THÉORIES DE LA SUPPURATION
(Des phénomènes histologiques de V inflammation : essai d’une nouvelle théorie basée sur la considération de la granulation moléculaire). Pour l’auteur, le microzyma, la granulation moléculaire, c’est l’unité vitale ; tout part d’elle, au lieu de partir de la cellule ; tantôt cette granulation moléculaire arrive à constituer la cellule embryonnaire; tantôt elle se modifie en une cellule purulente.
Sans vouloir entrer dans des détails trop complets, les quelques propositions suivantes vous permettront de bien vous rendre compte de la pensée de l’auteur.
Au début de l’inflammation, disent la plupart des histologistes, la cellule se gonfle, et devient granuleuse. C’est, par exemple, ce que Cornil appelle la tuméfaction, l’état, trouble de la cellule. Pour le professeur Grasset, ce phénomène ne porte ni. sur la cellule, ni sur le noyau, mais sur la granulation élémentaire, le microzyma, proprement dit. C’est elle qui, proliférant, gonfle la cellule, la tuméfie; de là les modifications intérieures qui aboutissent, soit à la création des cellules embryonnaires, soit à la création des cellules purulentes.
Quel jugement, porter en définitive, sur ces diverses opinions ?
Il est bien difficile de pouvoir se prononcer d’une façon absolue, et si chaque théorie contemporaine peut être acceptée pour l’explication de quelques faits, aucune ne peut prétendre cependant à rendre parfaitement compte de tous les phénomènes.
Pour toutes, il y a des faits qui semblent les contredire. La théorie du blastème a été de nos jours la plus attaquée, et pour beaucoup d’auteurs, comme cette théorie semble entraîner la croyance à la génération spontanée, elle devrait, être rejetée d’une façon absolue.
Lortet et Ranvier ont certainement démontré que les expériences d’Onimus et Legros devaient être interprétées d’une façon différente. Puisque, soit en plaçant dans les petits sachets do baudruche des liquides évidemment incapables do s’organiser, tels que de l’eau sucrée ou une solution de gomme arabi-
Bernü. — l’alh. chir.
HUITIÈME LEÇON
que, soit en introduisant sous la peau des fragments de moelle de sureau, on voit cependant des globules blancs pénétrer au niveau de ces parties, il faut bien admettre de toute évidence que la cellule purulente ne se forme pas directement dans le liquide contenu primitivement dans la petite vessie de baudruche.
Quant à rejeter la théorie du blastème comme impliquant la croyance à la génération spontanée, cette pensée nous parait fausse. Le blastème est, après tout, une partie vivante. Cette partie peut, à un moment donné, présenter diverses modifications. Une de ces modifications peut être, par exemple, l’apparition de la cellule.
Le fait peut avoir lieu sans génération spontanée. L’exemple suivant vous permettra, nous l’espérons, de bien comprendre notre pensée.
Lorsque vous voyez apparaître des glaçons au milieu d’une masse d’eau, ces glaçons, véritables cellules, se sont constitués sans que la génération spontanée ait à intervenir dans l’explication de ce phénomène. Ne peut-on pas penser qu’il en est de même pour l’apparition, à un moment donné, des cellules purulentes au milieu du blastème? Le blastème subit de certaines modifications, ces modifications entraînent la constitution des cellules . Celles-ci naissent des éléments préexistant dans le blastème comme le glaçon s’est formé aux dépens de l’eau qui existait primitivement.
La théorie de Cohnheim a rallié certainement, depuis ces dernières années, bien des esprits positifs, et cependant l'expérience de Recldinghausen ne doit-elle pas laisser bien des doutes à son égard ? Après avoir enlevé la cornée transparente d’un animal, Recldinghausen la maintient à une température convenable dans du sang, du sérum ou de l’humeur. 11 constate ensuite des globules purulents formés au milieu des éléments mêmes de cette cornée.
De toute évidence, ces cellules purulentes n’ont pu provenir