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FONCTIONS DU GRAND SYMPATHIQUE

qui tire son origine de la moelle épinière et dont toutes les ramifications accompagnant les vaisseaux artériels, peut exercer une influence notable sur la température et d'autres phénomènes des parties auxquelles il se rend; •coupez-le, la température s'élève et Tabondance des sécrétions interstitielles augmente ; galvanisez-le, au contraire, les efifets inverses se produisent. De plus, il s'agit d'un nerf évidemment moteur, puisqu'après la section, c'est le bout périphérique, et non le bout central, qui demeure sensible aux excitations directement portées sur son trajet; donc il était assez naturel de conclure que l'élévation de température et les autres effets observés étaient dus à une influence extraordinaire du sang dans les parties ainsi soustraites à l'influence du grand sympathique, et que cette activité exagérée de la circulation résultait de la paralysie des vaisseaux capillaires, de leur dilatation passive^ en un mot. Cette manière de voir a été adoptée par beaucoup d'observateurs; pour moi, je crois l'explication au moins incomplète; en efîet, j'ai constaté qu'à la suite de cette opération, le sang qui revient par la veine est plus chaud que celui qui passe par l'artère. Il y a donc là quelque chose de plus qu'une simple dilatation passive des vaisseaux ; il existe, en pareil cas, une autre action, bien moins connue que la précédente.

Dans mes recherches expérimentales sur les sécrétions, j'ai découvert que la section du grand sympathique met en liberté, pour ainsi dire, une influence antagoniste et toujours agissante, qui tend à produire des effets directement opposés à ceux qui résultent de la galvanisation de ce nerf. Prenons pour exemple les mouvements de la

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pupille, qui ont servi de point de départ aux observateurs dans^ l'étude de cette question intéressante de l'antagonisnie des nerfs : si la pupille se contracte après la section du i^^rand sympathique du cou, c'est en vertu, dit-on, d'une action antagoniste à celle de ce nerf, et que l'on attribue aux filets émanés de la troisième paire ; en un niof, il ne s'agirait point ici d'un phénomène entièrement passif, mais d'un phénomène parfaitement actif, qu'on explique par l'existence de fibres circulaires qui président au resserrement de l'iris. Eh bien, on pourrait assimiler les phénomènes qui se produisent au sein des vaisseaux, dans des conditions analogues, à ce qui se passe dans l'iris, bien qu'il s'agisse d'une contraction dans le premier cas, d'une dilatation dans le second. L'hypothèse que nous émettons ici repose d'ailleurs sur des faits positifs : la dilatation active des vaisseaux est l'un des faits les mieux établis en physiologie. J'ai prouvé, en effet, qu'il existait deux ordres de nerfs vaso-moteurs, les uns constricteurs, les autres dilatateurs, et que leurs propriétés pouvaient, dans l'un et l'autre cas, être mises en jeu par une action réflexe. Voici les expériences sur lesquelles celte opinion est fondée. Si vous coupez le filet du grand sympathique qui se rend à la glande sous-maxillaire, les vaisseaux se remplissent abondamment de sang; mais on parvient au même résultat, sans diviser le grand sympathique, en galvanisant la corde du tympan ; ces deux nerfs pourraient donc être considérés antagonistes. La dilatation vasculaire observée après la section du premier serait un phénomène actif, soumis à l'influence nerveuse du second ; et ce qui semble bien le prouver, c'est qu'après

la- section simultanée des deux nerfs antagonistes, les vaisseaux se trouvent dans une dilatation qui peut, à bon droit, être regardée comme passive, mais qui est infini* ment moins prononcée que celle qui succède à la section ou à la galvanisation de la corde du tympan. Cette série d'expériences que nous discuterons encore plus loin semblerait donc établir l'existence de deux ordres de nerfs vaso-moteurs, qui seraient réciproquement antagonistes. 'Maintenant, ces deux ordres de nerfs différents sontils dérivés du grand sympathique? Les données purement anatomiques paraîtraient devoir nous faire admettre qu'il n'en est pas ainsi, que les filets émanés des nerfs de la vie organique sont toujours constricteurs, tandis que les nerfs dilatateurs proviennent des faisceaux moteurs de l'axe cérébro-spinal. En effet, c'est toujours à un nerf moteur du système cérébro-spinal qu'il a fallu, jusqu'à présent, rapporter l'origine du filet qui préside^ dans chaque glande, aux phénomènes de sécrétion et de dilafation vasculaire : pour les glandes sous-maxillaire et sublinguale, c'est la corde du tympan; pour la parotide, des filets émanés de la cinquième paire, mais qui paraissent, en dernière analyse, se rattacher au nerf facial. Nous ne chercherons pas à résoudre cette question pour le moment; peut-être trouverons-nous l'occasion de la discuter plus tard. Disons seulement, dès à présent, que tous les observateurs qui ont étudié les fonctions du grand sympathique ont signalé la lenteur avec laquelle il transmet les impressions qui lui sont communiquées ; pour ce qui touche aux contractions de la pupille, ce phénomène se produit lentement lorsqu'on galvanise les filets

correspondants du grand sympathique, et les effets produits persistent quelque temps après que l'excitation a cessé. Il en est de même lorsqu'on agit sur les filets nerveux qui président à la contraction des vaisseaux ; mais les nerfs moteurs qui régissent la sécrétion des glandes et dilatent leur réseau vasculaire, lorsqu'ils sont excités, produisent également des effets parfois lents à paraître, et lents à se dissiper. Sous ce rapport, ils se rapprocheraient donc des nerfs émanés du grand sympathique. Cela prouveraitil qu'ils ont la même origine? Non, sans doute; car, dans l'un et l'autre cas, c'est sur l'élément contractile involontaire, sur la fibre-cellule non striée que s'exerce l'influence nerveuse; or, la lenteur avec laquelle ces effets se manifestent pourrait bien tenir aux propriétés île la fibre non striée, au Heu de se rattacher à celles du nerf qui les met en mouvement; nous savons, en effet, que les anciens anatomistes admettaient que l'action des nerfs était déterminée par la nature des parenchymes auxquels ils se distribuaient ; peut-être avaient-ils raison sous ce rapport.

En résumé, la moelle épinière préside aussi bien aux phénomènes chimiques de la vie organique qu'aux relations extérieures de la vie animale; elle les gouverne par l'intermédiaire du grand sympathique, système nerveux semblable, à presque tous les égards, au système cérébrospinal, mais inconscient, involontaire, et dont l'action s'exerce surtout sur les vaisseaux. Dans la prochaine séance, nous vous fournirons la preuve expérimentale des opinions que nous avons avancées dans celle-ci.

QUINZIÈME LEÇON

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