‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 16 sur 145 · PUISSANCE DE L HOMME SUR LA NATURE. H · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE L HOMME SUR LA NATURE. H

Nous n'étendons d'ailleurs notre puissance sur les phénomènes naturels que jusqu'au point où notre connaissance s'arrête. Dès qu'il survient quelque chose d'inconnu ou d'imprévu, nous sommes déroutés et notre imissance cesse. Un phénomène singulier, qui se voit rarement aux latitudes où nous vivons, vient de nous en donner une preuve frappante. Pendant l'aurore boréale qui s'est produite à Paris l'été dernier, des perturbations étranges et inexplicables sont venues entraver l'action des fils télégraphiques. L'agent électrique ne parvenait plus à destination, et pendant quelque temps il devint impossible d'envoyer des nouvelles entre Paris et les autres villes de l'empire. L'impossibilité de gouverner la nature s'est nettement manifestée dans ce cas particulier, car si nous avions connu la loi qui présidait aux manifestations inattendues de celte cause inconnue, il eût été possible d'ob\ier aux inconvénients qu'elle nous a forcés de subir. La position du médecin en présence d'une maladie est exactement la même. Tant que nous ignorons la loi des phénomènes, il nous est impossible d'en prévoir ou d'en modifier le cours. C'est l'étude attentive du mécanisme des maladies qui seule nous permettra d'intervenir au moment opportun.

Il est donc indispensable, ainsi que nous vous l'avons dit dans une leçon précédente, de combiner les recherches expérimentales avec l'observation cHnique ; de créer artificiellement des maladies par des moyens connus d'avance chez des animaux vivants, et de pratiquer immédialement après la mort des autopsies physiologiques rationnelles, tous les tissus malades devront êlre succeisivement com-

parés aux tissus normaux, et l'état du sang mérite une attention toute spéciale. Les efforts de tous les physiologistes devraient se concentrer sur ce point. La chimie organique ne peut pas nous fournir des données suffisantes; elle n'est malheureusement pas très avancée, surtout pour ce qui touche les propriétés des éléments qui composent rorganisme vivant. Ce ne sera, par conséquent, pas tant l'analyse chimique du sang qu^il faudra faire que son analyse physiologique qui nous apprendra ses propriétés vitales. Que l'on mette en jeu les propriétés vitales du système nerveux, et l'on pourra constater des modifications de la plus haute importance que ni l'anatomie pathologique, ni les moyens ordinaires d'analyse chimique ne nous auraient jamais fait connaître. Il en est de même pour les muscles ; empoisonnés par certaines substances, ils perdent leur contractilité, sans que la chimie puisse encore nous en rendre compte d'une manière satisfaisante. Il est donc naturel de supposer qu'à l'état de maladie comme à l'état de santé, le sang peut offrir des modifications qu'il n'appartient qu'au physiologiste de découvrir et d'apprécier. Si, par exemple, l'animal a respiré de l'oxyde de carbone, le globule sanguin est privé de l'une de ses propriétés les plus essentielles, c'est-à-dire du pouvoir d'absorber de l'oxygène en éliminant de l'acide carbonique. C'est l'expérimentation physiologique qui nous démontre d'abord le fait, mais l'analyse chimique pourra nous fournir plus tard la clef du problème. Nous sommes loin de vouloir décourager les recherches chimiques qui, dans ces derniers temps, ont été entreprises sur la composition du sang; elles méri-

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