PLAIES PAR USURE
s’agit de l’arrachement de tout un membre, même de l’arrachement de toute la peau recouvrant un membre ou le crâne, la mort est presque toujours le résultat de l’accident. Il y a dans ces lésions une telle combinaison de contusion, de torsion, de déchirure, qu’il devient bien difficile d’apprécier tout d’abord le pronostic, alors même que l’on peut avoir une grande expérience.
Il est un dernier détail sur lequel nous devons appeler votre attention. Il semble au premier abord qu’il faille toujours, quand il s’agit de l’arrachement d’un membre, des tractions d’une puissance considérable 5 cela n’est pas toujours nécessaire. Ainsi pour les membres qui ont eu à subir antérieurement des traumatismes sérieux, de vieilles luxations, par exemple, gardez-vous de soumettre ces parties à des tractions tant soit peu énergiques. Les muscles, dans ces conditions, ont, en effet, subi des modifications de nutrition qui les rendent plus friables, et des tractions quelquefois peu considérables peuvent devenir l’occasion d’arrachements très importants. Il y a quelques années, un malade atteint d’une luxation ancienne entra à l’Hôtel-Dieu, il fut soumis à quelques tentatives de réduction, et quoique les tractions eussent été faites par des aides peu nombreux, le bras fut complètement arraché.
Traitement. ■ — Dans les cas graves, il faut soumettre tout d’abord le blessé à un traitement général pour lutter contre les phénomènes dépressifs. Dans les cas simples, si l’on juge la section des tissus assez nette, on peut tenter une réunion par première intention; enfin vous aurez souvent à mettre en usage les traitements des plaies contuses du troisième degré.
Plaies par usure , coups de meule. — Il nous reste à vous dire quelques mots d’une dernière catégorie de plaies contuses, celles auxquelles le docteur Guermonprez (de Fives-Lilles) a donné le nom de plaies par usure. Ges plaies sont déterminées par l’action d’une meule sur nos tissus. Les plaies de cette nature présentent habituellement quelques caractères spé-
ciaux. Superficielles, elles intéressent seulement l’épiclerme et une épaisseur variable du derme ; elles réalisent simplement l’excoriation dont nous avons déjà parlé. L’écoulement de lymphe plastique est alors très abondant. L’accident est, du reste, de minime importance et ne nécessite aucune précaution spéciale.
Dans des cas plus graves, le coup de meule traumatise d’emblée toute la couche cellulo -graisseuse sous-cutanée et atteint souvent l’os. Dans ces conditions, la plaie contuse est d’une sensibilité extrême au moindre contact ; le plus petit mouvement devient l’occasion de vives souffrances.
Le troisième ou le quatrième jour, la lésion présente un aspect tout spécial. La plaie est alors devenue extrêmement concave, par suite de la tuméfaction de tous ses bords et surtout de son pourtour. Dans une étendue de 2 à 3 centimètres, la zone qui entoure la plaie présente aussi une extrême sensibilité au toucher, les bords sont rouges et les ganglions voisins, habituellement engorgés, indiquent presque toujours une angioleucite modérée. Au sixième jour environ, la tuméfaction périphérique diminue, et la plaie offre alors seulement un aspect parfaitement nivelé. La forme concave de la plaie, la sensibilité exagérée des parties, traumatisées, l’ angioleucite circonscrite, l’écoulement considérable de lymphe les premiers jours de l’accident, tels sont, en définitive, les caractères de ces plaies par usure. L’écoulement de lymphe plus abondant dépend certainement, comme dans les cas d’épanchements séreux traumatiques, de la division de ce que l’on appelait autrefois les canaux plasmatiques du tissu cellulaire.
Résumons en quelques lignes l’étude que nous venons de vous présenter.