DU VENIN DE LA VIPÈRE
Le venin cle la vipère est un liquide visqueux, jaune opalin, plus lourd que l’eau. Quand on essaie d’en opérer lo mélange, il ressemble assez bien à de l’huile d’amandes douces. Quelques auteurs ont prétendu que ce liquide était neutre. Robin a affirmé, au contraire, qu’il est acide, et que bien souvent il lui avait été possible de faire rougir un papier bleu de tournesol en le faisant mordre à l’animal. Viaud-Grand-Marais a expliqué, du reste, ces divers résultats; pour lui, le venin pris dans la glande est acide; mais, à sa sortie du crochet, il est neutralisé par les sécrétions du réservoir et de la muqueuse buccale. L’analyse de ce liquide, faite avec beaucoup de soin par Lucien Bonaparte, indique qu’il renferme de l’eau, de l’albumine, du mucus, une matière colorante jaune, une matière grasse, dessels et un principe particulier désigné par ce dernier sous le nom d ’échidnine ou de vipérine. C’est à ce produit que serait dévolue l’action nuisible du venin. Comme la salive, le venin delà vipère ne renferme pas de cellules spéciales ; on n’ aperçoit seulement que des cellules d’épithélium pavimenteux qui proviennent des conduits excréteurs et quelques granulations moléculaires très fines. Quelques auteurs ont prétendu qu’il contenait du sulfocyanure de potassium, c’est une erreur. Notez, en dernier lieu, que le venin a été trouvé identique dans les trois espèces de vipères que nous vous avons indiquées. Des observations très nombreuses ont été faites sur cette substance par Fontana; nous nous contenterons de vous indiquer les suivantes :
1° L’action de ce venin est presque nulle sur les animaux de l’échelle inférieure; à peu près nulle, par exemple, sur les sangsues, les anguilles, les grenouilles.
2° Au contraire, son action est très sérieuse, très nuisible, pour la plupart des animaux vertébrés à sang chaud. Parmi ces derniers, il en est cependant qui résistent à son influence beaucoup mieux que d’autres. Ainsi Moquin-Tandon affirme que le hérisson peut être impunément piqué par la vipère au museau, aux lèvres ou même à la langue.
3' Ou a signalé l’effet clu venin sur les végétaux ; mais des expériences très sérieuses répétées par Weir Mitchell ont démontré qu’il n’en était rien.
4" Le venin est susceptible de se conserver très longtemps: après dix-huit, vingt, vingt-six mois, son action peut encore s’exercer.
5° Le plus souvent, l’animal est d’autant plus apte à percevoir les effets de l’intoxication qu’il est plus petit. Ainsi un très gros chien résiste presque toujours, alors que, dans les mêmes conditions, l’inoculation est mortelle pour un chien de petite taille.
6° On a discuté beaucoup sur la question de l’auto-inoculation. Fontana ne l’admettait pas. Quelques expériences de Viaud-Grand-Marais sont également contraires à cette opinion. Cl. Bernard cependant a vu des serpents succomber par suite de leur propre morsure, c’est-à-dire à la suite de l’inoculation artificielle de leur propre venin.
7° Pour que le venin puisse agir, il est nécessaire qu’il pénètre dans le sang, soit par absorption, soit par introduction directe ; si aucune solution de continuité n’existe au niveau de la muqueuse buccale ou intestinale, le contact de ces parties n’occasionne aucun accident. Déposé sur la langue, le venin de la vipère présente une saveur un peu âcre, il détermine une sensation de chaleur assez forte qui persiste quelques minutes.
Symptomatologie. — Chez l’homme, les symptômes que détermine la morsure de la vipère ont été généralement divisés en symptômes généraux et en symptômes locaux. Il nous semble préférable d’adopter une classification que vous trouverez, du reste, exposée dans des articles écrits sur ce sujet par Viaud- Grand-Marais ( Gazette des Hôpitaux , 1869). Nous distinguerons :
11° Des symptômes primitifs;
2° Des symptômes secondaires;
3° Des symptômes tertiaires.