‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 46 sur 145 · ÉTAT MORBIDE ET PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT MORBIDE ET PHYSIOLOGIQUE

venir plus sensibles aux courants galvaniques ; s'il fallait, à l'état normal, un courant de 10 degrés pour exciter la contraction, il suffira dès lors d'un courant de 8, 7 ou 6 degrés ; mais bientôt ce mouvement ascendant s'arrête, l'excitabilité du nerf baisse, revient graduellement à Tétat primitif, tombe au-dessous de lui et finit par s'éteindre complètement. On pourrait représenter graphiquement cette progression par une courbe qui s'élèverait d'abord au-dessus d'une ligne horizontale, représentant l'état normal ou le point de départ, retomberait ensuite à son niveau et s'abaisserait ensuite indéfiniment jusqu'à zéro, c'est-à-dire jusqu'à disparition complète des propriétés nerveuses.

Je ne crois pas d'ailleurs que cette série de phénomènes soit exclusivement propre au curare ; elle paraît se produire dans la plupart des empoisonnements et serait, en quelque sorte, je le répète, la premier symptôme de l'état morbide auquel ils ont donné naissance. Au moment où l'ingestion du poison vient d'avoir lieu, l'animal est à l'état physiologique, et possède une irritabilité nerveuse normale; mais, dès que l'excitabilité galvanique du nerf a commencé à grandir, l'empoisonnement commence à s'effectuer, et, quoique les nerfs soient devenus plus excitables dans leurs troncs, les mouvements volontaires sont parfois déjà partiellement paralysés, ou du moins affaiblis; enfin, plus tard et au moment où les propriétés du nerf commencent à baisser^ les mouvements volontaires ont entièrement disparu.

En terminant cette leçon , nous allons reprendre les expériences de la dernière séance pour vous montrer

qu'elles réussissent toujours lorsqu'elles sont faites dans les conditions bien déterminées . Nous opérerons immédiatement après la section du nerf, afin qu'on ne puisse pas nous objecter que le nerf coupé est devenu plus excitable par la simple action de l'air, ou qu'il a été modifié d'une-autre manière, indépendante de leur séparation du centre nerveux.

Nous mettons ici à nu les deux nerfs sciatiques sur une grenouille vigoureuse, en évitant de blesser les vaisseaux, et nous coupons l'un d'eux. On les électrise ensuite alternativement à l'aide de l'appareil gradué de Du Bois- Reymond; Télectrisation du nerf coupé provoque des contractions quand l'appareil marque un degré et demi, celle du nerf sain n'en provoque qu'à 13 degrés. On empoisonne ensuite l'animal par le curare, en injectent deux gouttes d'une solution concentrée sous la peau à l'aide d'une seringue de Pravaz. Au bout de cinq minutes, le nerf sain pour être excitable n'exige plus que 12 degrés; il a donc augmenté de sensibilité. Le nerf coupé au contraire exige un courant de 4 degrés ; son irritabilité a donc dimi-' nué. Au bout de dix minutes, l'excitabilité du nerf sain est encore plus grande, et il produit des contractions à 10 degrés, et la paralysie des mouvements volontaires commence à se montrer. Enfin, après un quart d'heure, le nerf coupé est devenu complètement insensible à l'action des plus forts courants galvaniques, tandis que l'excitabilité du nerf sain commence seulement à baisser. Au bout de vingt minutes, l'animal est complètement paralysé quant aux mouvements volontaires , et le nerf sain réagit encore sous l'influence d'un courant égal à

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