‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 124 sur 145 · SCIENCES TOUJOURS EN VOIE DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

SCIENCES TOUJOURS EN VOIE DE CONSTRUCTION

fin'. Il ne cultive les sciences et ne recherche la vérité avec tant d'ardeur que parce qu'il ignore, et que le désir de connaître est inné chez lui.

En tant que science expérimentale, la médecine est donc une science antisystématique; elle représente, comme je vous le disais, un édifice toujours en voie de construction, qui ne sera peut-être jamais achevé. Aujourd'hui, les assises se posent, déjà quelques parties s'élèvent; mais la construction ne sera que l'œuvre du temps. Il ne faut pas que cela nous décourage, car il n'est pas nécessaire d'attendre l'achèvement de l'édifice pour s'en servir. On peut en habiter les étages déjà bâtis, eu même temps que les autres s'achèvent. C'est ce que nous voyons clairement pour les sciences expérimentales très avancées telles que la physique et la chimie. Est-ce que tout est fini dans ces sciences? Pas le moins du monde; il y a des régions qui sont encore dans l'obscurité, d'autres dans l'empirisme. Cela n'empêche pas de faire des apphcations des lois scientifiques déjà connues. Les merveilles de l'industrie à notre époque, les machines à vapeur,, les télégraphes électriques en sont des preuves éclatantes. Eh bien, il en sera de même pour la médecine; dès que les phénomènes de la vie seront bien expliqués sur certains points, l'humanité en profitera sans être obligée d'attendre plus longtemps. Ce sera là, nous le répétons, le caractère delà médecine expérimentale.

En résumé, ceux qui veulent aujourd'hui tout expliquer en médecine par la physiologie prouvent qu'ils ne connaissent pas la physiologie, et qu'ils la croient plus avancée qu'elle n'est. Ceux qui repoussent systématique-

ment les explications physiologiques en médecine prouvent qu'ils ne comprennent pas le développement delà médecine scientifique et qu'ils se trompent sur son avenir. En effet, c'est en vertu de l'évolution naturelle de toutes nos connaissances, que la médecine est destinée à devenir expérimentale. Et sous ce rapport il n'y a pas lieu de trop se préoccuper des oppositions qu'on lui suscite ; c'est une évolution fatale qui est dans la loi de notre esprit et dans la nature des choses.

Je iînirai comme j'ai commencé, en vous disant que ce que nous avons de mieux à faire pour concourir aux progrès de la médecine scientifique, c'est de perfectionner les méthodes d'investigation expérimentales appUcables à la physiologie et la pathologie; si les principes de la méthode expérimentale sont identiques, ainsi que nous l'avons dit, dans les sciences de la vie et dans les sciences des corps bruts, les procédés différeront nécessairement à raison de la nature spéciale des phénomènes de la vie qui nous offrent une déUcatesse très grande et une mobilité extrême.

Nous concluons enfin qu'il est d'autant plus utile de fixer les préceptes de l'expérimentation dans la physiologie et dans la pathologie, que par une singulière illusion on se croit capable d'expérimenter dans ces sciences sans apprentissage préalable. C'est de là que viennent tant d'expériences mal faites ou contradictoires, qui nous encombrent et qui ne peuvent se réduire que par un perfectionnement des moyens d'expérimentation et par une étude plus attentive des conditions dans lesquelles s'accompHssent les phénomènes vitaux.

L'année dernière, nous vous avons parlé des moyens de contention des animaux soumis aux opérations physiologiques. Ce sont là des procédés d'expérimentation en quelque sorte extérieurs à l'organisme; cette année, nous entrerons dans la machine vivante en étudiant le milieu interne organique dont la connaissance forme réellement la base de la médecine expérimentale; c'est pourquoi je vous entretiendrai tout d'abord d'une manière spéciale des moyens d'investigation physiologiques et pathologiques applicables aux phénomènes se passant dans le sang.

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