‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 49 sur 145 · AFFECTIONS NERVEUSES SENSITIVES ET MOTRICES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NERVEUSES SENSITIVES ET MOTRICES

cochons d'Inde auxquels il avait pratiqué l'hémisection de la moelle épinière; M. Brown-Séquard a même constaté que ces animaux deviennent sujets à des accès spontanés d'épilepsie qui se reproduisent à des époques assez régulières. On peut donc observer beaucoup de faits qui peuvent s'expliquer par les modifications analogues à celles qui sont aujourd'hui bien démontrées dans la section des nerfs. Mais la différence essentielle entre les deux ordres de fibres sensitives et motrices réside particulièrement dans la faculté de généraliser les efTets produits, que possèdent les premiers et qui manque aux seconds. Ainsi, lorsqu'après avoir lié les vaisseaux du membre inférieur chez la grenouille, en respectant le nerf sciatique, on injecte du curare dans le membre qui ne corn* munique plus avec la circulation générale, il en résulte une paralysie des fibres motrices jusqu'à leur origine, à la moelle épinière. Dans toute cette étendue, le nerf a perdu ses propriétés; mais là s'arrête l'action du poison, sur tous les autres points de l'économie, les cordons moteurs restent à l'état normal. Des effets bien différents sont produits par une injection de strychnine, qui réagit, dès qu'elle est arrivée à la moelle épinière, sur toute rétendue du système nerveux. Quand une seule moitié de la moelle épinière, celle qui correspond au membre empoisonné, a été divisée, les effets sont naturellement plus marqués qu'à l'état ordinaire; mais quand elle a été coupée en travers, les convulsions sont ordinairement limitées au train postérieur.

Yous voyez donc, messieurs, que les nerfs peuvent transmettre à leur point d'implantation , des influences

morbifiques dont les effets deviendront généraux, sans emprunter le secours d'aucun autre système; ils peuvent, en effet, produire non seulement des convulsions, par leur influence sur les muscles, mais encore des congestions par leur influence sur les vaisseaux, et des vices de sécrétion par leur action sur les glandes. Et ces phénomènes produits, sous l'empire des nerfs sensitifs, obéissent aux lois qui régissent les actions provoquées par des nerfs moteurs. Ainsi, dans la fièvre par influence nerveuse à la suite d'une lésion locale, il y a plusieurs états intermédiaires, avant que l'on n'arrive au résultat définitif. La fièvre, en effet, paraît être un état particulier, dans lequel les nerfs vaso-moteurs sont momentanément affaiblis; de là résulte une activité exagérée des phénomènes vasculaires. Mais ces effets sont précédés d'un état tout opposé, ainsi que le témoigne le frisson qui prélude à l'explosion de la fièvre; il semble se produire d'abord une contraction des capillaires, puis une dilatation de ces vaisseaux; il y aurait donc, dans cet enchaînement des phénomènes, une série parallèle à celle que l'on observe dans les cas d'empoisonnement, par rapport aux nerfs moteurs. Au premier abord l'excitabilité nerveuse s'accroît, plus tard elle diminue ; sous l'influence d'une excitation prolongée, le nerf se relâche, et perd ses propriétés, après avoir d'abord violemment réagi. Un phénomène analogue se produit à la surface de la peau, à la suite d'une immersion soudaine dans l'eau froide, les vaisseaux se contractent au premier moment, et la température s'abaisse pendant quelques secondes. Mais, un instant après, les capillaires se relâchent, ils

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