MÉDICATION PHYSIOLOGIQUE DU TÉTANOS
le malade guérit. C’était un soldat de Magenta. Quelques jours après la publication de ce fait, Manec fit part à la Société de chirurgie d’une nouvelle observation. Eu somme, au moment de la publication du traité deFollin, dix observations avaient été publiées : 7 avec insuccès et 3 avec réussite. Ce ne serait certes par un bilan bien mauvais, mais quand on réfléchit à la difficulté de se procurer cette substance, à l’inconstance des effets obtenus, aux accidents graves qui peuvent parfois résulter de l’administration de ce poison, on ne peut que déconseiller l’usage de cette médication.
Mentionnons l’emploi des anesthésiques, de l’éther ou du chloroforme. L’idée de cette méthode vient naturellement à l’esprit, puisque l’administration de ces substances détermine la résolution musculaire et la diminution des souffrances. Roux, un des premiers, l’expérimenta; Hutin l’a essayée en Afrique, mais avec peu de succès. Nous avons eu souvent l’occasion de voir des malades traités de cette manière dans les services de Bonnet et de Barrier, mais nous n’avons pas le souvenir d’un seul cas de réussite. Dans le tétanos spontané, l’emploi des anesthésiques, d’après Trousseau, aurait une influence heureuse beaucoup plus marquée.
Les courants continus ont été aussi essayés comme une médication susceptible de faire cesser les contractions tétaniques.
3° Médication pouvant être dite physiologique. — L’emploi du chloral et du bromure de potassium constitue une médication qui mérite le nom de physiologique. Le tétanos, avons-nous dit, consiste essentiellement dans une excitation du pouvoir réflexe de la moelle et dans la production de contractions musculaires extrêmement intenses. Si quelques médicaments ont la propriété de diminuer ce pouvoir réflexe de la moelle et de faire cesser les contractions musculaires, l’emploi de ces substances constitue à juste raison une véritable indication physiologique. Or, le chloral et le bromure de potassium agissent dans ce sens.
Emploi du chloral. — Le chloral, découvert en 1830 par
Liebig, bien étudié par Liebreich, se forme par l’action prolongée du chlore sur l’alcool. Ce médicament, d’après Vulpian, entrave tout d’abord les fonctions qui sont sous la dépendance des hémisphères cérébraux, puis celles des corps striés et des couches optiques. Après son administration, les mouvements volontaires diminuent, puis deviennent impossibles. L’excitabilité anormale de la moelle dans le tétanos doit faire songer à l’emploi du chloral dont on connaît l’action sédative sur la réflectivité médullaire. En outre, en agissant comme anesthésique, le chloral diminue la douleur, et, par cela même, les excitations qui, parties de la plaie, vont réveiller ou entretenir cet état morbide spécial de la substance grise. Ce ne fut qu’à partir de 1870 que la question de l’emploi du chloral fut portée sur le terrain clinique. Le 23 mai 1870, Verneuil fit parta la Société de chirurgie d’un cas de succès. En 1873, la proportion des résultats heureux était à peu près de 9 succès sur 15 cas. En 1876, Soubise et Choppart ont prouvé que la guérison peut s’obtenir dans un tiers des cas. Jusqu’à présent, il n’est certainement aucun autre moyen qui puisse fournir des résultats semblables. Le chloral est, du reste, d’une administration aisée ; voici quelques conseils qui vous en faciliteront l’emploi.
a) Donnez le remède dès l’apparition des premiers symptômes prodromiques. Plus vous agirez à une période rapprochée du début, plus vous serez sûrs qu’aucune lésion n’est encore réalisée du côtéde la moelle, et plusaussivous aurezde chances de réussir.
b) Administrez le chloral à des doses sérieuses, 8 à 12 grammes dans les vingt-quatre heures.
c) Diminuez les doses seulement lorsque les spasmes commencent à cesser.
d) Quelquefois l’on peut administrer le chloral en lavements.
e) Verneuil recommande de ne jamais associer les bains à l’emploi de ce moyen. Tout bain expose évidemment au froid, et toute sensation de froid, quelque légère qu’elle soit, augmente toujours les spasmes tétaniques.