TR K N T E-S EP T 1 EM E LEÇON
quelques frictions à la surface de la plaie. A l’aide de cet instrument, Pravaz a pu constamment prévenir les effets d« l’empoisonnement par le sulfate de strychnine. Avec l’application de la ventouse simple, les effets d’intoxication se produisaient, au contraire, presque toujours. Malheureusement on arrive rarement assez à temps pour pouvoir mettre ce traitement en pratique ; rarement aussi on peut avoir à sa disposition les appareils nécessaires; l’emploi de ce moyen s’est donc peu généralisé, et la succion- est encore, parmi les divers procédés locaux que nous venons de passer en revue, le plus généralement employé.
Pour réaliser la première indication locale, on peut encore soumettre la plaie à des lotions. Le lavage est une excellente méthode à laquelle malheureusement on ne pense pas assez souvent. Employez -le toujours quand il vous sera donné d’administrer des soins immédiatement après l’accident. Lavez la plaie, après l’avoir fait saigner pendant quelque temps.
2° La deuxième indication locale que nous vous avons signalée consiste à détruire le venin sur place. Cette destruction peut s’opérer, soit par cautérisation, soit par un procédé spécial que Pravaz a mis en usage.
Cautérisation. — La cautérisation constitue sans aucun doute le meilleur moyen qu’on puisse mettre en usage; elle peut être appliquée à peu près partout, et la douleur qu’elle détermine peut être considérée comme presque insignifiante. Fontana préconisait l’emploi de la potasse ; d’autres auteurs, l’acide arsénieux et le chlorure d’antimoine. Ghaussier se contentait d’introduire dans la plaie qu’il débridait légèrement un peu de coton imbibé d’alcool ; quelquefois on applique un peu de poudre à laquelle on fait prendre feu. De tous les caustiques, ceux que vous aurez le plus facilement à votre disposition sont le nitrate d’argent, le feu et l’acide pliénique. L’emploi de ces trois substances est excellent. Si vous vous servez du nitrate d'argent, ayez soin que votre crayon soit taillé en pointe très fine, de
INTOXICATION VIPERINE — TRAITEMENT
façon à pouvoir cautériser les parties les plus profondes de la petite plaie faite par les dents de la vipère.
Si vous employez le feu, une aiguille, un stylet rougi peuvent vous servir. 11 nous semble inutile d’insister sur ces détails. Bien des auteurs conseillent l’emploi local de l’ammoniaque; il est préférable, comme nous avons déjà eu l’occasion de vous le dire, de mettre en usage les divers autres caustiques que nous venons de passer en revue.
Ou a proposé, dans ces dernières années, de remplacer la cautérisation par des injections ou des lotions au niveau de la plaie avec des liquides non caustiques susceptibles cependant de décomposer la substance vénéneuse. Nous vous en avons déjà parlé à propos du traitement spécifique, mais jusqu’à présent malheureusement rien de bien efficace n’a été fait dans ce sens. D'après quelques expérimentateurs, des lotions avec une solution de soude pourraient être employées avec avantage. Nous devons vous indiquer aussi l’emploi du ‘perchlorure de fer. Les expériences de l’un des chirurgiens les plus autorisés de Lyon, le docteur Rodet, semblent, en effet, démontrer que le perchlorure de fer est un excellent destructeur des virus et des venins. Voici sous quelle forme on l’administre :
Perchlorure de fer ]
Acide citrique > àà 8 grammes
Acide chlorhydrique )
Eau 50 —
Quelques gouttes de cette solution sont introduites dans la plaie. En dernier lieu, nous devons vous citer les expériences de Pravaz, qui, pour arriver à détruire le venin sur place, recourut à l’influence de l’électricité, en procédant de la manière suivante.
Au niveau d’une plaie dans laquelle un venin avait été inoculé il faisait arriver les extrémités de deux réophores, et espérait ainsi décomposer le venin. Il est difficile de porter un jugement définitif sur cette méthode. Les expériences que i auteur a tentées sur l’animal autorisent à avoir confiance
dans l’emploi de cette méthode, mais ces expériences n’ont pas jusqu’à présent ôté réalisées sur l’homme.
La troisième indication locale est d’empêcher le venin qui a pu être absorbé de passer dans le torrent de la circulation. Pour réaliser cette indication, vous aurez à votre disposition la compression circulaire qui s’exercera entre le cœur et la partie blessée. En agissant ainsi, on peut s’opposer souvent à l’infection générale. Bouillaud a démontré ce résultat dans les cas d’empoisonnement par le curare ou par la strychnine. Pour bien établir la compression circulaire, vous ferez autour du membre une ligature large et modérément serrée. Il est convenable de maintenir la constriction pendant une demi- heure ou une heure. Souvent, du reste, cette ligature pourra être appliquée d’une façon intermittente.
La quatrième indication, avons-nous dit, est de lutter contre les accidents locaux qui peuvent être le résultat delà blessure; ces accidents, habituellement modérés, sont le plus souvent de nature inflammatoire, et ne réclament qu’un traitement antiphlogistique local modéré : application de quelques cataplasmes émollients, emploi de quelques frictions huileuses. Fontana conseillait fréquemment de placer les parties blessées pendant plusieurs heures dans un bain d’eau tiède.
Examinons maintenant le traitement général.
Traitement général. — Dans bien des cas, le traitement local que nous avons conseillé suffit ; mais, pour combattre les symptômes généraux, il faut soumettre le blessé à l’action de moyens généraux. Vous aurez surtout recours à l’emploi des sudorifiques, des diurétiques ou des toniques.
Gomme médication sudorifique, vous administrerez quelques boissons stimulantes, infusion de verveine, de thé, dans lesquelles vous ajouterez une certaine quantité, soit d’esprit de Mendererus, soit d’eau de Luce. L’emploi des alcooliques est souvent mis en usage. D’après Behier, les Cafres se guérissent de la morsure des serpents les plus dangereux