‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 196 sur 270 · FORME GANGRÉNEUSE DE TA POURRITURE D’HOPITAL · texte numérisé non relu

FORME GANGRÉNEUSE DE TA POURRITURE D’HOPITAL

charnus se reforment, et la cicatrice se reconstitue. On est étonné, alors même que la maladie a duré quelquefois très longtemps, du peu de dégâts qui persistent. Souvent on a dû enlever une quantité considérable de fausses membranes, et cependant, lorsque la guérison est réalisée, on ne constate aucune perte de tissus. Selon Olivier, qui avait déjà indiqué ce fait, les deux formes que nous venons de passer en revue constituent un premier degré de la maladie, auquel il a donné le nom d 'érosion sans escarre apparente. Mais les symptômes n’évoluent pas toujours ainsi ; souvent le mal s’aggrave, et l’on voit survenir les phénomènes gangréneux. Ils constituent pour nous la forme gangréneuse. A ce moment, les tissus se transforment en véritable escarre, et tendent à disparaître plus ou moins complètement. Le tissu cellulaire surtout se détruit avec une rapidité incroyable; cette destruction est si complète que Netter a cru pouvoir considérer la pourriture d’hôpital comme la gangrène partielle du tissu cellulograisseux, sous- cutané et intermusculaire. La lésion gangréneuse prend quelquefois des proportions considérables, cheminant au-dessous de la peau, s’introduisant entre les muscles et exerçant souvent les ravages les plus étendus. Olivier a cité des faits dans lesquels il a observé la dénudation de toutes les parties molles d’un membre. Des exemples semblables sont également relatés dans le travail du docteur Marmy. Les nerfs, les vaisseaux, les aponévroses, les os résistent davantage, et souvent ces parties seules restent à peu près intactes; mais lorsque la maladie persiste un peu longtemps, ces tissus euxmêmes se détruisent. Les phénomènes gangréneux peuvent dépendre de la destruction immédiate d’un vaisseau important; les parties, privées alors de leurs éléments de nutrition, ne peuvent moins faire que de se mortifier.

Symptômes généraux. — Les symptômes généraux, souvent de peu d’importance, peuvent parfois faire défaut et sont toujours consécutifs.

Quelquefois ils évoluent avec une rapidité inouïe, les observateurs ont dit qu’ alors la pourriture d’hôpital était foudroyante. Le plus souvent ces symptômes apparaissent le cinquième ou le sixième jour, surtout dans les cas de pourriture d’hôpital à forme pulpeuse hémorragique ; ce sont habituellement des symptômes adynamiques. Cartier, ancien chirurgien en chef de l’Hôtel- Dieu de Lyon, avait cru devoir distinguer des formes biliaire, inflammatoire, catarrhale. Cette division n’a rien de sérieux et ne mérite pas d’être conservée.

Comme, très souvent, la pourriture d’hôpital se complique, soit d’érysipèle, soit de résorption purulente ou de septicémie, on comprend que les symptômes généraux puissent être différents et entraîner la mort; il nous semble inutile d’insister sur ces détails.

Un fait assez important mérite de vous être signalé : souvent on constate en même temps des productions diphtéritiques sur les muqueuses. Ainsi, sur 81 malades observés par Pytha, cette complication s’est présentée 6 fois. Même lorsque la pourriture d’hôpital est arrivée à produire des désordres locaux aussi considérables, il peut se faire que les parties mortifiées s’éliminent, que la plaie se détergeetque les bourgeons charnus reprennent le dessus. Phénomène assez bizarre et que vous devez connaître, il arrive souvent, dans ces conditions, une suractivité exceptionnelle d’organisation et de réparation, et la cicatrisation se fait avec une rapidité vraiment étonnante; souvent même des malades ont pu, grâce à ce surcroît de vitalité, conserver des membres qui, dans des circonstances ordinaires, auraient été sacrifiés.

A ce propos, deux observations très intéressantes ont été consignées dans le travail du docteur Marmv. Dans l’une (obs. XII), il s’agit d’un sergent-major atteint d’un éclat d’obus au coude : la pourriture d’hôpital se déclare au niveau de la plaie, l’articulation est ouverte et des esquilles nombreuses s’éliminent; la plaie est pansée avec de l'alcool cam-

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