‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 110 sur 145 · DESSINS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

DESSINS ANATOMIQUES

manière dont il croyait que son laboratoire aurait dû être, et cette seule conception était déjà beaucoup à l'époque où vivait R. de Graaf.

Il suffit, du reste, de regarder le frontispice que nous venons de décrire pour voir qu'on est en présence d'un dessin de fantaisie : le tapis à franges qui recouvre la table où est placé le cadavre, le lustre qui éclaire la salle, les lambris richement sculptés qui l'ornent de toutes parts, aucun de ces détails ne cadrerait avec l'organisation nécessairement plus modeste et plus pratique d'un laboratoire réel. Les expériences elles-mêmes ne pourraient pas s'exécuter telles qu'on les voit figurées. Ainsi, à en croire le dessin du frontispice et les autres gravures de son ouvrage, pour recueillir la salive du chien^ R. de Graaf aurait tout simplement introduit le col d'un flacon dans le conduit excréteur d'une glande salivaire, et l'on sait que les plus volumineux de ces conduits sont encore beaucoup trop étroits pour permettre une semblable opération sur le chien.

Il ne faut pas s'étonner de ces libertés de dessin : les anciens anatomistes donnaient le plus souvent des représentations subjectives ou idéales bien plutôt que des copies réelles de la nature. On trouve, par exemple, dans de vieux traités d'anatomie^ beaucoup de figures des plus étranges. On y voyait souvent^, par exemple, un écorché présentant sa peau de la main gauche, tandis que la main droite brandissait le couteau qui avait servi à la découper. D'autres fois, c'était un homme qui s'ouvrait tout vivant, indiquant sur lui-même des démonstrations anatomiques, tirant son muscle soléaire en faisant force

grimaces pour exprimer la douleur que feraient éprouver de pareils mouvements s'ils étaient réels, etc. Les muscles, les nerfs, les glandes, étaient le plus souvent des figures de convention qui ne représentaient point du tout l'aspect véritable de la nature réelle. On dessinait ce qu'on avait dans l'esprit, sans songer le moins du monde à se modeler sur les choses mêmes pour en reproduire fidèlement toutes les apparences et tous les détails.

Aujourd'hui personne ne s'aviserait plus jamais de prendre de pareilles libertés. On a compris qu'il fallait avant tout copier la nature, et non représenter les idées qu'on se fait des choses.

Pendant longtemps, avons-nous dit, la physiologie n'eut pas de chezsoi^ et fut dispersée chez les médecins, les anatomistes, les zoologistes, mais toujours en lui imposant des conditions étrangères qui la gênèrent dans son développement : elle ne jouissait d'aucune indépendance et n'avait pas même d'existence distincte. Aujourd'hui elle est devenue une science autonome, et elle s'est rapidement constituée d'une manière assez solide pour n'avoir plus à craindre de perdre son autonomie ou de voir dégénérer son état scientifique.

Aujourd'hui la physiologie doit avoir à peu près, visà-vis de l'anatomie et de la zoologie, la même position que la chimie et la physique à l'égard de la minéralogie; elle étudie le fonctionnement des tissus que l'anatomie a décrits, comme la chimie examine les réactions des corps observés et classés par la minéralogie. Aussi a-t-elle droit, au même titre que la chimie ou la physique, à un enseignement distinct.

Page 1