‹ Lecons de pathologie comparéeChapitre 1 sur 25 · Lecons de pathologie comparée · texte numérisé non relu

Lecons de pathologie comparée

Ce n’est pas sans une grande hésitation que je me suis décidé à publier ces leçons que j'aurais pu laisser s'envoler , au lieu de leur donner la fixité de la parole écrite. Mais, puisque, aussi bien, j’avais accepté l’honneur d’occuper la chaire de pathologie comparée, qu’une décision du Parlement venait de créer au Muséum d’histoire naturelle, j’ai cru de mon devoir de donner à l’enseignement que je viens de tenter, la grande publicité du livre, afin de lui faire produire tout ce qu’il peut renfermer de profitable aux progrès de la médecine.

C'est surtout « le progrès de la médecine par l’expérimentation » que j’ai voulu faire ressortir dans la série des développements de ce cours. L’exécution de ce programme m’a été singulièrement facilitée par l’examén comparé que mon âge m’a mis à même de faire entre les résultats de la méthode pure d’ob-

AVANT-PROPOS

servation, à laquelle seule, pendant longtemps, la clinique a demandé ses inspirations, et ceux que donne la méthode expérimentale dont F intronisation dans les choses de la médecine ne remonte pas à une époque encore bien éloignée.

J’ai pu voir à quelles erreurs étranges et redoutables avaient conduit, dans le passé, des conceptions doctrinales qui n’avaient d’autres bases que les inductions de l’observation :

La morve, par exemple, destituée de ses propriétés contagieuses, de par une doctrine qui la faisait naître spontanément de l’influence des causes générales; et tous les faits interprétés de telle sorte qu’on les rangeait dans la doctrine avec une logique séduisante, et qu’on les forçait, pour ainsi dire, à lui rester fidèles.

La maladie de sang de la Beauce, qui n’est autre que le charbon, transformée en pléthore par un observateur plein de foi qui, voyant les faits à travers sa doctrine, s’efforçait avec une logique rigoureuse, à les faire conspirer à la démonstration de sa justesse. Je me borne à ces exemples.

Ce n’étaient là que des illusions. Comment se sont-elles évanouies? Devant les clartés de l’expérimentation, qui a substitué des réalités non contestables aux déductions tout imaginaires tirées de rapports mal saisis entre les faits observés.

Le jour où l’inoculation expérimentale a fait sortir

AVANT-PROPOS

la morve d’un tubercule pulmonaire, et le charbon du sang d’un mouton réputé pléthorique par le fait d’une alimentation trop riche en principes alibiles, ce jour là, toute l’ancienne étiologie relative à ces deux maladies s’est écroulée pour faire place, et d’une manière définitive, à la notion positive de la contagion si longtemps méconnue.

Ce sont les faits de cet ordre que j’ai voulu mettre en relief dans le cours dont je publie aujourd’hui les leçons. J’ai voulu démontrer, par une longue série d’exemples, combien l’observation, réduite à ses simples ressources, était trop souvent insuffisante à dévoiler les causes, et combien le concours de l’expérimentation lui était nécessaire pou ries faire sortir des profondeurs où elles se dérobent, presque fatalement, doit-on dire, aux investigations des simples observateurs.

Le moment m’a été propice pour tenter cette démonstration et la rendre aussi éclatante que possible. Mon cours a coïncidé avec les grandes découvertes que la méthode expérimentale seule pouvait permettre de faire sur la nature microbienne d’un certain nombre de maladies contagieuses, sur la culture des microbes de ces maladies, et sur la transformation par la culture de l’énergie virulente excessive de ces microbes en activité vaccinale.

J’ai mis à profit tous ces grands résultats, et c’est avec une satisfaction véritable que je les ai exposés.

AVANT-PROPOS

Quelques-unes de mes leçons se ressentent même de ce mouvement qui se traduit par des répétitions que je n’ai pas voulu effacer. Aussi bien, elles avaient leur cause dans les oppositions faites ailleurs contre la théorie microbienne de la virulence et contre la grande méthode de vaccination par les virus mortels atténués et rendus préservatifs contre euxmêmes ; et je me suis trouvé entraîné tout naturellement à revenir sur les preuves et à les répéter pour faire pénétrer dans l’esprit de mes auditeurs les convictions qui étaient en moi.

C’était une belle cause à défendre, puisque c’était la cause de la vérité, et j’y ai tâché de tous mes efforts. Si ces leçons peuvent contribuer à la faire prévaloir, je n’aurai pas fait une chose inutile en publiant le cours que je soumets aujourd’hui au jugement du public.

Page 1