénomène de la production de la couenne en faisant valoir les raisons suivantes :
Dans le sang enflammé, a-t-on dit, les globules rouges plus lourds descendent plus rapidement au fond du vase dans lequel le sang a été reçu. La partie supérieure du caillot se trouve ainsi privée de globules; cette partie privée de globules constitue alors la couenne.
D’autres, tout en admettant la même idée générale, ont pensé que dans le sang inflammatoire, le sérum devenait moins dense ; les globules rouges, sans être plus lourds, tombaient cependant plus rapidement au fond du vase, et que, de ce fait, résultait la formation de la couenne à la partie supérieure du caillot. Enfin quelques-uns ont admis que le phénomène dépendait de ce que les globules étaient susceptibles parfois de se réunir en s’agglutinant les uns aux autres. Quand on examine un peu sérieusement ces diverses raisons on se rend compte bien rapidement de leur peu de valeur. Ces diverses causes ne font, on peut dire,
INFLAMMATION — SYMPTOMES GÉNÉRAUX
que retarder la véritable explication. Pourquoi le globule rouge est-il plus lourd à un moment donné ? Pourquoi le sérum devient- il moins dense? Pourquoi l’agglutination globulaire est-elle plus facile dans de certaines conditions ? La seule raison que l’on puisse vraiment accepter c’est bien le fait que nous avons signalé en premier lieu, l’augmentation absolue ou relative de la proportion de fibrine.
Quelques circonstances indépendantes de la constitution du sang peuvent, en outre, favoriser la production du phénomène. Trousseau et Leblanc s’étaient déjà occupés de cette question en 1832; voici les résultats qu’ils avaient consignés.
1° Le sang agité laisse toujours déposer moins de couenne.
2° Le sang refroidi se coagule plus lentement ; la couenne est alors plus apparente.
3° Le sang recueilli d’une saignée baveuse fournit moins de couenne. La coagulation, dans ces conditions, se fait très rapidement. La couenne ne peut alors se constituer, les globules se trouvant de suite mélangés avec toutes les parties constituantes du caillot. Harwey et Sydhenam connaissaient déjà, du reste, ce résultat.
Les auteurs ont décrit ce qu’ils ont dénommé la couenne parfaite et imparfaite. La couenne est dite parfaite lorsqu’elle constitue une courbe bien unie, assez épaisse, dense. Quelquefois sa surface est un peu concave, on dirait que la couche plastique a subi comme un mouvement de contraction. La couenne est dite alors en godet. Dans ces cas, la quantité de fibrine contenue dans le sang arrive à un maximum de 8 à 9 0/0.
La couenne imparfaite est, au contraire, peu épaisse; la couche blanchâtre n’est pas continue, et l’on voit des plaques isolées les unes des autres laissant apercevoir entre elles la surface rouge du caillot.
J'ai tenu, dans ces explications, à laisser de côté le point de vue essentiellement chimique de la question : à ceux qui voudraient approfondir ce problème d’une manière plus complète,
04 CINQUIÈME LEÇON
j’indiquerai surtout à consulter l'excellente thèse du docteur Frantz Glenard.
Outre l’hypérinose et la présence de la couenne, quelques autres modifications du sang doivent encore être notées. Ainsi :
c. L’albumine, d’après les recherches de Thackrah, de Becquerel et Rodier, diminue dans des proportions assez grandes.
d. La proportion des matières grasses augmente.
e. Le chlorure de sodium diminue. D’après Beale, ce résultat dépendait dece qu’une quantité plus considérable de ce sel s’accumule à un moment donné dans les produits nouveaux exsudés.
f. Quelquefois l’on constate dans le sang la présence du glycose. D’après Rouget, quelques déchets glycosuriques se formeraient au niveau des parties enflammées ; ces substances passeraient ensuite dans la circulation, et l’individu, sans être diabétique, présenterait à ce moment des urines glycosuriques. Ges faits doivent être pris en considération dans les cas d’inflammations phlegmoneuses et dans les cas d’anthrax.
g. La quantité des globules blancs augmente dans des proportions considérables. Il y a alors ce que l’on appelle la leucocytose. En même temps, l’on constate habituellement une diminution dans les globules rouges ; souvent ils présentent dans ces conditions quelques modifications spéciales; ainsi d’après les observations deVulpian, ils deviennent visqueux, adhèrent plus fortement entre eux, et on les voit s’attacher plus complètement aux parois des capillaires .
Ils nous semble convenable de vous indiquer après l’étude des modifications du sang, les désordres qui surviennent du côté de la respiration.
Désordres du côté de la respiration. — La respiration subit des modifications pendant le processus fébrile.
Généralement la respiration s’accélère, et sans qu’il existe une relation bien fixe entre le nombre des mouvements respiratoires et raugmentatiou de la chaleur, le fait se réalise cependant presque toujours.
INFLAMMATION — SYMPTOMES GENERAUX
En moyenne, le nombre des mouvements respiratoires est augmenté d’un tiers. Ainsi le chiffre habituel de 18 à 20 respirations par minutes s’élève à 30 environ. Chez l’enfant, de même qlie les battements du cœur augmentent dans des proportions plus grandes, de même l’exagération des mouvements respiratoires est aussi poussée à l'extrême, et souvent chez éux vous constaterez 45, 50 inspirations par minute.
Les modifications les plus importantes de la respiration sont surtout celles qui surviennent au point de vue chimique.
En premier lieu, l’air expiré contient une plus grande quantité d’acide carbonique. Ce résultat était tout d’abord assez facile à prévoir puisque les observations de Lichtenfels, deFrôhlich, de Vierordt ont démontré, en effet, que la proportion d’acide carbonique augmente dè 60 0/0 quand le nombre des respirations vient à doubler ; mais actuellement des expériences bien plus positives de Leyden, de Liebermeister (1871) ont prouvé ce résultat d’une manière complète.
L’augmentation de l’exhalation de l’acide carbonique pendant l’accès de fièvre surpasse de 15 à 34 0/0 la quantité de ce gaz éliminée pendant l’asphyxie. ( :
11 semblerait au premier abord que c’est au moment où l’élévation thermique est la plus grande que l’on doive trouver le chiffre le plus élevé représentant la quantité d’acide carbonique éliminée. 11 n’en est rien. Ainsi à 40° Liebermeister a constaté parfois 19 grammes d’acide carbonique éliminé, tandis qu’à 39° il en était éliminé 31 gr. 07. Quand on y réfléchit on comprend, du reste, qu’il doive en être ainsi. Au moment, en effet, où l’élévation thermique est la plus grande il ne se produit plus alors d’augmentation de chaleur, et c’est au moment meme, au contraire, où l’accroissement de la température s’effectue que la production d’acide carbonique doit être plus élevée. Aussi dans les conclusions que Weber a indiquées dans sa thèse déjà citée de 1872, l’auteur formule la proposition suivante : « La quan-
CINQUIÈME LEÇON
tité d’acicle carbonique exhalé est proportionnelle à la rapidité de l’élévation de la température. »
Les expériences que nous venons d’apprécier ont d’autant plus de valeur qu’elles ont été confirmées en grande partie par de nouvelles recherches expérimentales de Senator, faites en 1853. Ce dernier auteur a soulevé, en outre, la question de savoir si l’exhalation exagérée d’acide carbonique devait être attribuée à une augmentation directe de la production de ce gaz ou si elle était due à une simple augmentation de l’ élimination. Il est possible que le fait de l’élimination plus complète doive entrer en ligne de compte, mais les résultats sont encore loin de permettre sur ce point une affirmation scientifique.
Les expériences de Senator ont porté aussi sur l’examen de la quantité de vapeur d’eau rejetée pendant la respiration. Le nombre des respirations augmentant, il était tout naturel de penser que la quantité de vapeur d'eau éliminée devait être augmentée. Les résultats ont pleinement confirmé cette prévision.
Il nous reste en dernière analyse à examiner les troubles survenus du côté de la nutrition.
Troubles du côté de la nutrition. — Gomme symptômes apparents, vous noterez les quelques phénomènes pathologiques suivants du côté des organes digestifs : la perte d’appétit, la soif vive, quelques nausées, quelques vomissements ; les sécrétions du tube digestif sont habituellement modifiées. 11 est, du reste, assez facile d’expliquer ces phénomènes divers.
La sécheresse de la langue et la soif sont en rapport avec les déperditions qui s’effectuent à la périphérie ; quant aux troubles fonctionnels digestifs, les modifications anatomiques que l’on a pu constater quelquefois, soit au niveau de la muqueuse gastrique, soit au niveau de la muqueuse intestinale, expliquent ces faits d’une façon assez satisfaisante. Ainsi des observations faites par Beaumont sur son Canadien ont démontré que la muqueuse gastrique est rouge, sèche, au moment d’un accès fébrile; souvent elle présente à ce moment des plaques rouges
INFLAMMATION — SYMPTOMES GENERAUX
nombreuses, quelquefois de véritables éruptions pustuleuses. Schiff a constaté l’arrêt de la sécrétion gastrique pendant la fièvre.
Gomme troubles nutritifs, les phénomènes les plus importants sont sans aucun doute ceux qui surviennent du côté de la sécrétion urinaire. Quelques détails consignés dans l’ouvrage de Picot nous permettront de vous faire connaître rapidement et cependant d’une manière assez complète ces principales modifications urinaires.
1° Les urines, abondantes et limpides pendant le stade de frisson, sont sécrétées ensuite en moins grande quantité. Elles deviennent colorées au moment de l’élévation la plus considérable de la chaleur; elles sont ensuite plus abondantes dans la période de terminaison de l’accès.
2° La matière colorante augmente dans des proportions notables ; cette matière colorante a été bien décrite par Jatte, sous le titre d’ Urobiline (Arch. de Méd., 1873). Wachsmuht la considère comme un produit de destruction des globules rouges.
3° La proportion des urates augmente et comme la quantité d’eau est habituellement moindre, l’urine, en se refroidissant, laisse précipiter ces sels. On voit alors ce que vous aurez bien souvent l’ocsasion de constater au moment d’un état fébrile: l’urine présente des sédiments de couleur rouge briquetée.
4° L’urée, dernier terme de la combustion intra-organique des substances albuminoïdes, augmente dans une proportion notable, malgré cependant (fait important dont il faut tenir compte) la diminution sérieuse que subit à ce moment l’alimentation du malade. L’augmentation de l’urée commence habituellement au moment où s’élève la température; elle dure pendant toute 1 évolution du processus fébrile. Il ne faut pas regarder ce phénomène comme une simple augmentation d’excrétion, mais bien comme une véritable hyperproduction.
La production d uroe en quantité plus grande est, en définitive, comme il est facile de le comprendre, un fait capital, intimement lié à la production d’une plus grande somme de chaleur.
Berne. — Palh. chir.
CINQUIÈME LEÇON
5° Parallèlement à l’augmentation de l’urée, on constate 1 accroissement des principes dits extractifs : la leucine, la tyrosine, la créatinine, la xanthine.
6° Enfin les chlorures diminuent. Ils diminuent même dans des proportions très accentuées. Ainsi, au lieu de 10, 11 grammes, chiffre normal, la proportion peut descendre à 2 grammes et même à 1 gramme dans les vingt-quatre heures. Quelques auteurs ont pensé que ce fait pouvait dépendre d’une augmentation de ce sel au niveau de l’exsudât inflammatoire. Pour d’autres, la diminution de l’alimentation devrait être surtout regardée comme la cause productrice. Quoi qu’il en soit, avec la cessation des accidents fébriles, on voit bientôt la proportion revenir au chiffre normal.
7° Le malade habituellement maigrit. Les phénomènes pathologiques que nous avons signalés du côté de la sécrétion urinaire et du côté de la respiration indiquent tout naturellement ce résultat. Le processus fébrile est après tout un fait pathologique de destruction organique, d’exagération des combustions interstitielles. L’autophagie, l’amaigrissement doit en être par conséquent la conséquence inévitable. Les expériences ont, du reste, sanctionné complètement ce que le raisonnement indiquait. Liebermeister, Leyden, Wachsmut, Petenkoffer sont arrivés expérimentalement aux résultats suivants :
La perte du poids pour un homme sain soumis à une diète absolue est habituellement de 12.2 pour 1,000.
Dans l’accès fébrile, la perte peut s’élever à 16. La différence, comme on le voit, est des plus sérieuses.
J’ai cru devoir laisser de côté les modifications que l'état fébrile entraîne soit du côté du foie, soit du côté de la rate. Ges recherches ont été entreprises surtout à la suite d’inflammations spéciales, elles intéressent moins par conséquent au point de vue de l’inflammation chirurgicale. Nous vous indiquerons cependant une observation faite par Peter et consignée dans la Gazette médicale des hôpitaux de 1869. La fonction de la rate,
INFLAMMATION — SYMPTOMES GÉNÉRAUX
d’après cet auteur, semblerait intimement liée à la production do la chaleur. Dans tous les cas où une élévation thermique est constatée le volume de la rate est toujours plus considérable.
Renseignés maintenant sur la symptomatologie complète du processus inflammatoire, nous pourrons aborder l’examen des théories de l’inflammation. C’est ce sujet que nous traiterons dans notre prochaine leçon.
Spéciaux.
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