‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 100 sur 145 · EXPÉRIMENTATION MÉDICALE · texte numérisé non relu

EXPÉRIMENTATION MÉDICALE

prendre le mécanisme des maladies, et interpréter le mode d'action des substances médicamenteuses.

Le médecin expérimentateur doit prétendre à reproduire à son gré les conditions morbides. Ce sera un grand progrès pour la physiologie pathologique d'arriver à la production artificielle des maladies; c'est la seule manière d'en bien étudier le mécanisme. Dans les sciences physico-chimiques, en chimie par exemple, on dit qu'on ne connaît bien un corps que lorsqu'on peut le recomposer. Eh bien, nous aussi nous ne connaîtrons complètement les maladies que lorsque nous pourrons les reproduire sur des animaux, parce qu'alors seulement nous connaîtrons les conditions dans lesquelles elles prennent naissance. Les sciences ne procèdent que par l'analyse et la synthèse, qui est la contre-épreuve de l'analyse.

La médecine expérimentale est donc une science expérimentale ordinaire ; seulement elle est bien certainement la plus complexe et la plus difficile de toutes, à cause de la variété des phénomènes qu'elle nous offre et des obstacles sans nombre que présente leur étude. 11 y a en outre, dans la médecine expérimentale, trois ordres de faits qu'on ne doit jamais perdre de vue et dont il faut toujours chercher à établir le rapport. Ce sont les phénomènes physiologiques, pathologiques et thérapeutiques. Ces phénomènes dérivent toujours d'une même source, les propriétés des éléments hislologiques ; leurs conditions de production seules sont différentes, et au fond il n'y a qu'une loi vitale unique pour tous ces phénomènes.

Finalement, vous savez maintenant que, lorsque nous voudrons agir d'une manière quelconque sur les phéno-

c. BERNARD. Patli. exp. 32

mènes de la vie, nous devrons modifier les conditions dans lesquelles se manifestent les phénomènes chez les êtres vivants. Vous savez de plus que, lorsque nous voudrons reproduire identiquement une même action, un même effet, nous devrons toujours nous placer exactement dans les mêmes conditions.

Mais il y a un point sur lequel je dois revenir et insister en terminant, c'est l'instabiUté et la mobilité extrêmes des propriétés de la matière vivante; ce qui rend souvent très difficile de retrouver rigoureusement les mêmes conditions physiologiques. Sans doute les propriétés vitales, considérées en elles-mêmes, sont bien le produit d'une force spéciale qu'on pourrait appeler, si vous voulez, la force vitale ; mais celle force vitale ne serait que la cause formatrice ou organisatrice des corps vivants, car, une fois cette organisation donnée, la matière vivante fonctionne uniquement en vertu de ses propriétés innées et déterminées. Dès lors, puisque ces propriétés sont déterminables, elles peuvent être étudiées et atteintes par nos agents modificateurs comme les propriétés des corps bruts. Mais il y a cependant entre elles, je le répète, une différence dont il est très important de tenir compte dans l'expérimentation : c'est que les propriétés de la matière vivante sont extrêmement altérables et fugaces; elles disparaissent en quelques instants, surtout chez les animaux à sang chaud. Ainsi, un muscle, un nerf, une glande, un élément du sang, par exemple, sont doués de propriétés vitales en rapport avec leurs fonctions ; mais ils ne peuvent les conserver qu'à la condition de rester dans l'organisme. Par conséquent, lors-

Page 1