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MOUVEMENTS RÉFLEXES

et deviennent plus sensibles à l'action du galvanisme, après leur séparation du corps : mais celte modification ne commence à se manifester qu'après la mort complète des nerfs qui les animent, ainsi que l'a montré M. Faivre. Vous voyez donc, messieurs, que l'excitabilité de tous les tissus paraît augmenter, lorsqu'ils se trouvent soustraits à l'influence nerveuse qui les dominait. En un mot, il ne faut pas considérer les nerfs comme de simples excitateurs : ils agissent aussi comme des freins.

Les propriétés du système nerveux peuvent donc subir des modifications dans leur intensité, qui pourraient au premier abord être prises pour des différences de nature, mais qui ne sont que la suite des conditions diverses dans lesquelles le système nerveux peut être placé.

Ce n'est pas encore tout; il se produit des phénomènes plus complexes et plus singuliers, et qui se rapprochent davantage des conditions pathologiques, chez les animaux qui ont subi la section complète ou partielle de la moelle épinière. Nous allons entrer dans quelques détails à ce sujet.

Prenez un animal privé des mouvements volontaires par la section transversale de l-'axe médullaire ; on ne peut, en général, exciter de mouvements réflexes, soit dans le train antérieur, soit dans le train postérieur, qu'en agissant sur un point sensitif qui est resté en communication avec les nerfs moteurs sous Tinfluence desquels doivent s'accomplir les mouvements ainsi provoqués : c^est ainsi que, pour déterminer des convulsions du train postérieur, il faut pincer les pattes postérieures, tandis qu'on excite les pattes antérieures, pour amener des convulsions dans

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le train antérieur. Mais, quelque temps après l'opération, l'excitabilité peut atteindre des proportions telles qu'en agissant sur les pattes antérieures, on peut convulser les membres postérieurs eux-mêmes, aut vice versa. Tous pouvez voir ici que cette expérience est pratiquée avec succès, chez une grenouille dont la moelle a été sectionnée en travers depuis un certain temps.

Cette expérience réussit aussi bien chez les mammifères que chez les batraciens ; toutefois le phénomène ne se manifeste que chez les animaux dont l'excitabilité a été modifiée et accrue par des lésions de la moelle épinière. Mais, d'après les idées généralement reçues, on ne devrait pouvoir exciter de mouvements réflexes dans les membres antérieurs qu'en agissant sur des nerfs sensitifs qui aboutissent à un point placé au-dessous de la section. Comment s'opère la transmission, en pareil cas ? Ce n'est pas évidemment par la moelle épinière : ce ne pourrait être que par le grand sympathique, qui est resté intact, ou par le développement et l'extension d'un réseau sensitif périphérique de la peau, qui mettrait en communication les nerfs sensitifs du train antérieur et du train postérieur. Cette dernière opinion est la plus probable.

Il existe dans la science des faits pathologiques complètement inexplicables d'après les idées reçues, qui pourraient peut-être trouver une exphcation d'après cette théorie. Dans le Journal de Physiologie de Magendie, on ht l'observation d'un homme atteint d'une affection de la moelle épinière, qui marchait encore quelques jours avant la mort, bien qu'avec un affaiblissement marqué. A l'autopsie, on trouva un ramollissement localisé sur

HYPÉRESTHÉSIE NERVEUSE. 211

un point parfaitement circonscrit, vers la région dorsale, et qui n'avait laissé subsister qu'un mince faisceau de substance médullaire ; or, ce n'était point là, selon toute apparencC;, un ramollissement cadavérique, car l'ensemble de l'organe n'était point affecté, et la lésion ne siégeait que sur un point nettement limité. Il y avait donc une interruption presque complète des communications entre les centres nerveux supérieurs et la partie inférieure du corps : et cependant les mouvements volontaires avaient persisté. Comment expliquer cette contradiction apparente, si ce n'est en invoquant les faits que nous venons de signaler?

Le grand sympathique est soumis à la même loi que le système cérébro-spinal par rapport à l'augmentation de ses propriétés, quand il a été divisé. Si vous excitez le plexus solaire, aucun effet ne se trouvera produit par rapport aux nerfs moteurs qui se distribuent aux membres : mais, en plaçant le système de la vie organique dans des conditions spéciales, on peut le rendre tellement excitable que le pincement d'un de ses ganglions amène sur-lechamp des convulsions générales. Rien n'est plus remarquable, par exemple, que l'influence exercée par la section complète du pneumogastrique sur le grand sympathique : c'est alors qu'il acquiert ces propriétés nouvelles, qui, au premier abord, paraissent étrangères à tout ce qui existe à l'état normal. Ces phénomènes ont été étudiés par quelques observateurs : cependant, il reste beaucoup de recherches à faire à ce sujet.

M. Brown-Séquard, après avoir paralysé des cochons d'Inde en leur coupant la moelle épinière, a réussi à exci-

ter chez eux des convulsions générales, auxquelle s les membres paralysés participaient aussi bien que les autres ; il fallait pour cela placer les animaux dans un état d'asphyxie, soit par la strangulation, soit en leur fermant les orifices respiratoires. Cet habile expérimentateur attribue ces phénomènes à la présence d'un excès d'acide carbonique dans le sang. Je ne partage pas son opinion, car, en faisant mourir les animaux par hémorrhagie, j'ai vu les mêmes symptômes se produire, et cependant il ne s'était point accumulé d'acide carbonique dans le sang. Il faudrait, je crois, plutôt chercher l'explication de ces phénomènes étranges dans un état particuher survenu dans les nerfs de la vie organique ou du système cérébro-spinal.

SEPTIEME LEÇON

DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SOUMIS A UNE SECTION COMPLÈTE (suite).

SOMMAIRE : Récapitulation des principales expériences qui démontrent Taugmentation de l'excitabilité dans les nerfs coupés. — Hypéresthésie. — Action du galvanisme. — Action des médicaments et des poisons. — Action du curare. — Les agents médicamenteux, introduits dans l'économie, dirigent habituellement leur action plus spécialement sur les organes malades. — L'influence des nerfs sur la contractilité des vaisseaux explique cette affinité élective. — Comment les tissus des animaux inférieurs peuvent-ils acquérir les propriétés qui caractérisent les animaux supérieurs, et réciproquement? — Effets des poisons chez les animaux dont les nerfs ont été coupés. — Expériences diverses.

Nous venons d'établir devant vous que les propriétés d'un nerf séparé du centre dont il émane acquièrent une intensité qu'elles étaient loin de posséder à l'état physiologique. Or, la propriété caractéristique d'un nerf moteur étant d'exciter les contractions musculaires, cette faculté spéciale doit évidemment augmenter dès que le nerf est plus ou moins isolé de son origine ; c'est ce que nous allons encore vous démontrer expérimentalement.

Il s'agit donc pour nous de prouver qu'un nerf est plus excitable, dans de pareilles conditions, qu'il ne Tétait auparavant ; or nous possédons une foule de moyens pour l'établir. On ne peut d'abord employer l'appareil de M. Du-

Bois-Reymond, et montrer, comme nous l'avons fait à la dernière séance, qu'un courant trop faible pour stimuler l'activité physiologique d'un nerf sain suffît parfaitement pour agir sur lui lorsqu'il a été divisé ; on peut aiusi obtenir l'etïet que l'on cherche à produire, soit en augmentant l'intensité du courant, soit en interrompant la continuité du nerf. Voilà donc un premier mode de démonstration ; mais on peut également prouver l'existence du phénomène singulier par un autre procédé. Lorsqu'on étudie l'effet de la galvanisation par un courant continu sur les nerfs sains, on s'aperçoit qu'au moment où l'on ferme le circuit, une contraction se produit; puis le muscle demeure en repos, et, quand on ouvre le courant, rien de nouveau ne se produit. Mais quand le nerf est divisé, la contraction se manifeste aussi bien à l'ouverture qu'à la fermeture du courant.

On pourrait trouver ces preuves suffisantes pour établir la vérité de nos assertions ; mais il faut, autant que possible, accumuler les démonstrations autour d'un fait. Nous allons donc vous présenter des preuves d'un ordre différent, et qui méritent une attention spéciale, parce qu'elles se rattachent plus directement aux phénomènes pathologiques.

Yoici une grenouille chez laquelle le nerf sciatique a été divisé d'un seul côlé ; il est donc plus sensible aux impressions extérieures que celui du côté opposé, comme nous venons de le voir ; mais nous allons vous démontrer qu'il est en même temps beaucoup plus sensible aux actions médicamenteuses et toxiques. Nous ferons usage du curare dans cette expérience, et, en comparant les

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