COMBUSTION SPON T A N K K
Combustion spontanée. — Pour achever l’étude de la question de la brûlure, il nous reste à vous dire quelques mots de la combustion spontanée. On donne le nom de com bustion spontanée à des faits de brûlure dans lesquels la combustion du corps s’opère à peu près complètement, quelques observateurs ayant émis l’opinion que les éléments du corps humain peuvent parfois s’enflammer spontanément , d’autres soutenant, au contraire, que la combustion du corps dans certaines conditions peut être plus complète, mais qu’elle n’en est pas moins toujours sous la dépendance d’une cause comburante extérieure. Voici l’ordre que nous nous proposons de suivre pour vous donner surce sujet quelques indications sans entrer cependant dans des détails trop longs, intéressant sitrtout la médecine légale.
1° Nous jetterons un coup d’œil sur les faits connus de combustion dite spontanée.
2° Nous examinerons les diverses théories qui ont été proposées pour expliquer ces faits.
3U Nous vous indiquerons celle qui nous paraît devoir être acceptée.
1° Des faits connus de combustion spontanée. — - Les faits connus de combustion spontanée s’élèvent à peu près aux chiffres de 48 à 50 ; on peut les diviser en trois groupes.
a) Combustions spontanées, partielles, avec altérations graves des parties brûlées.
b) Combustions spontanées partielles avec destruction complète de la partie brûlée.
c) Combustions spontanées complètes de tout le corps.
Sans vouloir examiner en détail ces divers faits, il nous paraît convenable de vous indiquer quelques-uns des cas qui ont été relatés. Ainsi, dans les Archives de médecine (première série, p. 430), vous trouverez une observation du docteur Richon des Brus. Un habitant du Puy s’occupait à brûler du soufre ; ses vêtements prirent feu. Son frère se pré-
cipite sur lui pour éteindre les flammes, mais il ressent une commotion spéciale et se met à brûler lui-même. Les mains s’enflamment et brûlent comme de véritables chandelles, affirment les personnes étrangères témoins de l’accident. Le malade se rend chez le médecin, plonge les mains dans l’eau froide, et ce n’est qu’ après un temps assez long que les flammes disparaissent définitivement. Notons que le médecin qui raconte les faits aussi impartialement que possible n’a pas vu les prétendues flammes des doigts ; mais, croyant à la combustion spontanée, il s’efforce de prouver qu’il n’avait pu les voir à cause d’une lumière très vive qu’il tenait à la main, lorsque le blessé se présenta à lui.
Dans d’autres circonstances, il s’agit de sujets qui ont été consumés à peu près complètement, sans presque laisser de traces. Les observateurs parlent de fumée épaisse et noire, d’une suie noire onctueuse, et d’une odeur fétide que l’on aurait trouvées dans l’appartement.
Théories explicatives . — Pour expliquer ces faits, diverses théories ont été formulées.
Quelques auteurs ont pensé que les tissus des individus adonnés à l’ivrognerie, saturés d’alcool, pouvaient prendre feu à l’approche des plus petits foyers en ignition. On voit tout d’abord, affirme-t-on, apparaître une flamme bleue, la coloration de la flamme de l’alcool, puis cette flamme dessèche les parties environnantes qui s’enflamment elles-mêmes et peu à peu tous les tissus se consument, comme dans l’incendie d’une forêt. D’autres ont émis l’opinion suivante : un gaz inflammable pourrait s’accumuler dans le tissu cellulaire comme l’on peut voir dans quelques circonstances des éructations susceptibles de s’enflammer.
Enfin, dès 1830, Dupuytren a émis l’opinion que l'alcool, du moins au point de vue de son imbibition dans les tissus du corps, n’entrait pour rien dans le développement de la prétendue combustion spontanée. L'alcool agit dans quelques cas en