CLAVELISATION. — VACCINATION DU MOUTON
INOCULATION P É RIPNEU MON IQ U E
Récapitulation. — Essais de vaccination du mouton. — Relevés statistiques. — L’organisme du mouton, milieu peu favorable à la culture du vaccin. — Analogie entre les effets de l’inoculation vaccinale sur le mouton et ceux de l’inoculation morveuse sur le chien. — Le virus pullule sur place. — Les expériences de transfert à l’enfant et à la vache le prouvent. — La vaccination confère-t-elle au mouton un certain degré d’immunité? — Expériences à faire. — Importance de la découverte des degrés dans l’immunité. — Application à la clavelisation. — La loi nouvelle prévoit que la clavelisation peut être rendue obligatoire. — Justification de cette prescription. — Le projet de loi prévoit aussi l’obligation de l’inoculation de la péripneumonie. — Hommage rendu à la science parle législateur. — Abatage obligatoire combiné avec l’inoculation obligatoire. — Mesure excellente en principe. — L’inoculation obligatoire peut permettre de réduire les dépenses de l’abatage. — Efficacité de l’inoculation. — Agrandissement du champ de l’inoculation préventive. — Expériences de MM. Toussaint, Pasteur, Arloing, Cornevin et Thomas. — Inutiles protestations contre les méthodes d’atténuation des virus. — Les virus mortels peuvent être transformés en virus vaccinaux. — Ère nouvelle qui vient de s’ouvrir pour la médecine. — Question de prix proposée par l’Académie des sciences pour 1882 sur l’inoculation prophylactique.
Messieurs,
Nous avons vu, dans la dernière séance, les bénéfices que l’on pouvait obtenir de l’inoculation pour traus-
mettre à l’espèce ovine sa maladie varioleuse, sous sa forme la plus bénigne, et prévenir ainsi les pertes souvent très considérables que cette maladie est susceptible de causer, lorsqu’elle s’attaque aux troupeaux en les infectant par les voies naturelles. L’inoculation claveleuse, la clavelisation, comme on l’appelle, donne aux moutons, dans le plus grand nombre des cas, une clavelée atténuée, de la même manière qu’avant la découverte de la vaccine, la variolisation transmettait à l’homme une variole infiniment plus bénigne que la variole contractée naturellement. C’est ce que l’on observe encore dans les pays où, comme l’Afrique française par exemple, l’inoculation variolique est encore en usage.
Mais si l’inoculation claveleuse réalise incontestablement l’avantage de permettre de modérer l’intensité de la contagion et de prévenir les accidents et les pertes qui font trop communément suite à l’invasion de la clavelée quand elle s’opère par la force aveugle des choses, il peut arriver, et c’est ce que l’on vient d’observer, nous dit-on, dans nos provinces méridionales, il peut arriver que la clavelisation soit infidèle à elle-même et que le virus introduit par la lancette produise, dans quelques cas, des effets aussi désastreux que l’infection par les voies naturelles.
Aussi a-t-on pensé à recourir à la vaccination du mouton pour tâcher d’en obtenir les mêmes résultats que sur l’homme, c’est-à-dire la substitution d’une maladie non infectieuse et toujours d’une extrême bénignité, à l’éruption variolique propre à l’espèce :
éruption que l’inoculation atténue dans le plus grand nombre des cas, mais qui demeure toujours infectieuse et peut, par exception, revêtir les caractères d’une extrême malignité.
La similitude des caractères objectifs de la variole humaine et de la clavelée, de leur évolution, de leur marche, de leurs complications et de leur suite; la similitude des effets produits par l’inoculation respective de l’une et de l’autre : tout impliquait de tels rapports de nature entre les deux maladies qu’« priori on semblait en droit d’en inférer que la vaccine pourrait servir tout aussi bien de préservatif à la variole ovine qu’à la variole humaine.
Voyons quels ont été les résultats des expériences de vaccination pratiquées, au commencement de ce siècle, pour résoudre cette importante question de prophylaxie. Je les emprunte au remarquable Traité d’Hurtrel d’Arboval sur la clavelée , la vaccination et la clavelisation des bêtes à laine (Paris, 1822) : sur 1 ,523 moutons, sur lesquels la vaccination a été pratiquée, 1,341 ont eu une éruption pustuleuse louable, indice que le virus avait trouvé un terrain favorable ; sur 182 l’inoculation est restée sans effet.
429 des animaux vaccinés avec succès ont été ensuite soumis à des épreuves d’infection claveleuse, soit par inoculation, soit par cohabitation avec des malades, et 308 ont contracté la clavelée; 121 seulement s’y sont montrés réfractaires.
Il semble, d’après les phénomènes qui se manifestent après l’inoculation, que l’organisme du mouton ne
soit pas, pour le virus vaccinal, un milieu de culture très favorable. Ce virus peut prendre sur le mouton, et donner lieu à des pustules dans lesquelles l’élément de la virulence existe avec toutes ses propriétés, car transporté du mouton sur l’homme ou sur la vache, cet élément accuse sa vitalité conservée par les manifestations éruptives propres au vaccin. Mais il semble que le virus vaccinal, inséré sur le mouton, ne donne lieu qu’à une pullulation sur place, et que, dans le plus grand nombre des cas, l’organisme n’en soit pas imprégné, car, pour le plus grand nombre des moutons vaccinés, l’immunité contre la clavelée ne leur est pas acquise, malgré la pustulation qui a fait suite à l’inoculation.
De fait, le terrain du mouton est si peu favorable à la semence vaccinale qu’elle s’y éteint rapidement, en passant d’un mouton à un autre par des inoculations successives, au lieu de se revivifier, comme il arrive aux virus qui rencontrent dans les organismes auxquels on les transmet de bonnes conditions de culture. A ce point de vue, il y a de certaines analogies entre les effets du virus vaccinal sur le mouton et ceux que produit le virus morveux sur le chien. On sait que l’inoculation morveuse ne détermine, chez le chien, la plupart du temps, que des effets locaux qui disparaissent à la longue, sans que le système général en ressente aucune influence nuisible. Le virus morveux fait donc sur le chien l’effet d’un virus atténué ; mais ce n’est pas que cette atténuation soit réelle ; si ce virus est sans conséquence pour le chien, c’est que
l’organisme de cet animal n’est pas un terrain favorable à sa pullulation généralisée. Mais dans la région circonscrite où il pullule et traduit sa présence par un travail ulcérateur envahissant, le virus morveux a conservé toute son activité; et si on le transporte sur un animal susceptible, comme le cheval et surtout le mulet ou l’âne, ce virus, auquel le chien qui le portait semblait comme indifférent, traduit son énergie conservée par les accidents d’infection généralisée et rapidement mortels auxquels il donne lieu. De même pour le virus vaccinal sur le mouton. Il tend às’y éteindre; il ne donne pas lieu à une longue série de successions d’un mouton à un autre, comme le virus claveleux ; mais tant qu’il vit sur le mouton, il y conserve son activité, et transporté sur l’enfant, il lui donne le vaccin et sur la vache le cowpox ; et à l’un comme à l’autre, l’immunité demeure acquise, tandis que la plupart du temps le mouton vaccinifère ne la possède pas.
Au point de vue de l’histoire générale des virus, ce sont là des faits d’un très grand intérêt.
Maintenant, une question se présente, qui doit être posée pour être résolue expérimentalement: celle de savoir si la vaccination du mouton ne lui conférerait pas un certain degré d’immunité, comme celle que l’on obtient, dans les inoculations charbonneuses, avec un virus affaibli à l’aide duquel on prépare l’organisme à recevoir un virus plus fort. Quelques faits accidentels des expériences d’autrefois portent à penser qu’il pourrait bien en être ainsi. Mais des recherches sont à
refaire sur la vaccination dans ses rapports avec la clavelée. Une première particularité doit être éclaircie : la statistique démontre que, dans un certain nombre de cas, l’immunité contre sa propre variole peut être conférée au mouton par la vaccination. Il y aurait à établir dans quelle mesure de nombre ce fait se produit, et à en rechercher les conditions. Il y aurait à rechercher également si, dans les cas où les moutons vaccinés se montrent susceptibles de contracter la clavelée, cette maladie ne se manifeste pas avec un caractère de moindre intensité que sur les moutons vierges de toute inoculation, comme il arrive dans l’espèce humaine pour les personnes qui contractent la variole, après et malgré la vaccination. Il est établi, par une longue observation, qu’en pareil cas, généralement la variole contractée a un caractère de plus grande bénignité que lorsqu’elle se développe dans un organisme qui n’a pas encore été stérilisé pour son germe par une inoculation préventive.
La découverte des degrés dans l’immunité a une grande importance, au point de vue de l’application de l’inoculation à la prophylaxie des contagions, car elle permet de manier avec mesure les virus dont l’énergie est à redouter. Ainsi, par exemple, dans nos départements méridionaux où, paraît-il , l’inoculation donne lieu actuellement à des accidents d’infection trop intense, qui ont souvent la même gravité que l’infection par la contagion naturelle, ce serait une chose considérable que l’inoculation vaccinale conférât un premier degré d’immunité qui préparât l’organisme à
supporter avec beaucoup moins de chances de danger l’inoculation du virus claveleux naturel. Peut-être aussi que si on réussissait à atténuer ce virus luimême, soit par la culture, soit par son association avec des agents susceptibles de réduire son énergie sans l’éteindre, on pourrait pratiquer l’inoculation à deux degrés, comme on fait pour le charbon, et transmettre une immunité complète , sans avoir rien à redouter du virus naturel.
Des expériences sont à faire dans cet ordre d’idées, et elles auraient aujourd’hui d’autant plus d’intérêt que le projet de loi sur la police sanitaire, actuellement soumis à la Chambre et adopté par elle en première lecture, attribue au préfet, par un article spécial, le pouvoir d’imposer aux propriétaires des troupeaux, la clavelisation de leurs animaux, comme mesure d’utilité générale. C’est à l’article 11 du projet , amendé par la commission de la Chambre, que cette prescription est formulée. L’article 1 1 est ainsi conçu : « Dans les épizooties de clavelée, le préfet peut, par arrêté pris sur l’avis du conseil des épizooties (ce qui veut dire le comité consultatif), ordonner la clavelisation des troupeaux infectés.
« La clavelisation ne devra pas être exécutée sans l’autorisation du préfet. »
Quelle est l’intention de cette dernière restriction, dont le motif n’est pas donné dans l’exposé du projet? Sans doute d’empêcher qu’on n’abuse de la clavelisation en l’appliquant à des troupeaux qui ne sont pas actuellement sous la menace de la contagion et qu’on
en fasse ainsi, d’une manière inconsidérée, un instrument de la diffusion de la maladie dans un rayon étendu. Il ne faut pas oublier, en effet, que si l’inoculation claveleuse transmet une clavelée plus bénigne, généralement, que la clavelée naturelle, cette maladie mitigée ne laisse pas, cependant, d’être infectieuse et de constituer un danger pour les troupeaux placés au voisinage immédiat des animaux clavelisés, car ce n’est pas nécessairement sous sa forme mitigée que la clavelée inoculée se transmet accidentellement. Le virus qui en provient peut redevenir du virus fort pour les animaux qui le reçoivent par les voies naturelles de la contagion. Cela est vrai pour la clavelée comme pour la variole; et c’est ici l’occasion de rappeler que l’un des grands avantages de la vaccination sur la variolisation dans l’espèce humaine, est d’éviter ce grand danger des foyers d’infection que toute variolisation allumait dans les habitations où elle était pratiquée. Avec la vaccination, rien de pareil à redouter, puisque la vaccine n’est pas une maladie infectieuse comme celle à laquelle elle est substituée.
Je reviens à la clavelisation que la loi doit rendre obligatoire, lorsque le préfet jugera que les circonstances le commandent. Cette consécration par la loi de la pratique de l’inoculation appliquée à la prophylaxie de la clavelée est parfaitement justifiée par les faits. Dans les régions tempérées, la clavelisation a fait ses preuves que j’ai reproduites devant vous, exprimées par des chiffres, dans la séance précédente. Pourquoi dans le Midi actuellement, la clavelisation paraît-elle
infidèle à tout son long passé ? Il y a là une enquête à faire pour trouver les raisons d’un état de choses exceptionnel, et contradictoire^avec ce qui se passe dans nos départements du nord et du centre. Il me paraît probable que l’intensité de la chaleur et les grandes agglomérations d’animaux doivent être des conditions de la gravité du caractère que la clavelée transmise artificiellement est susceptible de revêtir actuellement dans le Midi. Mais nous sommes eu présence d’une question à éclaircir par des investigations faites et continuées sur les lieux. Inutile donc de discourir sur des causes qui sont à trouver par voie expérimentale.
Ce n’est pas seulement l’inoculation de la clavelée qui, d’après le projet de loi actuellement en discussion devant la Chambre, doit être rendu obligatoire. L’inoculation, appliquée à la péripneumonie contagieuse, va recevoir aussi la consécration impérative de la loi; et ce me paraît être là un grand et légitime hommage rendu à la science par le législateur. Dans un article, ajouté au projet primitif, et inscrit sous le n° 9, la commission de la Chambre, plus hardie que le comité consultatif des épizooties, avait introduit la disposition suivante relative à la péripneumonie contagieuse : « Article 9. Lorsque la péripneumonie contagieuse apparaîtra dans des portions du territoire alors indemnes de cette maladie, le ministre de l’agriculture devra, après avis du comité consultatif des épizooties, prescrire l’inoculation des animaux exposés à la contagion et ordonner l’abatage des animaux atteints ou soupçonnés d’être atteints de cette maladie. »
Pourquoi l’abatage n’était-il prescrit, d’après les dispositions de cet article, que dans les parties du territoire indemnes de la péripneumonie contagieuse ? Afin que l’autorité fût armée du pouvoir d’éteindre sans désemparer les premiers foyers d’une contagion aussi grave que celle de la péripneumonie dans des pays jusqu’alors épargnés par cette maladie. Rien de plus sage que d’étouffer ces foyers aussitôt que naissants, et d’éviter ainsi les désastres que leur extension doit fatalement causer. Si la commission de la Chambre avait cru devoir ne prescrire l’abatage que dans ces conditions déterminées, c’est qu’elle avait craint que cette mesure appliquée partout, c’est-à-dire même dans les pays envahis de longue date par la péripneumonie, n’entraînât des dépenses trop considérables et difficiles à mesurer d’avance, faute d’une statistique, sérieusement établie, des pertes annuelles causées en France par la péripneumonie contagieuse.
Mais M. des Rotours, député du Nord, s’inspirant des résultats favorables, au point de vue de la prophylaxie, que l’abatage obligatoire, pour cause de péripneumonie, a donnés dans les pays étrangers, et tout particulièrement en Hollande, a cru devoir proposer d’élargir la prescription de l’article 9 de la commission de la Chambre, en la rendant applicable indistinctement à toutes les parties du territoire où la péripneumonie peut sévir. Voici l’amendement qu’il lui a substitué : « Article 9. Lorsque la péripneumonie contagieuse apparaîtra sur une portion du territoire, le préfet devra prescrire l’abatage de tout le bétail atteint
de péripneumonie, dans les deux jours qui suivront l’avis par lui reçu de l’apparition de la maladie.
« Il pourra ordonner l’abalage de tout bétail étant ou ayant été dans la même étable ou dans le même troupeau que les animaux infectés de péripneumonie, ou en contact avec eux.
« Il devra également prescrire l’inoculation de tout le bétail de la région. »
On ne saurait contester que le principe de cet article est excellent. Le moyen le plus sûr d’arrêter la propagation de la péripneumonie est bien certainement l’abatage des animaux malades, et surtout des animaux qui ont été en rapport avec eux. Grâce à la longueur de la période d’incubation, qui ne mesure pas moins de deux à trois mois, ces animaux servent de messagers à la contagion dans toutes les directions, car propriétaires et marchands conspirent pour la répandre : les uns en se débarrassant de leurs animaux contaminés avant que la maladie les ait frappés d’une manière apparente; les autres, en les achetant à un prix réduit qu’ils savent imposer, et en les dépaysant pour les vendre dans les marchés, ou de la main à la main, à un prix en rapport avec leur valeur apparente. Voilà le trafic dont les animaux contaminés sont l’objet; voilà la condition incessamment active de la dispersion de la péripneumonie contagieuse par les voies commerciales. L’abatage obligatoire tarirait évidemment cette source de contagion et constituerait, conséquemment, la plus efficace des mesures prophylactiques. Pas de doute sur ce point.
Mais l’application de cette mesure ne serait-elle pas très onéreuse pour le trésor public, surtout au premier moment de son application, en raison du chiffre très élevé des animaux infectés auxquels la mesure proposée par M. des Rotours, et prise en considération par la Chambre, devra être immédiatement appliquée, une fois la loi promulguée ?
Dans l’état actuel des choses, les données statistiques manquent sur le nombre des animaux atteints ou menacés de la péripneumonie. A quel chiffre pourrait s’élever l’indemnité que l’abatage nécessitera quand l’amendement des Rotours sera adopté ? On l'ignore. Il est vrai que l’abatage n’est obligatoire que pour les malades, d’après cet amendement, et demeure à la discrétion des préfets pour les contaminés. Mais si ceux-ci sont l’objet d’une surveillance qui empêche de les livrer au commerce, il est clair que l’abatage obligatoire leur deviendra presque fatalement applicable si on les conserve, car tout animal contaminé est destiné presque fatalement à devenir un animal malade à une échéance plus ou moins longue.
En sorte qu’en définitive, une dépense considérable résultera inévitablement de l’adoption de l’amendement de M. des Rotours.
Mais ne pourrait-on pas éviter de recourir à une mesure aussi coûteuse, en se contentant de demander à l’inoculation seulement la solution du problème? Il me semble que oui. Que si,, par exemple , on se bornait à imposer l’obligation de l’inoculation dans toutes les étables et tous les troupeaux infectés , sous la
garantie d’une indemnité pour les pertes que l’inoculation pourrait entraîner : accidents mortels ou moins value des animaux; si l’on soumettait à cette opération sous la même garantie , tout animal nouvellement acheté, avant de l’introduire dans un troupeau indemne, il me semble que cette mesure simple, facile et, après tout, peu coûteuse, suffirait à éteindre la péripneumonie, puisque l’élément de la virulence n’aurait plus de prise sur des animaux devenus réfractaires. L’Etat s’épargnerait ainsi le sacrifice onéreux de l’abatage obligatoire, tout en sauvegardant l’avenir. Au lieu de prendre la charge des pertes dont la condition existe actuellement, par suite des imprévoyances et des incuries du passé, il laisserait la maladie s’éteindre d’elle-même , au milieu des animaux qu’il aurait rendus d’office réfractaires à la contagion.
Après tout, que l’abatage des animaux malades soit rendu, ou non obligatoire, si l’obligation est imposée pour l’inoculation, ce sera un fait des plus importants au point de vue de la prophylaxie de la péripneumonie, car la consécration légale donnée à cette mesure 11e peut manquer de lui faire produire tous ses fruits. Jusqu’ici, les doutes conçus et entretenus sur son efficacité ont été un empêchement à son adoption généralisée. Quand, de par la loi , toutes les résistances auront été surmontées et, qu’en définitive, on n’aura à retirer de l’inoculation que des avantages, puisque les pertes seront garanties par l’Etat, l’inoculation se montrera productive de tous ses effets et l’on verra, en France comme en Hollande, décroître très rapidement
le chiffre des pertes causées par la contagion de la péripneumonie.
Nous 11e sommes sans doute pas très éloignés du temps où l’inoculation appliquée à d’autres maladies, tout aussi redoutables que la péripneumonie, recevra la même consécration.
Les expériences faites sur l’inoculation préventive du charbon par M. Toussaint d’abord et ensuite par M. Pasteur et ses collaborateurs, à l’aide d’une méthode tout autre et plus parfaite, autorisent, à cet égard, toutes les espérances. J’en dirai autant des expériences de MM. Arloing, Cornevin et Thomas sur l’inoculation préventive du charbon symptomatique par la méthode d’injection intra-veineuse de la matière virulente. Je viens de recevoir une lettre de M. Arloing, qui m’annonce que, dans quatre communes de la Haute- Marne, l’inoculation a été pratiquée par leur procédé sur 245 génisses et bouvillons, avec un plein succès au point de vue opératoire et sans aucune complication ultérieure. Tous ces animaux ont supporté l’opération sans accidents et se trouvent actuellement dotés d’une immunité grâce à laquelle ils pourront braver, sans doute, les influences locales d’où le charbon procède dans un pays, l’ancien Bassigny, où chaque année cette maladie sévit, depuis un temps immémorial. Nous pouvons attendre avec confiance les résultats de cette très intéressante expérience, faite sur une assez grande échelle pour que la question puisse être résolue à la fin de la campagne qui va s’ouvrir.
Nous sommes à la veille, Messieurs , de grands, de
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féconds événements dans le domaine de la prophylaxie, et vraiment je ne puis me défendre d’un grand étonnement lorsque, après tant de preuves déjà données de la possibilité de se servir des virus mortels pour en faire des virus vaccinaux, j’entends proférer, du haut de la tribune de l’Académie de médecine, des paroles comme celles que je vais reproduire ici :
« Aujourd’hui , d’après les idées subversives qu’on met en circulation, l’atténuation des virus affaiblirait leurs propriétés jusqu’au point de les rendre inoffensifs.
« Je ne comprends pas cette distinction : un virus est ou n’est pas. Tant qu’il jouit de ses propriétés, il agit; une fois qu’il se trouve dépouillé de ses propriétés, il n’est plus, il n’agit plus. Ces deux états sont distincts ; il n’y a rien entre eux.
« Si les virus sont privés de leurs propriétés, s’ils ne sont rien, en vertu de quoi veut-on qu’ils confèrent l’immunité? »
Ici, vous le remarquerez, Messieurs, il y a une confusion qui, certes, n’est pas involontaire, entre X atténuation et Y annulation. Les besoins de la cause le voulaient.
Je continue cette étrange citation :
« De telles propositions n’ont pas de sens, ni au point de vue de la logique , ni à celui de la science. Pour mon compte, je les déclare contraires à tous les principes, à tous les faits d’observation et d’expérimentation.
« Elles sont insoutenables et, par conséquent, n’exigent aucune réfutation.
’ « C’est pourtant au nom de pareilles idées qu’on propose une vaccination des moutons et des bêtes bovines, en vue de les préserver du charbon! »
De qui cette étrange protestation contre l’évidence des démonstrations? Vous l’avez deviné, Messieurs : elle vient du contradicteur-né de M. Pasteur et de tous les expérimentateurs qui ont marché dans la voie qu’il a ouverte. Que répondre à cela ? Le mot de Galilée : « Et pourtant elle se meut ! » Oui, l’idée se meut, car un grand progrès vient de s’accomplir : « Les virus mortels peuvent être transformés en virus vaccinaux. » Toutes les dénégations de M. Colin ne sauraient prévaloir contre cette incontestable vérité.
En regard de ces opinions de M. Colin, si singulièrement négatives de tout progrès, c’est pour moi un grand plaisir de placer une décision que l’Académie des sciences vient de prendre dans sa dernière séance. L’Académie a la conviction qu’une ère nouvelle vient de s’ouvrir pour la médecine, grâce aux découvertes de M. Pasteur et des expérimentateurs qui se sont inspirés de sa méthode et ont marché dans sa voie, et elle vient de proposer une question de prix pour 1882 qui a pour objet d’encourager les recherches dans l’ordre des idées du Maître. Voici, Messieurs, comment cette question est motivée et libellée :