‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 45 sur 145 · SUSCEPTIBILITÉ TOXIQUE DES NERFS · texte numérisé non relu

SUSCEPTIBILITÉ TOXIQUE DES NERFS

nisons ensuite les deux nerfs à plusieurs reprises ; mais l'excitabilité s'est éteinte très vite et d'une manière simultanée des deux côtés, de sorte qu'aucune différence n'a été remarquée. L'expérience n'a pas réussi, messieurs, parce que la dose de curare était trop forte et que les chaleurs de l'été ont amené une mort trop rapide du nerf. Nous la répéterons chez un second animal, avec une dose plus faible de ce poison.

Nous reprendrons ce sujet à la prochaine séance.

HUITIÈME LEÇON

DES PROPRIÉTÉS DES NERFS SOEMIS A UNE SECTION COMPLÈTE (suite).

SOMMAIRE : Analyse des expériences tentées sans succès dans le cours de la leçon dernière. — Pourquoi ces expériences n'ont-elles pas réussi? — En physiologie^ comme dans les autres sciences, les résultats d'une expérience faite dans les mêmes conditions sont toujours identiques. — Des exceptions en médecine. — Diflerences individuelles qui peuvent exister soit à l'état de santé, soit dans l'élat morbide. — L'irritabilité excessive des nerfs coupés est un phénomène pathologique. — Cette excitabilité est aussi l'un des premiers symptômes produits par l'action du curare et de certains autres poisons. — Les expériences qui avaient échoué dans la séance précédente sont pratiquées cette fois avec^succès.

Messieurs,

Nous allons continuer nos études sur les variations que présentent les propriétés des nerfs dans de certaines conditions pathologiques, en les comparant avec celles qui existent à l'état sain; ces différences, vous le savez, se rattachent surtout à des variations d'intensité des propriétés nerveuses, ce qui démontre bien clairement que l'état physiologique et l'état pathologique ne sont réellement pas séparés, mais se confondent par des nuances insensibles.

Nous avons cherché, dans la dernière séance, à vous démontrer que les actions médicamenteuses et toxiques donnent lieu, pour les nerfs malades, à des considéra-

DES CONDITIONS EXPÉRLMENÏALES. 219

lions communes. Nous avons empoisonné des grenouilles clans le but de vous convaincre que les propriétés du nerf disparaissaient plus promptement du côlé mutilé que du côté sain. L'expérience n'a pas réussi à l'amphithéâtre ; nous l'avons immédiatement répétée dans le laboratoire après le cours avec un plein et entier succès. Cette dilTérence tenait, comme je l'avais prévu, aux conditions de la température qui modifient beaucoup la marche des empoisonnements chez les animaux à sang froid ; elle tenait aussi à la grande faiblesse du courant galvanique que nous avions employé. Mais nous allons répéter le fait immédiatement sous vos yeux, afin de vous convaincre que les expériences bien faites donnent toujours les mêmes résultats en physiologie aussi bien que dans les sciences physico-chimiques; seulement^ il faut redoubler de précautions, parce que les conditions sont plus mutiples, plus complexes et plus difficiles à fixer.

On abuse du mot exception^ en médecine ; d'une manière absolue, il n'y a point d'exceptions, c'est-à-dire qu'il n'y a point de faits contraires à la loi qui doit toujours être générale. Le plus souvent, il s'agit de différences d'intensité dans la manifestation des phénomènes, et c'est l'imperfection de nos connaissances qui nous oblige à regarder comme des exceptions les faits dont nous n'apercevons pas bien clairement les relations ou le mécanisme. Car il reste bien entendu que, dans des conditions identiques, des phénomènes toujours identiques se produisent; contester ce principe, ce serait nier la science elle-même.

Mais ce n'est pas seulement à l'état pathologique pro-

duit par des mutilations, que les individus diffèrent les uns des autres, il en est aussi de même à l'état que l'on considère comme la santé ; c'est ainsi qu'à l'aide d'un appareil électrique gradué, nous pouvons constater que chez des grenouilles parfaitement saines l'excitabilité musculaire peut varier dans certaines limites. Chez une grenouille vigoureuse, il faut toujours un courant plus énergique pour exciter les nerfs et stimuler les contractions musculaires que chez un animal affaibh. Il existe donc des conditions générales qui paraissent exercer ici une action analogue à celle de la section des nerfs, et qui constituent le passage de la physiologie à la pathologie. Lorsqu'on veut comparer entre elles les propriétés des nerfs dans les diverses conditions où ils peuvent être placés,- c'est aux animaux sains et vigoureux qu'il faut toujours avoir recours ; ils présentent en effet ces différences d'une façon bien plus caractéristique que les animaux affaibUs. Si, par exemple, la différence entre l'excitabilité d'un nerf sain et d'un nerf coupé se trouve dans le rapport de 1 à 10, chez une grenouille bien portante, elle ne sera peut-être que dans le rapport de 1 à 5 chez une grenouille déjà malade et affaiblie.

Cette susceptibilité si marquée ou cette excitabilité exagérée que prend le nerf est un état antiphysiologique et l'un des premiers signes de l'état pathologique. C'est de même l'un des premiers symptômes de l'empoisonnement.

En effet, si vous donnez une faible dose de curare à un animal, vous verrez dans les premiers moments les nerfs moteurs, quoique tenant encore à la moelle épinière, de-

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