APPRECIATION DU PANSEMENT DE LISTER
à la réunion par première intention. Nous ne pensons pas que ce résultat ait été obtenu d’une manière aussi complète par aucune autre méthode. 2° Quand la réunion par première intention n’a pas lieu, la suppuration est du moins toujours fort peu abondante.
Au dire de quelques auteurs, le pus obtenu dans ces conditions et examiné au microscope ne présente pas de bactéries, il est exempt d’odeur et de toute trace de putréfaction.
Pour Gosselin, le pansement de Lister agirait surtout grâce au drainage, à la suture profonde et à la suture superficielle; ce pansement ne serait, en effet, que la méthode d’Azam (de Bordeaux) unie à l’emploi des préparations phéniquées, et, pour cet auteur, la véritable action de l’acide phénique serait loin d’être encore parfaitement démontrée. Cette action pourrait n’être, par exemple, qu’une action astringente et coagulante sur les vaisseaux de la plaie, un peu comparable à celle de l’alcool.
Le professeur Lefort a apprécié aussi, il y a peu de temps, la méthode de Lister, et, pour lui comme pour Gosselin, l’acide phénique agit surtout comme caustique, comme coagulant. Lorsque les solutions d’acide phénique telles que les conseillent Lister agissent sur une plaie, celle-ci passe assez rapidement de la couleur vermeille à celle de la chair fumée, on dirait la coupe d’un jambon. L’albumine se coagule, les vaisseaux se resserrent, l’hémorragie s’arrête, la vitalité delà plaie se trouve ainsi modifiée, il y a vraiment une action caustique qui se produit et cette action caustique est peut-être, plus que l’action germicide , le fait important du pansement de Lister. Cette action du pansement de Lister expliquerait pourquoi les complications de gangrène gazeuse surviennent plus souvent après ce mode de pansement. En produisant plus complètement des effets d’ischémie au niveau des tissus divisés, il est bien possible que l’on favorise ainsi cette complication des plaies.
Il est de fait que, depuis les pansements à l’acide phénique, les cas de gangrène sont beaucoup plus fréquents ; dans les
Bbk.ne. — Palh. cliir,, II.
services de l’IIôtel-Dieu de Lyon, notre collègue Létiévant a signalé déjà cette observation dans le compte rendu de son service.
Quoi qu’il en soit, que la méthode de Lister soit ou non une méthode simplement caustique ou germicide, que l’on puisse obtenir les mêmes résultats en lavant la plaie avec une solution de sulfate de zinc, d’alun, de sulfate de fer, l’expérience clinique nous a démontré que maintenant, avec ce mode de pansement, la fièvre traumatique est le plus souvent nulle, la réaction locale réduite à son minimun, la marche de la cicatrisation rapide et régulière, les accidents consécutifs diminués dans des proportions exceptionnelles. Il y a, du reste, surtout à ce dernier point de vue, un consensus si universel des chirurgiens d’Angleterre, d’Allemagne, d’Amérique, de France, qu’il devient impossible de nier que l’application du pansement antiseptique constitue un progrès très réel pour la thérapeutique chirurgicale. Il nous serait facile de vous présenter des statistiques nombreuses à l’appui de cette proposition. Sans vouloir entrer dans tous ces détails, nous nous contenterons de vous indiquer quelques résultats énoncés à l’une des dernières séances de la Société de chirurgie de Paris. En comparant, par exemple, les résultats obtenus avec les anciens pansements et ceux que l’on a en utilisant la méthode de Lister, voici les chiffres auxquels on arrive avec les pansements antiseptiques :
Cas simples, 321 ; décès, 14.
: Cas compliqués, 96 ; décès, 57.
Soit, en totalité, sur 417 : décès, 71.
Avec les anciens pansements :
/ Cas simples, 377 ; décès, 110.
^ Cas compliqués, 84; décès, 68.
[ Soit, en totalité, sur 561 : décès, 178.
C’est surtout en supprimant la pyohémie que la pratique de Lister donne ces résultats. Sous ce rapport la statistique suivante nous paraît si concluante que nous croyons devoir vous la signaler. Elle peut vous être présentée sous forme de tableau.