INTRICATIONS DES TROIS PÉRIODES SCIENTIFIQUES
pas croire que ces trois états successifs se suivent d'une manière régulière sur toutes les parties de la science à la fois, et se substituent les uns aux autres d'une manière absolue. Non, les trois périodes de l'évolution scientifique se rencontrent à la fois et marchent toujours parallèlement, parce qu'à mesure que la science s'agrandit et se constitue par l'expérimentation, elle découvre d'autres points obscurs qui doivent, à leur tour, subir leur évolution et passer nécessairement par les trois états que nous avons indiqués. De sorte que^ dans les sciences expérimentales même les plus avancées, il existe simultanément des questions à toutes les périodes de leur développement scientifique .
Eh bien ! c'est ce qui arrive pour la physiologie et la médecine expérimentales. Aujourd'hui, la physiologie est faite sur certains points, en voie d'études sur un grand nombre d'autres, et absolument obscure sur une foule de questions. Quant à la médecine expérimentale, elle commence à s'éclairer dans les parties où la physiologie est assez développée; mais dans les maladies où cette science ne peut lui servir de base, elle est forcée d'attendre^ parce qu'elle ne pourrait aller que d'erreur en erreur si elle osait s'aventurer sur une physiologie encore incertaine, et incapable, par conséquent, de lui servir de flambeau.
La première vérité, avons-nous dit, qui nous ait été démontrée par l'expérimentation, c'est que la physiologie et la pathologie expérimentales sont inséparables dans leur avancement scientifique. Mais il n'y a pas seulement une union nécessaire, il existe encore une subordination
forcée entre ces deux sciences. La physiologie doit toujours précéder la pathologie et lui servir de point d'appui. D'où il résulte que c'est déroger aux principes de la médecine expérimentale et faire fausse route que de vouloir trouver des explications physiologiques des maladies là où la physiologie n'est pas encore fixée elle-même. Or, la physiologie expérimentale est une science qui est loin d'être constituée dans toutes ses parties. Il est donc tout naturel qu'il y ait une foule de questions pathologiques encore complètement obscures sur lesquelles la physiologie expérimentale ne peut nous fournir aucune lumière. Les médecins qui, aujourd'hui, rechercheraient une exphcation physiologique pour toutes les maladies poursuivraient donc une chimère dangereuse.
Mais, si je blâme les explications physiologiques prématurées, je n'en affirme que plus fortement le principe. Oui, c'est par la physiologie seule que nous obtiendrons la connaissance scientifique des maladies, et, bien que la médecine expérimentale ne soit qu'à son aurore, elle nous présente déjà des questions pathologiques et thérapeutiques pour lesquelles la démonstration est entière. J'aurai l'occasion de développer devant vous quelquesuns de ces exemples ; mais, je le répète, à côté de ces points lumineux, il en reste qui sont encore complètement dans l'ombre et qui attendent la lumière de quelques découvertes physiologiques nouvelles.
J'avais donc raison de dire que les sciences expérimentales ne sont jamais finies; et, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement? Si l'homme n'avait plus rien à découvrir, s'il savait tout, son rôle dans ce monde serait