INFLAMMATION — GANGRÈNE DES TUMEURS
stituées, les productions néoplasiques vivent et se nourrissent comme les tissus normaux; elles peuvent, par conséquent, s’enflammer et se gangrener.
L’inflammation des tumeurs est rare; elle est tantôt périphérique, tantôt parenchymateuse. Lorsque l’inflammation survient, elle entraîne presque toujours l’engorgement des ganglions voisins, le chirurgien peut être alors très embarrassé pour décider si cet engorgement dépend do la marche naturelle d’une tumeur maligne ou simplement de l’inflammation accidentelle. Quelques signes pourront néanmoins vous permettre de vous prononcer; ainsi l’engorgement ganglionnaire inflammatoire est habituellement plus douloureux, les symptômes phlegmasiques en sont plus tranchés : ces symptômes surviennent fréquemment après une cause traumatique qui a agi sur la tumeur, ils diminuent le plus souvent rapidement.
L’engorgement ganglionnaire néoplasique est, au contraire, presque toujours :
indolent;
d’une évolution lente, mais continue; accompagné de symptômes inflammatoires peu marqués.
L’inflammation des néoplasmes conduit très rarement à la production d’abcès, surtout dans les cas de tumeurs malignes, tumeurs hétérologues de Broca, ou tumeurs d’origine épithéliale de Lancereaux. On a cité des observations d’abcès survenus au niveau de tumeurs érectiles, au niveau de lipomes; il est peu de chirurgiens qui en aient observé au niveau d’une tumeur cancéreuse. En résumé, l’inflammation des tumeurs est rare, et l’on peut dire que cette complication est en sens inverse de l’ulcération. Les tumeurs de la série conjonctive s’enflamment plus souvent que celles d’origine épithéliale, elles s’ulcèrent plus rarement.
Gangrène des tumeurs. — Le phénomène de la gangrène est plus fréquent qu’on ne serait porté tout d’abord à le penser étant donnée la rareté de l’inflammation. Elle peut se mani-
fester clans les tumeurs les plus diverses. Lebert, Paget en ont cité d’assez nombreuses observations dans des cas de lipomes, d’enchondromes, de fibromes, d’épithéliomes. Nous avons tenu à vous indiquer cos faits parce que, d’après quelques auteurs, cet accident devrait être considéré comme se rencontrant seu lement au niveau des tumeurs cancéreuses.
La gangrène des tumeurs peut être divisée au point de vue de l’étendue de la lésion, des symptômes extérieurs qu’elle présente et des causes qui la déterminent. Au point de vue de l’étendue, elle est tantôt partielle, tantôt générale ; la gangrène partielle est plus fréquente, elle survient ordinairement au niveau des tumeurs déjà ulcérées; lorsqu’elle se manifeste au niveau d’une production pathologique, il y a bien des chances pour qu’elle soit générale.
Au point de vue des symptômes apparents, la gangrène peut être sèche ou humide ; au point de vue des causes, elle peut être accidentelle ou spontanée. La gangrène accidentelle est celle que l’on observe le plus souvent, une simple ponction exploratrice la détermine quelquefois. Vous vous rappelez que l’on peut, dans quelques circonstances, chercher à provoquer la gangrène dans un but thérapeutique ; ainsi on a proposé l’inoculation de la pourriture d’hôpital pour détruire les tumeurs. Le succès peut quelquefois paraître très satisfaisant, mais les' succès immédiats sont rares, et, comme dans les cas d’ablation par le bistouri, la récidive peut ensuite avoir lieu. En définitive, comme Broca l’a parfaitement formulé, la gangrène des tumeurs est toujours un accident grave, souvent funeste, rarement utile. Les symptômes que nous venons d’analyser peuvent être considérés comme constituant la première période de l’évolution pathologique des tumeurs. Il nous reste à passer en revue ceux d’une deuxième période comprenant : l’engorgement spécifique des ganglions voisins, l’infection, la généralisation, la cachexie, la récidive.
G’estcequi fera le sujet de notre prochaine leçon. En résumé :
EVOLUTION PATHOLOGIQUE DES TUMEURS
ÉVOLUTION PATHOLOGIQUE DES TUMEURS