‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 40 sur 145 · DES PROPRIÉTÉS INTRINSÈQUES DE LA MOELLE ÉPINIERE · texte numérisé non relu

DES PROPRIÉTÉS INTRINSÈQUES DE LA MOELLE ÉPINIERE

SOMMAIRE : La moelle épinière devient insensible quand elle est séparée des racines postérieures. — Pour le démontrer, il faut arracher les racines postérieures, au lieu de les couper — Résultats d'une section unilatérale des cordons postérieurs. — Augmentation de la sensibilité et de la température des parties correspondantes. — Expériences de Stannius, de Ttirck et de M. Brown-Séquard. — Les effets d'une section unilatérale sont directs pour la partie inférieure de la moelle épinière, et croisés pour la partie supérieure. — Explication physiologique de ces phénomènes. — Effets pro * duits par une section complète de la moelle épinière. — Augmentation de l'intensité des mouvements réflexes. — Phénomènes observés par Fouquier chez les paraplégiques. — Hypothèse de Millier. — Faits à l'appui — La moelle épinière est un centre nerveux indépendant de l'encéphale.

Messieurs,

Nous avons abordé l'examen des propriétés de la moelle épinière, dans la dernière séance, et nous allons aujourd'hui continuer ces recherches, au point de vue expérimental.

Lorsqu'on se propose de démontrer l'insensibilité de la moelle épinière, après l'avoir dépouillée des racines postérieures correspondantes, ce n'est pas en coupant les troncs nerveux, mais en les arrachant, qu'il convient d'opérer. On conçoit, en effet, que si l'on n'enlevait pas les nerfs sensitifs jusque dans leurs racines, il serait impossible de piquer les cordons postérieurs, même avec

PROPRIÉTÉS DE Ll MOELLE ÉPINIÈRE. 199

une aiguille de cataracte très fine, sans rencontrer quelques petites origines de nerfs sensibles ; ce n'est donc qu'à la condition d'opérer par arrachement que l'on peut arriver à démontrer celte propriété négative. Mais, dira-t-on, le csntre nerveux est sans doute désorganisé par une opération qui consiste à arracher les fdets nerveux qui naissent au sein même de l'axe médullaire. Il est cependant aisé de démontrer le contraire ; car, en agissant sur les membres postérieurs, dont les racines émanent d'un point situé au delà de cette lésion, la sensation est parfaitement bien perçue ; ce qui démontre évidemment que la moelle épinière n'est point désorganisée, et jouit encore, en entier, de l'intégrité de ses fonctions de transmettre la sensibihté.

Nous avons pratiqué ce matin, sur le chien que je vous présente, l'arrachement de quatre paires des racijies postérieures, d'un seul côté ; et^ comme vous allez bientôt le voir, le côté dépouillé de ses fibres postérieures est complètement privé de sensibihlé, tandis que le côté opposé jouit d'une sensibilité normale.

On pratique l'expérience en portant une pointe acérée sur les cordons postérieurs de la moelle du côté mutilé, aucune sensation ne se produit : tandis qu'à la moindre excitation du côté opposé, l'animal manifeste une sensibilité très vive et pousse des cris de douleur.

Mais il existe un autre procédé qui permet de démontrer que la moelle épinière n'est pas la continuation des racines nerveuses qui en émanent. En effet, s'il en était ainsi, la section des cordons postérieurs amènerait une paralysie complète de la sensibilité, et l'on avait admis

pendant longtemps qu'il en était réellement ainsi. Maisil est aujourd'hui démontré que le contraire a lieu, et que la section des cordons postérieurs d'un seul côté, loin de déterminer une sensibilité complète, comme celle qui résulte de la section des racines, produit au contraire une hyperestliésie des mieux caractérisées , accompagnée d'une augmentation de température assez considérable. Ces expériences sont déjà! assez anciennes. Stannius avait démontré qu'en coupant d'un seul côté la moelle épinière d'un balracien, il ne se produisait aucune paralysie dans les membres correspondants ^ il est bien entendu qu'une section transversale complète abolit complètement la motilité et la sensibilité. Mais il était réservé à Tûrck et à M. Brown-Séquard de prouver que non seulement la sensibilité n'était point abolie, mais encore qu'elle se trouvait fortement augmentée. M. Brown-Séquard attribue ces résultats à un entre-croisement, une décussation des fibres de la moelle ; la sensibilité demeurerait normale du côté lésé, mais elle s'aifaiblirait du côté opposé. Tûrck a prouvé que, la sensibilité restant toujours la même du côté sain, il y avait une hyperestliésie très réelle du côté mutilé. Dans le but de parvenir à cette démonstration, il fait usage d'un procédé très ingénieux, qui permet de mesurer avec beaucoup d'exactitude la sensibilité relative d'un membre ; c'est un vrai dynamomètre, au point de vue de l'intensité des sensations. La peau de la grenouille possède la propriété de reconnaître parfaitement la présence des acides dans l'eau où elle est plongée. On ajoute donc une faible proportion d'acide acétique ou sulfurique à un verre d'eau ; on y trempe les pattes pos-

Page 1