‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 101 sur 270 · INTOXICATION VIPÉRINE — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

INTOXICATION VIPÉRINE — TRAITEMENT

en prenant à haute dose un mélange de vin de Madère et d’eau-de-vie. En 1807, Bouley, dans une thèse sur la morsure de la vipère, a cité plusieurs observations où ce traitement a parfaitement réussi, et déjà, en 1861, le professeur Cloquet avait indiqué la valeur de cette médication dans une communication faite à l’Académie des sciences.

Quelques auteurs ont conseillé parfois l’exercice forcé. Ce mode de traitement est, paraît-il, souvent mis en usage chez les nègres que l’on contraint à courir jusqu’à extinction de forces, lorsqu’ils ont été mordus par un serpent ; on obtient ainsi une sudation très abondante, et l’on empêche les symptômes généraux graves de survenir.

Il y a peu d’années, la Gazette des hôpitaux citait une observation à l’appui de celte manière de faire. Un chirurgien militaire avait eu son domestique mordu par [une vipère d’Afrique très meurtrière. Il le fit aussitôt monter à cheval et lui imposa une course excessive ; au retour, le blessé était soumis à l’emploi des boissons alcooliques ; aucun phénomène grave ne survint.

Dans ces dernières années, on a beaucoup parlé des injections intra-veineuses d’ammoniaque. Ces injections remontent déjà à près d’un siècle. Pour augmenter l'action supposée très utile de l’ammoniaque, on avait eu l'idée de porter directement le remède dans le courant circulatoire. Cette méthode était tombée dans l’oubli, lorsque, en 1869, les journaux de médecine australiens et le Medical Times firent connaître les résultats obtenus par le docteur Halfort. Ces faits ne tardèrent pas a être reproduits dans la Gazette hebdomadaire , et quelques observations furent traduites in extenso dans une thèse fort intéressante présentée le 10 mai 1870 par le docteur Ladevi Boche (Histoire des injections dans les veines depuis leurs découvertes jusqu’ à nos jours). Le docteur Halfort préconise les injections d’ammoniaque dans les veines, non seulement dans les accidents à la suite d’intoxications de venins, mais encore dans les cas de syncope à la suite de chloroformisation. Oré, en 1874,

employa ce moyen chez un jeune homme qui avait été mordu par une vipère, il n’y eut pas d’accidents. Le blessé guérit, mais rien 11e prouve que la guérison 11’eût pu être obtenue sans avoir recours à cette méthode.

En somme, 011 peut dire que la bénignité relative clés accidents par la morsure de la vipère 11e légitime pas l’emploi des injections intra-veineuses d’ammoniaque. Il en est tout autrement en Australie, où la gravité des blessures produites par la morsure des serpents autorise complètement, au contraire, ces tentatives hardies .

Résumé de la conduite à tenir. — Nous venons d’achever l’étude du traitement que l’on doit opposer aux accidents produits par la morsure de la vipère. Après cet aperçu général, il nous parait utile de vous indiquer une espèce de memento thérapeutique qui pourra toujours vous rappeler rapidement la conduite que vous aurez à tenir. 1° Si vous êtes présent au moment même de la blessure, comprimez immédiatement le membre au-dessus de la plaie ; faites votre ligature circulaire avec un lien assez large. Vous pourrez, en agissant ainsi, exercer une constriction assez énergique sans déterminer de gonflement ; 2° débridez légèrement les deux petites plaies produites par les dents de la vipère; 3° pratiquez le lavage de la plaie, opérez la succion, appliquez quelques ventouses ^“cautérisez les deux petites plaies ; 5° conseillez au blessé de rester au lit, et administrez des boissons sudorifiques : 200 grammes d’alcool pour chaque litre d’infusion.

Nous n’avons pas à examiner les autres plaies envenimées, nous serions entraînés dans des détails trop spéciaux. Nous avons tenu à traiter un peu complètement des plaies empoisonnées par le venin de la vipère, parce qu’elles sont plus fréquentes dans notre région et que leur traitement peut être considéré comme un traitement général à mettre en usage dans la plupart des plaies envenimées ; c’est ce qui nous engage à vous retracer, en outre, le tableau de ce traitement général.

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