‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 114 sur 270 · COMBUSTION SPONTANÉE - THÉORIE EXPLICATIVE · texte numérisé non relu

COMBUSTION SPONTANÉE - THÉORIE EXPLICATIVE

plongeant le sujet dans un sommeil comateux. Dans ces conditions, s’il y a près de lui un foyer en ignition, il prend feu, et surtout si le corps est très gras, la combustion peut marcher avec une rapidité souvent effrayante.

Aujourd’hui la question est jugée complètement dans ce sens. Cette solution a été due principalement à des expériences de Liebig et de Bischoff, qui eurent lieu à propos d’un grand procès survenu dans les conditions suivantes. Le 13 juin 1867, la comtesse de Goerslitz fut trouvée morte dans sa chambre, le corps à moitié carbonisé. On attribua tout d’abord la mort à un fait de combustion spontanée. Après plusieurs années de recherches et d’informations, la justice crut devoir procéder à l’arrestation d’un ancien domestique de la comtesse, que l’on soupçonnait d’avoir commis l’attentat et d’avoir cherché à faire disparaître les traces de son crime en brûlant le corps de la victime. Les premiers savants de l’Allemagne furent appelés, et l’on vit se dérouler devant les assises de Darmstad les péripéties d’une lutte scientifique qui a fixé définitivement la science sur ce point.

Liebig et Bischoff firent valoir les divers arguments suivants:

1° Une substance difficilement combustible ne peut pas s’adjoindre à une autre substance facilement combustible et acquérir les propriétés de celle-ci. Lorsque l’on imbibe, par exemple, une éponge ou un morceau de papier d’alcool et que l’on y met le feu, ni l’éponge ni le papier ne deviennent beaucoup plus combustibles.

2° Rien ne prouve que le corps humain puisse s’imbiber d’alcool comme une éponge. Tout prouve, au contraire, que cette imbibition no peut se réaliser ; si le corps humain était imbibé d’alcool à ce point, la vie ne serait pas possible, l’albumine serait coagulée, la circulation s’arrêterait, le système nerveux aurait subi des altérations incompatibles avec la vie.

3° En injectant de l’alcool dans les artères d’un animal,

jamais Liebig n’a pu obtenir une facilité plus grande à la combustion. Do même, en imbibant un cadavre d’alcool, on ne détermine pas de combustion spontanée.

4° Un corps qui a seulement 250/0 d’eau ne s’enflamme pas, et ne continue pas à brûler. Or, la proportion d’eau dans les tissus animaux est de 75 0/0.

En dernier lieu, Liebig fit valoir qu’après tout aucun des auteurs qui ont rapporté des faits de combustion spontanée n’en avait été témoin oculaire. Les preuves de Liebig parurent convaincantes, le prévenu fut condamné, et fît, du reste, des aveux complets de son crime.

Aujourd’hui la question de la combustion spontanée, ne fait plus de doute: il s’agit dans tous les cas d’une brûlure du sixième degré ayant son point de départ en dehors de l’organisme et ne différant en rien des brûlures ordinaires.

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