DU MILIEU DES PHÉNOMÈNES
extérieur, dans lequel vit l'être tout entier. Pour les corps bruts, il n'y a qu'un milieu cosmique ; pour les corps vivants, au contraire, je viens de dire qu'il y en a deux : le milieu général dans lequel est l'être tout entier, et le milieu intérieur dans lequel vivent les éléments. Ce milieu intérieur est un milieu composé des mêmes éléments que le milieu extérieur^ sauf qu'il est plus délicat et plus complexe. Il est liquide et renferme, chez tous les êtres vivants, de l'eau, des gaz, des matières nutritives ; mais, chez les animaux à sang chaud seulement, ce milieu est disposé de façon à conserver sa chaleur nécessaire pour l'accomplissement des fonctions des éléments.
Eh bien, lorsqu'on examine un végétal ou un animal à sang froid, on voit que, si ce végétal s'engourdit pendant l'hiver^ c^est parce que, sous l'influence du froid, les phénomènes physico -chimiques s'arrêtent dans son milieu intérieur ; de sorte qu'il y a toujours un parallélisme complet entre les phénomènes de la vie du végétal et les phénomènes physico-chimiques qui se passent dans son milieu intérieur ou dans sa sève. Chez les animaux à sang froid, il y a également, pendant l'hiver, engourdissement des phénomènes de la vie, parce que le milieu intérieur se refroidit en même temps que le miheu extérieur. Au contraire, chez les animaux à sang ch aud, les phénomènes de la vie ne s'interrompent pas pendant l'hiver, parce qu'il y a un mécanisme particulier qui les protège contre le froid et leur conserve une chaleur élevée. Les éléments organiques, abrités contre le froid^ continuent à fonctionner activement, de la même façon que les plantes végètent dans une serre, parce qu'elles
sont chauffées et placées à une température qui permet leur végétation.
Ainsi vous voyez quelles difficultés présente l'étude des phénomènes de la vie. Il faut aller les observer dans la profondeur des tissus, dans l'intérieur même des organes, car c'est là seulement que nous pouvons saisir les conditions des phénomènes qui se manifestent chez les êtres vivants.
Pour la médecine, c'est absolument la même chose que pour la physiologie. Quand une maladie existe, c'est à l'élément organique qu'il faut descendre pour la comprendre. Lorsqu'on administre un médicament, il n'agit que sur les tissus, sur les éléments; il n'agit qu'autant qu'il a pénétré dans leur milieu intérieur, c'est-à-dire dans le sang, et qu'il est allé se mettre en contact avec eux. Ce qui ajoute encore à la complexité des phénomènes, c'est que chaque élément a des agents spéciaux qui lui sont propres. Il en résulte qu'il faut faire en quelque sorte l'histoire de chaque élément consécutif d'un être vivant, si l'on veut avoir la conception des fonctions de son organisation totale. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui l'histologie, ou anatomie générale, est une des bases absolument nécessaires de toutes ces études de physiologie générale et de médecine expérimentale.
Malgré cette complexité des phénomènes vitaux^ dont j'ai essayé de vous donner une idée, la sience nous apprend que ce sont là seulement des difficultés matérielles surmontables, que nous finirons, à force de persévérance, par définir et résoudre ; nous pourrons alors modifier scientifiquement les phénomènes vitaux, com-