ÉTIOLOGIE DE LA POURRITURE D'HOPITAL
Etiologie. — Après l’étude de la symptomatologie, nous rechercherons quelles sont les causes de cette maladie et quelle est sa nature intime. Les causes de la pourriture d’hôpital comme celles de l’érysipèle peuvent se diviser en causes prédisposantes et occasionnelles.
Causes prédisposantes. — Les causes prédisposantes dépendent, d’après quelques auteurs, du climat, des saisons et de la santé spéciale du sujet. Dans le traité que nous avons eu l’occasion de vous citer, Olivier a recherché avec soin si cette étiologie avait bien réellementune importance sérieuse ; comme la maladie se développe dans tous les climats, pendant toutes les saisons et au milieu des conditions de santé les plus diverses, il est évident que ces causes doivent être regardées comme complètement insignifiantes.
Causes occasionnelles. — Les causes occasionnelles sont les conditions miasmatiques parmi lesquelles les blessés sont placés. Voici, à ce sujet, les observations les plus importantes à retenir :
1° L’influence des substances en putréfaction aurait, d’après Olivier, très peu d’importance. Ainsi, d’après cet auteur, les plaies des garçons d’amphithéâtre s’accompagnent rarement de cette complication. Néanmoins le docteur Marmy, dans la relation qui la faited’une épidémie observée pendant la guerre de Grimée, a remarqué d’une manière bien positive que la maladie avait sévi surtout dans les hôpitaux où les odeurs de corps en putréfaction fatiguaient les blessés. L’hôpital qu’il dirigeait était situé sur les rives du Bosphore, un grand nombre d’animaux morts étaient transportés par les flots de la mer près des salles, l’odeur en était souvent insupportable: c’est dans ces conditions que se déclara la pourriture d’hôpital.
2° Il est une deuxième cause occasionnelle que nous signalons à votre attention : l’altération de l’air par suite d’un rassemble ment trop considérable de malades accumulés dans le même local. Tous les auteurs sont unanimes à accepter l’influence de cette cause. Ainsi :
a) La maladie apparaît dès que l’encombrement est sérieux.
b) Si l’on diminue l’encombrement, la maladie tend à disparaître.
c) Si l’encombrement augmente, la maladie augmente aussi.
3° L’encombrement des salles par des malades atteints de
typhus ou de fièvres typhoïdes est une causes occasionnelle puissante. Le docteur Marmy a insisté beaucoup sur ce fait ; aussi, pour lui, le véritable nom de l’affection devrait être celui de typhus traumatique . Cette dénomination rappellerait l’étiologie d’une manière plus formelle.
4° La pourriture d’hôpital se propage par contagion. Nous retrouvons sur ce point étiologique les mêmes divergences que pour l’érysipèle. Dupuytren, Richerand et Percy ont soutenu, par exemple, que cette contagion n’existait pas. A une époque plus rapprochée de nous, Pytha, Hirch, Bourot et Marmy ont émis aussi la même opinion. Nous avons lu avec beaucoup de soin les faits sur lesquels Marmy s’est appuyé pour affirmer ces conclusions : quelques observations prouvent bien que la maladie n’est pas fatalement contagieuse, mais rien de plus. Les exemples cités par Pouteau, Delpech et Pointe ne laissent, au contraire, aucun doute sur la possibilité de cette contagion.
5° La pourriture d’hôpital a été inoculée avec succès, et cela dans des conditions indiscutables ; ainsi Olivier a réalisé l’expérience sur lui-même. Toutes les précautions étant prises pour que l’expérience fut concluante, l’inoculation fut tentée au niveau du deltoïde. Olivier se rendit aussitôt dans un endroit éloigné, afin d’éviter toute chance d’infection. La maladie se déclara cependant, et ce ne fut que vingt-cinq jours après que la guérison fut obtenue.
La pourriture d’hôpital peut se transmettre aussi par le contact des pièces de pansement, par les instruments de chirurgie ou par les vêtements du chirurgien. Les éponges dont on se servait autrefois sans précautions constituaient un des moyens