C. La théorie nerveuse
Quand on cherche à se rendre compte du fonctionnement nutritif dans une partie de notre organisme, on voit qu’en dernière analyse ce fonctionnement nécessite :
[ Une cellule normale,
] Une circulation régulière,
( Une innervation convenable.
Or, comme l’inflammation comporte bien évidemment des modifications de nutrition dans la partie enflammée, on comprend que l’on puisse considérer l’un de ces éléments essentiels à tout acte nutritif comme le point de départ du processus inflammatoire. De là sont nées les trois théories que nous venons de distinguer.
Dans la théorie cellulaire, l’on rattache l'inflammation à une lésion primordiale de la cellule élémentaire.
Dans la théorie vasculaire, la lésion primitive est considérée comme venant du vaisseau.
Dans la théorie nerveuse, elle est considérée comme dérivant de l’élément nerveux.
Chacune de ces diverses théories mérite, du reste, d’être examinée à part.
Théorie cellulaire. — Küss (de Strasbourg), dès 1846, paraît être le premier auteur qui ait attribué aux cellules, et en •particulier aux cellules du tissu connectif, une influence primordiale et capitale; mais nul n’a soutenu cette manière de voir avec autant d’autorité et autant d’ardeur que Virchow Morel (de Strasbourg) a été aussi un des pathologistes qui ont le plus contribué à propager cette manière devoir.
Quand on a lu avec soin les divers travaux qui ont été faits sur cette question on arrive facilement à formuler sur ce sujet
INFLAMMATION — THÉORIES DE L’INFLAMMATION
quelques propositions générales, qui résument assez complètement cette théorie.
1° La cause immédiate de l’inflammation réside dans une altération des cellules constituant la trame organique, et, pour me servir du style même de l’école micrographique, on dit que c’est une dysplasie provoquée par une irritation phlo gis tique. Elle a pour siège la cellule du tissu cellulaire. L’irritation phlo gistique peut provenir soit du dehors, soit de principes particuliers charriés par le sang et mis ensuite en contact avec les éléments cellulaires.
2° Les cellules irritées se gonflent, prolifèrent, et ce n’est que consécutivement que les phénomènes vasculaires surviennent.
3° Pour ces auteurs, l’inflammation peut survenir partout où il y aura des cellules, peu importe qu’il n’y ait pas de vaisseaux dans la partie enflammée. Ainsi, pour eux, la cornée transparente, le cartilage sans vaisseaux sont parfaitement susceptibles de s’enflammer.
L’expérience suivante de Recklinghausen montre bien au maximum, si j’ose ainsi dire, l’idée fondamentale de cette théorie.
Recklinghausen, après avoir cautérisé la cornée transparente d’une grenouille, la détache immédiatement du reste de l’animal, et après l’avoir plongée dans du sang, du sérum ou de l’humeur aqueuse, il la maintient pendant un ou deux jours à une température convenable. On voit alors, même dans ces conditions, des néo-formations s’opérer, des globules purulents se constituer, et tout cela bien évidemment sans le concours de nerfs ni de vaisseaux.
Sans doute il y a loin de là à une évolution inflammatoire régulière et complète, mais je tenais à vous citer cette expérience pour bien vous faire comprendre jusqu’où peuvent aller les prétentions des cellularistes.
4° Si la sensibilité, la motilité et les sécrétions sont modifiées dans une partie enflammée, c’est que les cellules nerveuses,
104 SIXIÈME LEÇON
musculaires et sécrétantes arrivent à être aussi plus ou moins altérées à un moment donné par le fait du travail inflammatoire.
Théorie vasculaire. — La théorie vasculaire de l’inflammation est la théorie des pathologistes qui pensent que la cause des phénomènes inflammatoires réside surtout dans le système circulatoire. Cette théorie est de beaucoup antérieure à la théorie cellulaire. Dans la période ancienne, Galien, Celse, Boerhaave peuvent être considérés comme partisans de cette manière de voir. Hunter, à une époque déjà plus rapprochée de nous, a aussi décrit l’inflammation comme occasionnée surtout par un accroissement d’action des vaisseaux; mais ce sont principalement les travaux de Robin qui peuvent être regardés comme ayant le plus contribué à vulgariser cette pensée.
Comme pour la théorie cellulaire, il est possible de ramener à quelques propositions générales l’ensemble des observations qui ont été consignées pour défendre cette opinion. Les voici :
1° L’inflammation consiste essentiellement dans un trouble circulatoire des vaisseaux capillaires. Ces troubles circulalatoires s’accompagnent de perturbations thermiques.
2° Les troubles circulatoires sont les phénomènes vasculaires sur lesquels nous avons déjà insisté. Ils s’accompagnent de rougeur, de chaleur, de tuméfaction et de douleur.
3° Aux phénomènes vasculaires succèdent les phénomènes exsudatifs ou phénomènes extravasculaires. Les vaisseaux capillaires se déchirent, les exsud ats transsudent au travers des parois.
4° Après les phénomènes exsudatifs, surviennent, en dernier lieu, les phénomènes que l’on peut appeler .consécutifs. Ces phénomènes consécutifs consistent en des troubles nutritifs. Ce sont les phénomènes cellulaires que nous avons étudiés dans une de nos précédentes leçons. Il est une observation que vous retiendrez ; pour le professeur Robin, les néo-formations cellulaires se créent plus ou moins spontanément; on les voit naître à un
INFLAMMATION - THÉORIES DE L’INFLAMMATION
moment donné, directement dans le blastème; elles ne dérivent pas des cellules préexistantes par prolifération comme nous l’avons indiqué antérieurement.
5° Pour les vascularistes, il n’y a pas d’inflammation possible dans les tissus qui ne contiennent pas de vaisseaux. Pour eux, par conséquent, pas d’inflammation de la cornée transparente. La kératite n’est qu’un ensemble de troubles circulatoires siégeant dans les parties avoisinant la cornée, dans la sclérotique, par exemple, la choroïde ou les procès ciliaires. Ges troubles circulatoires s’accompagnent plus tard seulement de troubles nutritifs dans la cornée.
11 nous reste en troisième lieu à vous parler de la théorie nerveuse de l’inflammation.
L’action du système nerveux sur le processus inflammatoire a été étudiée avec un soin tout particulier surtout dans ces dernières années. Les faits connus sont loin de pouvoir encore tout expliquer ; mais dans des circonstances nombreuses leur interprétation permet de se rendre compte de la marche et de l’enchaînement des phénomènes morbides, et bien qu’il y ait certainement encore beaucoup de points obscurs, on peut dire cependant qu’il existe vraiment une théorie nerveuse de l’inflammation.
Théorie nerveuse de V inflammation . — La théorie nerveuse de l’inflammation comporte deux divisions. Les uns pensent que l’action nerveuse dans l’acte inflammatoire s’exerce indirectement sur les vaisseaux sanguins par les vaso-moteurs. C’est ce que l’on peut appeler la théorie névro-paralytique. D’autres soutiennent que l’action nerveuse s’exerce d’une façon directe sur les éléments enflammés. Remak, ScliifF, Samuel ( Die trophiscen Nervcn , Leipsig, 1860) ont, en effet, admis l’existence de nerfs dits nutritifs ou trophiques, dont les filets se distribuent aux éléments mêmes de nos tissus; c’est ce que l’on appelle la théorie nerveuse trophique.
Examinons tout d’abord les faits qui se rapportent à la première catégorie. Ges faits sont les suivants :
SIXIÈME LEÇON
1° L’expérience la plus importante est la section du grand sympathique au cou. Cette expérience, pratiquée tout d’abord par Pourfour du Petit, a été reprise et étudiée avec une intelligence toute spéciale par Bernard.
Lorsque l’on réalise chez un lapin la section du filet sympathique cervical ou que l'on pratique l’extirpation du ganglion cervical supérieur, on observe, du côté correspondant de la face, une dilatation notable des vaisseaux capillaires et artériels; de plus, il y a dans ces parties une augmentation très appréciable de la chaleur. Sans doute l’expérience ne détermine pas de suite un véritable travail inflammatoire, mais il y a tout d’abord comme une exagération de l’état physiologique, et si l’animal ainsi préparé se trouve placé dans de mauvaises conditions hygiéniques, si on l’expose à l’inanition, par exemple, à l’insuffisance nutritive, les parties dont les nerfs vaso-moteurs sont paralysés sont bientôt le siège d’une véritable inflammation.
2° Des résultats semblables peuvent être obtenus soit au niveau de la poitrine, soit au niveau de la cavité abdominale. La section du grand sympathique détermine toujours des congestions avec chaleur au niveau des parties que l’on a privées de l’innervation vaso motrice.
3° On observe quelquefois l’inflammation du globe oculaire après la section du trijumeau.
4° La pleurésie, la pneumonie surviennent souvent à la suite de la section du pneumogastrique.
5° Des ulcérations, des gangrènes arrivent fréquemment à la suite de lésions des nerfs sciatiques, ou de la moelle épinière.
6° En 1859, Charcot a publié des observations d’affections cutanées phlegmasiques consécutives à des lésions nerveuses. En 1860, Boeresprung (ann. Krank, Berlin, 1860) a indiqué la production d’un zona consécutif à des altérations multiples des ganglions spinaux. En 1865, Mitchell (Arch. de Méd.) relate divers cas de blessures des nerfs suivies de lésions vésiculeuses de la peau.
INFLAMMATION — THÉORIES DE L’INFLAMMATION
7° Les travaux de Duplay et Morat semblent avoir démontré ([lie l’ulcération du mal perforant est le résultat de lésions nerveuses occupant soit les rameaux du sciatique, soit le tronc do ce nerf, soit même les centres nerveux.
8° Une expérience de Claude Bernard mérite encore d’être indiquée. Vous la trouverez relatée dans la monographie de Chalvct. Si l’on injecte du sable très fin dans l’artère crurale d’un cheval, on détermine soit des phénomènes de gangrène, soit des phénomènes d’inflammation violente. Si avant l'injection du sable ou de suite après, on coupe les nerfs sensitifs du membre, il n’y a plus alors de réaction générale, l’animal résiste à la lésion qui reste essentiellement localisée. L’inflammation locale guérit alors très rapidement, ou se développe à peine. Le rôle du système nerveux sur le développement de l’inflammation est ici des plus évidents.
Les vétérinaires ont même utilisé cette donnée expérimentale pour traiter certaines maladies du sabot en abolissant quelquefois la sensibilité des parties malades par la section de certains nerfs. Par suite de cette section, l’on supprime l’impression de la partie malade sur les centres nerveux. Dès lors plus d’action réflexe, plus de paralysie vaso-motrice; par conséquent, plus de' congestion, plus d’inflammations consécutives.
Les faits nombreux que nous venons de passer en revue démontrent d’une façon bien formelle l’influence directe du système nerveux sur les phénomènes inflammatoires.
Ils ont servi à édifier ce que nous avons appelé la théorie névro-paralytique de l’inflammation.
Elle peut se formuler aussi en quelques propositions, comme nous l’avons fait déjà pour les théories vasculaire et cellulaire. Vous les trouverez en partie dans le cours du professeur Vulpian, de 1868.
1° Du paralysie vaso-motrice produit la congestion, la chaleur des parties paralysées. Elle ne produit pas directement l’inflammation.
SIXIÈME LEÇON
2° Il existe seulement pour les parties paralysées une facilité plus grande à contracter l’inflammation pour peu qu’une cause vienne la provoquer. Ainsi, après la section du sympathique au cou chez le lapin, si l’on irrite ensuite même légèrement l’oreille paralysée on déterminera alors l'inflammation de cette partie avec une facilité excessive.
3° Lorsqu’une partie est paralysée, l’irritation qui déterminera consécutivement l’inflammation peut être de cause externe, elle peut être de cause interne. Tantôt cette cause sera, par exemple, une condition traumatique; d’autres'fois, elle sera constituée par une substance nuisible quelconque circulant directement dans le sang.
4° Une excitation locale très forte paralyse habituellement les vaso-moteurs de la partie traumatisée. Le relâchement des vaisseaux explique alors la chaleur, la rougeur, le gonflement, la douleur que l’on voit survenir au niveau des tissus. On comprend ainsi l’axiome ancien. « Ubi stimulas ibi fluæus. »
5° L’inflammation peut naître par action réflexe sous l’influence d’une douleur locale. La douleur locale est tout d’abord perçue par le cerveau; le cerveau réagit ensuite par action réflexe sur les vaso-moteurs.
6° Pour expliquer tantôt la simple congestion que l’on obtient, tantôt l’inflammation qui se produit à la suite des modifications perçues par les vaso -moteurs, on peut alléguer l’existence des deux espèces de nerfs vaso-moteurs, les constricteurs et les dilatateurs (Ghalvet, 1869) : si les constricteurs sont paralysés, la congestion survient, mais elle sera alors passive; si les dilatateurs sont excités, la congestion survient encore, mais dans ces cas plus active et plus inflammatoire
Une seconde théorie nerveuse de l’inflammation a été proposée; elle est basée sur l’existence des nerfs trophiques.
Les nerfs trophiques accompagneraient en général les nerfs sensibles. Ils ont pour fonction l’entretien de l’activité nutritive des tissus. S’il sont excités, il y a tout d’abord une hypernutri-
INFLAMMATION — THÉORIES UE L’INFL MMATION
tion ; si l’excitation continue, les éléments anatomiques se gonflent, prolifèrent; il se produit alors une véritable inflammation aiguë. Si, au contraire, ces nerfs sont paralysés, il en résulte de l’atrophie. C'est ainsi que surviendrait, d'après Samuel, l’atrophie spinale de l’enfance. Cette maladie serait, du reste, rare, parce que les nerfs trophiques sont censés tirer leur origine de la substance grise de la moelle, et que les lésions à ce niveau sont relativement peu fréquentes.
Cette théorie a du moins le mérite de la simplicité; elle permet, en outre, de se rendre compte de tous les phénomènes inflammatoires.
Avec l’irritation des nerfs trophiques, on s’explique facilement un grand nombre de phénomènes pathologiques qu’il est difficile d'interpréter, et vraiment l’on serait presque tenté de répéter avec Duchenne (de Boulogne) « que si ces nerfs n’existaient pas, il faudrait au moins les inventer pour expliquer l’inflammation >>.
Ainsi cette théorie des nerfs trophiques explique tout naturellement, sans qu'il soit besoin de faire intervenir les phénomènes réflexes, les succès des vétérinaires dans l’inflammation du sabot par la section des nerfs conducteurs de la sensibilité. Les nerfs trophiques accompagnent toujours, en effet, les nerfs sentitifs, et la section des derniers entraîne nécessairement la section des premiers. Le nerf trophique supprimé, l’inflammation ne peut plus alors se développer.
Malheureusement, la constatation des nerfs trophiques n’a pas été vérifiée. Du reste, si cette théorie était vraie, la section du trijumeau devrait aussi agir pour supprimer l’inflammation, comme la section des nerfs sensitifs de la jambe agit dans l’expérience que nous venons de relater. Or il n’en est rien, ce sont, au contraire, des inflammations oculaires consécutives que l’on voit survenir habituellement après cette opération.
De plus, des expériences contradictoires d’Otto Weber, de Jones Simon, de Lister ont prouvé que la galvanisation des filets
SIXIÈME LEÇON
nerveux prétendus trophiques ne produisait pas toujours l'inflammation des parties innervées par ces rameaux. D’après les idées et les expériences de Samuel, cette excitation galvanique devrait toujours produire ce résultat. Il n’en est rien cependant, et d’après les auteurs, au contraire, que nous venons de citer, l’inflammation, quand elle survient, devrait être simplement regardée comme un phénomène de traumatisme expérimental.
Conclusions. — Nous venons de jeter un coup d’œil sur l’ensemble des diverses théories de l’inflammation. Il est tout naturel de chercher maintenant à vous indiquer quelques conclusions en attribuant à chacune d’elles la part d’importance qui semble lui revenir pour expliquer le développement du processus inflammatoire. Ce travail présente des difficultés sérieuses. Les théories vasculaire et cellulaire sont évidemment les deux plus importantes, et si la théorie cellulaire semble actuellement avoir le plus de faveur à certains points de vue, les modifications circulatoires sont aussi d’une importance extrême. Pour les cellularistes purs, avons -nous dit, il semble vraiment qu’il ne soitnulleinent besoin de vaisseauxpour que l’inflammation évolue ; pour eux, ce qui prédomine avant tout, c’est la prolifération cellulaire. Ne peut -on pas leur objecter que si ce point de vue était juste, ce serait dans l’embryon, avant tout développement de vaisseaux, que Finflammalion devrait exister à son maximum d’intensité, puisque c’est au niveau de cette partie que les phénomènes de prolifération et de segmentation cellulaire se manifestent tout d’abord avec le plus d’énergie ? Le commencement de la vie ne serait ainsi qu’un mouvement inflammatoire.
En résumé, le processus inflammatoire résulte évidemment de l’action combinée des cellules et des vaisseaux. Les vaisseaux sont, en outre, sous la dépendance du système nerveux qui coin mande à leur dilatation ou à leur resserrement, Les éléments cellulaires sont certainement souvent le point de départ des modifi-
INFLAMMATION — DEFINITIONS DE L’INFLAMMATION
cations phlegmasiques, mais cc sont les vaisseaux qui sont chargés de fournir les matériaux nécessaires à la formation des produits nouveaux. En combinant les trois théories que nous avons examinées, en partant de cette donnée que cellules, vaisseaux et nerfs concourent tous ensemble à la vitalité d’une partie, on arrive à mieux rationnaliser les phénomènes, à mieux les enchaîner, si l’on peut ainsi dire, les uns aux autres. On comprend l’évolution de l’inflammation même dans les tissus qui ne sont que très indirectement sous l’influence de la circulation (cartilage et cornée transparente, par exemple). On se rend compte, d’un autre côté, comment, en agissant sur la circulation, on peut modifier très puissamment la lésion inflammatoire. Enfin l’esprit saisit très bien la genèse des inflammations locales dépendant d’altérations des éléments nerveux.
Définitions théoriques de V inflammation. — L’étude des théories de l’inflammation nous conduit tout naturellement à l’examen d’une question que nous avons laissée de côté jusqu’à présent, celle des définitions théoriques de l’inflammation. De même que les théories que nous venons d’analyser, les définitions théoriques de l’inflammation semblent pouvoir se diviser en définitions
! cellulaires, vasculaires, nerveuses,
suivant que les auteurs se sont placés plus spécialement au point de vue de telle ou telle de ces théories. Gomme les théories nerveuses rendent surtout compte du commencement de l’évolution des phénomènes inflammatoires, de leur genèse, sans indiquer les autres actes consécutifs du processus inflammatoire, on comprend qu’il n’yait pas dans la science des définitions essentiellement basées sur la théorie nerveuse. En définitive, nous distinguerons donc seulement des définitions théoriques cellulaires et vasculaires. Nous y joindrons, en troisième lieu, des définitions théoriques éclectiques .
Ü2 SIXIÈME LEÇON
Gomme définitions théoriques cellulaires vous retiendrez celles de :
Virchow,
Jaccoud,
Sée,
Vulpian,
Heurtaux.
Pour Virchow, l’inflammation consiste essentiellement dans l’irritation formatrice des cellules du tissu conjonctif. Les produits de cette irritation dérivent de la prolifération de la cellule irritée.
Pour Jaccoud, l’inflammation est un désordre de nutrition qui est provoqué dans le tissu vivant par une impression anormale dite irritante, et qui est constituée par l’exagération temporaire de l’activité nutritive dans le territoire organique soumis à l’irritation.
Pour Germain Sée, l’inflammation est un acte généralement tumultueux, concurremment nutritifet dénutri tif. Cette définition, ainsi formulée au début de nos leçons, eût été lettre morte pour le plus grand nombre d’entre vous. Vous comprendrez facilement maintenant que, pour Germain Sée, l’inflammation est en d’autres termes, d’une part, caractérisée par un excès de nutrition», une hyperplasie; d’une autre part, caractérisée à un autre moment par une diminution, au contraire, dénutrition avec dégénérescence des tissus.
Pour Vulpian, l’inflammation est une irritation normale agissant à un degré anormal, ou bien une irritation anormale agissant d’une manière normale et amenant le trouble des activités élémentaires
Ainsi sous l'influence d’une irritation normale, celle du sang goutteux, par exemple, qui aborde une cellule, cetteaction devient anormale et l’inflammation survient. Do même, sous l'influence d’une irritation anormale, celle d’un traumatisme accidentel, vous voyez souvent survenir les phénomènes inflammatoires.
INFLAMMATION — DÉFINITIONS DE L’INFLAMMATION 113
Parmi les définitions les plus complètes et les mieux conçues, nous devons mentionner surtout celle que Ilcurtaux a formulée dans le Dictionnaire de Jaccoud. Pour cet auteur, l'inflammation est un trouble de nutrition qui tend à ramener les éléments cellulaires à l’état embryonnaire, qui s’accompagne généralement de dépôt de matière fibrineuse dans les parties enflammées, qui peut produire un liquide spécial, le pus, et dont les lésions transitoires peuvent disparaître sans laisser de traces, entraîner la destruction de l'organe ou aboutir à la formation de tissu connectif. Cette définition a surtout le mérite de bien grouper l’ensemble des phénomènes cellulaires qui caractérisent l’inflammation. Peut-être pourra-t-on lui reprocher de laisser complètement de côté les phénomènes vasculaires; elle ne mérite que mieux pour cette raison d’être classée dans le groupe où nous l’avons placée.
Chalvet. dans sa Pin /s iologiepalhol og i q 1 i e de l'inflammation , considère l’inflammation comme l’image de la nutrition, avec cette différence que dans la nutrition il y a équilibre, tandis que dans l’inflammation l’équilibre nutritif est rompu.
Définitions théoriques vasculaires. — Comme définitions essentiellement basées sur la théorie vasculaire de l’inflammation, je vous citerai surtout celles de Rokitanski et de Robin. Pour Rokitanski, l’inflammation est un travail morbide qui débute par la stase et aboutit à l’exsudation.
Pour Robin, l’inflammation est un trouble circulatoire dans les vaisseaux capillaires accompagné de perturbations thermiques.
Définitions théoriques éclectiques. — Parmi les diverses définitions éclectiques, l’une d’elles du professeur Boyer (de Montpellier), nous a paru mériter une mention toute spéciale. Dans un article inséré dans le Montpellier -Médical, et qui est une véritable monographie sur l’inflammation, l’auteur définit ainsi le processus inflammatoire : « L’inflammation est un état morbide caractérisé par une modification synergique de toutes
Berne. — l'atli. chir. ri
SIXIÈME LEÇON
les (acuités vitales des divers éléments constitutifs d’un organe ou d’un tissu. Cette modification consiste dans l’augmentation, la diminution, la perversion de ces facultés (sensibilité, caloricité, motilité, force plastique). La perversion de la sensibilité, de la caloricité, de la motilité détermine la douleur, la chaleur, la rougeur, la tumeur. La perversion, de la force plastique entraîne la modification dans la consistance, la cohésion, la densité de la partie. »
En groupant les diverses définitions d’après l’ordre que nous venons d’indiquer, nous pensons avoir rendu ces détails un peu moins arides. L’aperçu général des deux tableaux synoptiques suivants facilitera encore, je l’espère, ce résultat.
INFLAMMATION — DEFINITIONS DE L’INFLAMMATION