‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 109 sur 145 · PLACE DE LA. PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PLACE DE LA. PHYSIOLOGIE

La physiologie était comprise autrefois dans d'autres sciences, la zoologie, l'anatomie et la médecine. Ce n'est que peu à peu qu'elle s'est formée comme science distincte. Autrefois on voyait bien de temps à autre des anatomistes, des médecins, des zoologistes, des chimistes, des physiciens même, entreprendre quelques expériences physiologiques; mais chacun y avait été conduit par ses idées ou ses recherches dans la science qu'il cultivait spécialement : de sorte que la physiologie restait en sous-ordre et n'était considérée que comme une partie accessoire.

Galien fit assez d'expériences physiologiques pour mériter le nom de « père de la physiologie », comme Hippocrate a été appelé le « père de la médecine ». Mais cependant c'était surtout et avant tout un médecin, qui cherchait dans ses expériences physiologiques la base ou la justification de théories médicales. A cette époque, on ne faisait encore que des systèmes de médecine qui, en se succédant les uns aux autres, ont longtemps dominé la science.

Parmi les médecins, il en est un, beaucoup plus tard, au XVII® siècle, qui mérite une mention spéciale parce qu'il semble avoir compris dans toute son étendue ce que devait être l'expérimentation physiologique dans ses applications à la médecine. C'est Régnier de Graaf.

En tête de son Tractatus anatomico-medicus de succi pancreatici natura et usu, imprimé en 1671 et traduit en français, on trouve un frontispice représentant le laboratoire du physiologiste. Au milieu, figure une table où repose un cadavre que dissèque le savant entouré de ses

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élèves, à peu près comme dans le tableau célèbre connu sous le nom de la Leçon d'anatomie; au pied de la table, on voit divers animaux préparés pour des expériences de vivisection, des poissons, des poulets, un mouton, un chien auquel on a pratiqué des fistules pourvues de flacons pour recueillir la salive et le suc pancréatique, etc. ; au fond sont suspendus divers instruments de chirurgie, de médecine ou de vivisection, et l'on aperçoit à droite un malade couché dans son lit, à côté de fioles remplies de médicaments.

Voilà bien le laboratoire de physiologie dans toute sa complexité, tel que nous le concevons aujourd'hui : l'étude anatomique, les expériences sur les animaux, l'observation cUnique des malades et l'application à la thérapeutique des résultats obtenus. Le soin de placer là un malade est surtout fort remarquable; il montre bien qu'il ne faut pas scinder la science de la vie, mettre d'un côté la physiologie, et de l'autre la pathologie. On ne doit pas faire de la vivisection pour la vivisection, surtout quand on se place au point de vue de la médecine expérimentale; il faut d'abord observer les maladies pour déterminer leurs symptômes et découvrir leur siège, puis chercher les causes des lésions et vérifier par des vivisections les hypothèses qu'on a faites à ce sujet.

Je ne prétends certainement pas que le laboratoire de R. de Graaf fût disposé comme nous le montre le frontispice de son ouvrage, et je ne crois pas surtout qu'il y eût réellement des malades à côté de ce laboratoire ; mais si ce laboratoire n'était pas une réahté, c'était au moins l'idée de R. de Graaf, le type qu'il concevait, la

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