CONQUÊTE DE LA. NATURE VIVANTE
jours sur la nature par ces magnifiques applications à l'industrie qui ont pris^ particulièrement dans notre siècle, un développement si considérable. La physiologie doit faire de même ; le champ qui est offert à sa conquête, c'est la nature vivante. Elle doit, comme je l'ai dit tout à l'heure, apprendre à faire jouer à sa volonté tous les ressorts, c'est-à-dire les éléments de l'organisme, à provoquer chez les êtres vivants la manifestation de leurs diverses propriétés, comme les sciences physico-chimiques s'emparent des forces de la nature brute pour les faire agir à notre gré. Elle atteindra ce but chez les êtres vivants, comme il l'est déjà en partie chez les corps bruts, par la connaissance des conditions essentielles de chaque phénomène.
Cette définition exacte des conditions dans lesquelles se manifeste un phénomène constitue ce que j'ai appelé le déterminisme du phénomène. Celte détermination des conditions doit être absolue par elle-même : si un phénomène se passait de la même manière, dans des conditions essentielles différentes, ou s'il variait lorsque les conditions restent invariables, il est clair qu'il n'y aurait plus de science possible ; car ce serait admettre que des causes diverses produisent des résultats identiques, et que la même cause engendre des effets différents. Ce serait, en un mot, nier le principe même de la science, et prétendre que la nature vivante n'a pas de lois, car le premier caractère d'une loi est d'être invariable. La recherche de ces conditions essentielles d'existence des phénomènes, ou, en d'autres termes, des lois des phénomènes, forme le but de l'expérimentation, et l'art
5J2 PATHOLOGIE EXPÉRIMEISTALE.
d'expérimenter consiste à se placer dans des circonstances telles que l'apparition ou la non- apparition du phénomène en soit la conséquence constanle.
Dans les sciences physico-chimiques, ainsi que nous 1 avons déjà dit, l'expérimentation est très avancée et l'art de l'expérimentateur fort perfectionné; mais nous savons qu'il est bien loin aujourd'hui d'en être de même dans les sciences de la vie. Quand un physicien ou un chimiste fait une expérience, il sait exactement dans quelles conditions il opère, et, par suite, lorsqu'il veut répéter cette expérience, il retrouve aisément ses conditions primitives pour s'y replacer de nouveau. Aussi obtient-il toujours le même résultat, et il n'entrerait jamais dans sa pensée qu'il pût en être autrement. Si un chimiste réunissait mille fois de l'hydrogène et de l'oxygène dans des conditions déterminées, toujours les mêmes, jamais on ne lui ferait croire que tantôt il obtiendra de l'eau, et que tantôt il n'en obtiendra pas.
En physiologie, au contraire^ et surtout en médecine, rien n'est plus commun que des raisonnements de ce genre. On voit tous les jours des physiologistes ou des médecins nous dire: j'ai institué une expérience, et j'ai obtenu tel résultat; une autre personne a fait cette même expérience et a obtenu autre chose; une troisième l'a répétée à son tour, et n'a rien obtenu de semblable aux deux premières. Les auteurs enregistrent ces résultats contradictoires, et l'on a souvent l'air de tout accepter comme s'il devait naturellement en être ainsi. Beaucoup de gens ne s'étonnent ni ne se choquent de ces contradictions. On dit que cela tient à la nature de l'animal, à