COMPLICATION DES CORPS ÉTRANGER
mations ultérieures surviennent et aboutissent à des suppurations. Dans quelques circonstances, le projectile s’enkyste ; il acquiert, pour ainsi dire, droit de domicile; il peut alors séjourner sans provoquer d’accidents. Les anciens croyaient peu à ces faits d’enkystement et de tolérance des corps étrangers ; ce sont surtout les auteurs modernes qui ont insisté d’avantage sur ces faits. On trouve, du reste, quelques observations bien surprenantes. Ainsi, Latour (d’Orléans) ( Histoire des causes des hémorragies , 1815) rapporte l’observation d’une balle restée six ans dans le ventricule droit du cœur. Broussais a cité le cas d’une balle enkystée dans le poumon. Le docteur Ghesney (Thèse de Paris, 1874, n° 192, Etude de V enkystement) a vu une balle de revolver logée très longtemps dans le tissu adipeux de l’orbite. Même dans le cerveau, une balle a pu séjourner sans provoquer des accidents mortels. En général ce sont surtout les corps métalliques qui jouissent du privilège de pouvoir s’enkyster etderester inoffensifs. Les esquilles osseuses, les débris de bois ou de vêtements déterminent presque toujours soit des abcès, soit des trajets âstuleux ; les morceaux de vêtements séjournent, au contraire, quelquefois très longtemps au niveau d’une plaie sans la modifier sérieusement. Des tissus de lin, de chanvre, de laine, de soie perdent leur coloration, mais conservent leur solidité. Legouest a fait observer que le drap rouge du pantalon de nos fantassins et le drap gris de leur capote reprennent même leur couleur au lavage après avoir séjourné longtemps dans une plaie.
B. Lésion des vaisseaux. — La deuxième complication que nous avons indiquée est la blessure des vaisseaux. Cette lésion est plus fréquente que ne le ferait penser l’opinion que l’on trouve assez volontiers consignée dans les ouvrages de chirurgie, à savoir que les coups de feu ne déterminent que rarement un écoulement de sang notable. Dans la guerre de Grimée cependant, les morts dues aux hémorragies primitives ont été de 18 pour 100. Envisagées comme complication des
plaies d’armes à feu, les hémorragies sont surtout artérielles ou veineuses. En effet, les vaisseaux capillaires, contus, déchirés, crispés, revenus sur eux-mêmes, ne fournissent qu’un écoulement de sang insignifiant; pour la même raison, les petites artères ne saignent aussi que très peu. Lorsqu’un vaisseau de gros ou de moyen calibre a été ouvert par un projectile, tantôt le vaisseau peut s’obliter spontanément, comme dans les cas de plaies par arrachement; tantôt il est coupé, comme par un instrument tranchant : l’hémorragie est alors inévitable.
Lorsque l’écoulement de sang survient aussitôt après le traumatisme, l’hémorragie est dite alors primitive. Quelquefois l’écoulement de sang survient plus tard, l’hémorragie est alors dite consécutive.
L’hémorragie consécutive peut être
(retardée, secondaire, médiate ;
Retardée, lorsque l’écoulement survient seulement quelques heures après le traumatisme.
Secondaire, lorsque l’écoulement reparaît, l’écoulement primitif ayant été suspendu seulement pour un certain temps.
Médiate, lorsque l’écoulement apparaît très longtemps après la blessure.
L’hémorragie retardée dépend delà crispation immédiate des vaisseaux et delà stupeur locale qui cessent à un moment donné.
L’hémorragie secondaire se produit habituellement de deux manières: dans quelques conditions, le caillot qui a mis fin à une hémorragie primitive cède un peu plus tard à l’impulsion du sang; d’autres fois, au moment où l’inflammation survient, la circulation des parties traumatisées se fait avec plus de force, et l’on comprend que les premiers caillots obturateurs soient alors insuffisants.
Les hémorragies médiates dépendent le plus souvent de la