INFLAMMATION CHRONIQUE
Il nous reste actuellement à examiner l’inflammation chronique et l’inflammation spéciale dans les divers tissus.
Inflammation chronique. — Pour l’étude de l’inflammation chronique, nous vous indiquerons seulement quelques propositions générales qui nous permettront ainsi de faire passer rapidement sous vos veux ce que cette question contient de plus important.
1° L’inflammation chronique évolue surtout dans l’intimité des parties; c’est au niveau du tissu cellulaire qui entre dans la composition des divers organes que la lésion existe.
2° Gomme dans l’inflammation aiguë, le travail inflammatoire chronique se résume en des multiplications, des proliférations des corpuscules du tissu conjonctif, des dilatations vasculaires avec production de vaisseaux nouveaux et de produits exsudés; seulement le travail pathologique s’accomplit avec lenteur. En trois mots, comme pour l’inflammation aiguë : prolifération,
| vascularisation, exsudation.
3° Les phénomènes éventuels qui peuvent succéder à l’inflammation chronique sont, comme dans le processus inflammatoire aigu, des phénomènes [ de résolution,
1 d’organisation ultérieure, j de suppuration,
. de dégénérescences.
4° La résolution, dans ces cas, est toujours très rare. Lalen teur de l'évolution, la permanence habituelle de la cause, s’opposent à un retour facile à l’état normal.
5° L’organisation dans l’inflammation chronique conduit habituellement à ce que l’on appelle l’induration scléreuse. Lorsque cette altération se réalise, le tissu inflammatoire de nouvelle formation passe à l’état fibreux plus ou moins dense. C’est alors comme une cicatrice profonde qui se constitue. Cotte
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néoformation fibreuse arrive bien vite à altérer la nutrition des éléments glandulaires de l’organe enflammé, soit par compression directe sur ces éléments, soit par compression des vaisseaux nourriciers. On comprend dès lors bien facilement tous les accident qui peuvent en résulter.
6° La suppuration dans l’inflammation chronique conduit habituellement à la production d’un pus pauvre en globules, très riche en petites granulations. La collection purulente peut, dans ces conditions, rester très longtemps sans se faire jour au dehors. Quelquefois les parties les plus fluides du pus se résorbent et l’abcès se trouve alors constitué par une bouillie caséeuse, qui peut séjourner indéfiniment au milieu des tissus, en subissant souvent la modification calcaire. Nous aurons, du reste, à revenir sur ces détails en nous occupant plus tard des divers abcès.
7° Gomme dégénérescences survenant à la suite de l’inflammation chronique, nous vous signalerons surtout les dégénérescences graisseuses. Ces altérations peuvent survenir soit au niveau des produits exsudés, soit au niveau des éléments voisins secondairement modifiés.
Les dégénérescences amyloïdes, lardacées, pigmentaires se rencontrent aussi fréquemment. Les tissus présentent alors une coloration noire ardoisée, pointillée ou arborescente. Ce phénomène dépend habituellement de la sortie des globules rouges en dehors des vaisseaux. La matière colorante s’altère et se fixe dans les éléments des tissus en leur communiquant alors line teinte noire plus ou moins prononcée.
En résumé, on constate, dans l’inflammation chronique des divers organes,
!leur résistance plus grande au toucher, leur cohésion plus considérable, la diminution fréquente du volume de l’organe,
^ la coloration brune, grise ou ardoisée.
Ces phénomènes divers peuvent tous être regardés, en défi-
CAUSES DE r/INFlAMM VTION CHRONIQUE - PRONOSTIC 199
nitive, comme liés intimement à l’organisation du tissu conjonctif interstitiel.
Terminons en établissant quelques considérations sur les causes et sur le pronostic de l’inflammation chronique.
Causes de V inflammation chronique. — Les causes de l’inflammation chronique sont souvent bien spéciales. Ainsi, tandis que l’inflammation aiguë résulte presque toujours d’une cause irritative bien manifeste, l’inflammation chronique peu se développer à la suite de conditions particulières susceptibles de modifier la nutrition, mais, au premier abord, d’un effet irritatif complètement nul.
Pour les articulations, par exemple, des observations déjà anciennes, recueillies par le professeur Tessier, ont démontré que l’immobilité prolongée amenait à la longue l’ankylose de l’articulation immobilisée, c’est dire que, dans ces conditions, on voit se réaliser des productions fibreuses, ou, en d’autres termes, du tissu inflammatoire interstitiel.
Des expériences sur les chevaux ont démontré, en outre, qu’un repos prolongé déterminait souvent soit l’hydarthrose, soit d’autres lésions inflammatoires chroniques.
Ces faits autoriseront, nous le croyons, à modifier le traitement de la tumeur blanche, traitement toujours si banalement formulé par le bandage immobilisant l’articulation pendant une période prolongée. N’est-il pas à craindre qu’en agissant ainsi on n’arrive justement à déterminer d’une manière plus complète les accidents d’inflammation chronique que l’on désire, au contraire combattre ?
Pronostic de /’ inflammation chronique. — Pour le pronostic, l’inflammation chronique devra toujours être considérée comme très sérieuse.
Le processus évolue dans l’intimité des tissus ; il altère souvent consécutivement l’élément cellulaire même de l’organe. La nutrition des parties est dès lors profondément troublée, et, comme Pajet l’a très bien indiqué, la vitalité faiblit, la compost-
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tion du tissu devient plus instable. Ges conditions défavorables servent, en outre, pour expliquer combien le processus inflammatoire aigu peut rapidement se développer dans des parties qui ont présenté pendant longtemps les symptômes de l’inflammation chronique.
Inflammation dans les divers tissus. — Il nous reste à examiner maintenant l’inflammation dans les divers tissus. Nous ne chercherons pas à traiter cette question d’une manière complète, ce serait aborder des détails d’une longueur trop considérable. Déjà, en 1826, Gendrin a publié sur ce sujet deux volumes (Histoire anatomique des inflammations). Aujourd’hui les progrès si importants de l’histologie permettraient d’ajouter beaucoup à l’ensemble de ces idées. Il nous serait impossible d’entrer dans cette voie, mais tout en restant dans les limites d’un cours de pathologie chirurgicale générale, il est quelques points principaux que nous devons passer en revue.
Si nous voulions restreindre complètement cette partie de notre sujet, nous nous contenterions des observations suivantes :
1° L’ensemble des tissus peut être ramené aux divisions établies, par exemple, par Cornil et Ranvier :
a) Tissus dans lesquels les cellules isolées n’ont aucun caractère spécial et dont la substance fondamentale est caractéristique : Tissus cartilagineux, osseux, conjonctif.
b) Tissus composés de cellules à évolution régulière et constante (épithéliums) ,
c) Tissus dans lesquels la cellule a subi des transformations telles qu’elle est devenue méconnaissable : Tissu musculaire, tissu nerveux.
2° L’observation démontre, disions- nous, que les tissus du premier groupe s’enflamment facilement, ceux du second moins, ceux du troisième beaucoup moins. Du reste, il ne faudrait pas croire que les différences soient bien grandes suivant que le travail inflammatoire se passe au niveau de tel ou tel tissu, limiter avait déjà fait cette remarque judicieuse que les phéno-