‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 166 sur 270 · TRAITEMENT CURATIF DU TETANOS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CURATIF DU TETANOS

Gomme l’administration de l’opium détermine des transpirations abondantes, il serait évidemment possible de placer cette médication dans la même classe que la précédente; mais l’opium étant un sédatif puissant du système nerveux, il nous semble plus logique, par conséquent, d’établir cette distinction.

Vous vous souviendrez des conseils suivants:

Employez tout d’abord cette substance à haute dose :Monro a vu donner, dans ces cas, jusqu’à? grammes d’opium. Pratiquement commencez par trente, quarante gouttes de laudanum toutes les trois heures. Dans un mémoire de Ghalmers, dont Desormeaux fut le rapporteur à la Société de chirurgie, l’auteur cite plusieurs observations de guérison après l’administration de 60 centigrammes, 1 gramme, 1 gr. 20 d’extrait thébaïque dans les vingt-quatre heures. Employé à cette dose, l’opium calme tout d’abord, mais n’assoupit pas; plus tard, il assoupit, et alors il est indiqué d’en modérer les doses. Grisolle avait obtenu aussi quelques succès en combinant l’usage de ce médicament avec l’administration des bains tièdes.

Demarquay utilisait la médication opiacée de la manière suivante : il injectait, au niveau des masséters, 2 grammes d’une solution de 1 gramme de chlorhydrate de morphine dans 50 grammes d’eau. Les contractures cessent ordinairement après l’injection, et le malade peut au moins profiter de ce moment de calme pour prendre un peu de nourriture.

L’emploi de la belladone doit aussi rentrer dans cette catégorie. En 1843 et 1848, Samuel Cooper est un des premiers qui ait émis l’opinion que ce moyen méritait d’être essayé dans le traitement du tétanos (Paris, thèse de Bresse, 1848). A peu près à la même époque, Lenoir publia dans Y Union médicale quatre observations de succès obtenus par le traitement suivant. Le blessé était tout d’abord saigné matin et soir; il prenait ensuite un bain de vapeur de deux heures; en dernier lieu, la belladone était administrée. Il y a quelques années, un ancien interne des hôpitaux de Lyon, le docteur

Dupuy, a publié un cas heureux à la suite de l’administration de l’atropine. Cette médication, après quelques succès obtenus finit par tomber en désuétude; nous avons eu l’occasion de l’employer trois fois, mais sans résultat favorable.

Nous considérerons comme remèdes analogues le tabac et le haschich. L’emploi du tabac a été indiqué de préférence par le docteur Anderson. Larrey avait conseillé déjà l’application de cataplasmes de tabac, mais sans succès. Pour le haschich, son emploi est encore assez peu connu ; vous trouverez cependant dans la Gazette médicale de Paris de 1859 l’observation d’un cas heureux (docteur Skuez); le remède était donné à la dose de 50 centigrammes toutes les heures.

La médication enivrante a fourni aussi quelques résultats La méthode consiste à déterminer l’ivresse en administrant les alcooliques, seulement il faut obtenir une ivresse complète.

A une époque assez rapprochée de nous, F. Legros avait tenté l’emploi de ces moyens : l’influence de Dupuytren lui ayant été opposée, cet exemple n’a pas été suivi.

Notons encore l’administration de l’ésérine , principe actif de la fève de Galabar. La première observation en fut publiée en 1864 par le docteur Lemaire, alors interne dans le service de Bouvier, à l’hôpital des Enfants. Le remède avait été donné concurremment avec les sudorifiques.

L’ésérine produit tout d’abord l’accroissement du pouvoir excito -moteur des centres nerveux; mais, bientôt après, survient la paralysie des extrémités des nerfs moteurs et des mus clés. Quelques faits heureux, cités par Campbell et Giraldès, une thèse d’Alberto Suarez (1875, Paris), attirèrent l'attention sur cette médication; mais, depuis lors, l’emploi de l’ésérine est resté dans l’oubli.

Le curare a été aussi utilisé dans le traitement du tétanos; le docteur Vella (de Turin) tenta le premier l’application de ce moyen, d’après les expériences de Cl. Bernard sur ce poison. Les deux premières tentatives furent des insuccès; à la troisième,

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