DE L'INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR L'ABSORPTION
SOMMAIRE : L'action des nerfs s'exerce toujours par l'intermédiaire d'une substance contractile. — L'absorption, au point de vue physique, est un simple effet de l'endosmose. — Le double courant qui résulte de ce phénomène physique ne se produit pas dans les vaisseaux aussi longtemps que le sang circule. — Il ne se produit alors qu'un courant d'endosmose. — L'absorption est retardée dès que la circulation est ralentie. — Expérience de Magendie. — L'absorption d'un poison peut être empêchée par la ligature des vaisseaux. — On arrive au même résultat par la galvanisation des nerfs. — L'influence des systèmes nerveux sur les phénomènes de l'absorption dépend de son action sur les vaisseaux. — Effets de l'inanition chez les animaux qui ont subi la section de certaines branches du grand sympathique.
Messieurs,
Je vous ai parlé, dans les leçons précédentes, de l'influence exercée par les nerfs sur les phénomènes chimiques qui s'accomplissent au sein de l'économie, et sur la composition du sang qui traverse nos organes. Nous avons étudié ces modifications dans les muscles et les glandes, parce nue ces tissus sont plus accessibles à notre observation ; mais il est extrêmement probable que des changements analogues s'accomplissent également dans les os, dans les tissus fibreux, et dans toutes les parties de l'organisme vivant.
Il nous reste à vous entretenir maintenant d'un autre genre de phénomènes, dans lequel le système nerveux joue
également un certain rôle et dont on ne saurait méconnaître l'importance: c'est de l'absorption que je veux vous parler. Vous verrez encore par les études qui vont suivre, que c'est toujours par une action mécanique que la force nerveuse intervient dans l'accomplissement des phénomènes de la vie. C'est toujours en agissant sur des éléments contractiles que les nerfs manifestent leur influence.
Considérons, en effet, les vaisseaux qui rampent sur les parois d'une cavité organique dans laquelle s'opère une absorption quelconque : ces vaisseaux sont, au point de vue physique, des tubes remplis de liquide, et l'absorption qui s'opère au travers de leurs tuniques membraneuses est un phénomène d'endosmose. Vous savez, en effet, que l'endosmose est un échange qui s'étabht entre deux liquides différents séparés par une cloison poreuse ; il se produit, dans ces conditions, un double courant de l'intérieur à l'extérieur (exosmose), et de l'extérieur à l'intérieur (endosmose) ; seulement il existe entre ces deux courants une différence d'intensité qui constitue l'équivalent osmotique.
Si maintenant on se demande quels sont les phénomènes qui s'accomphssent chez l'être vivant lorsque l'absorption se produit, on arrive bientôt à se convaincre que le double courant n'a pas Heu. Lorsqu.'on introduit de l'eau dans l'intestin et qu'il se trouve absorbé par les villosités de l'organe, il ne se produit aucun échange : le liquide pénètre dans les vaisseaux, qui ne laissent rien échapper à leur tour. Cette différence entre les phénomènes observés dans la nature morte et chez l'être vivant
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tient exclusivement au mouvement du liquide que renferment les vaisseaux. Ainsi, le courant sanguin entraîne de son côté le liquide stationnaire dans l'intestin sans rien lui restituer, parce qu'il coule toujours sans s'arrêter; mais si vous arrêtez le cours du sang à l'aide d'une ligature, les choses se passent comme à l'intérieur de l'endosmomètre : vous verrez alors l'exosmose se produire aussi bien que l'endosmose; en effet, les deux liquides sont en repos, comme dans l'appareil de physique auquel nous venons de faire allusion, et Talbumine, les sels contenus dans le sang^ seront alors extravasés, et pourront être reconnus par l'analyse chimique au sein du liquide qui baigne les vaisseaux.
Mais sans immobiliser absolument le sang dans les vaisseaux, il suffit d'en ralentir le cours pour diminuer d'autant l'intensité des phénomènes osmotiques; il suffit au contraire d'accélérer la circulation pour augmenter Tactivité avec laquelle le phénomène se produit. Yoilà pourquoi, quand on augmente ou qu'on diminue la rapidité du cours du sang, on exerce une influence parallèle sur l'intensité de l'absorption. Magendie, en effet, a prouvé qu'en comprimant les vaisseaux d'un membre empoisonné, on suspendait les effets de l'agent toxique, jusqu'au moment où, la ligature étant enlevée, les effets ordinaires du poison se révèlent. Lorsqu'à une ligature des vaisseaux on substitue une simple compression qui, sans interrompre d'une manière absolue le cours du sang, peut en ralentir le mouvement, Tempoisonnement est retardé dans sa marche, mais sans être complètement suspendu.
Les résultats obtenus par la présence ou l'absence d'un
obstacle mécanique porté sur les vaisseaux, nous pouvons également les obtenir à Taide des nerfs. Si, dans le tissu cellulaire de l'oreille d'un lapin, on injecte une dissolution de prussiate jaune de potasse, vous retrouverez cette substance assez promptement dans les urines ; mais entre un lapin dans Félat normal et un autre animal (Je la même espèce qui a subi la section du grand sympathique au cou, il existe une notable différence à l'égard de la rapidité avec laquelle Tabsorption s'opère; dans la premier cas, il faut un tiers plus de temps que dans le second. On peut également prouver la même chose en injectant sous la peau de l'oreille de ces deux animaux quelques gouttes d'une dissolution de strychnine; l'empoisonnement marche bien plus vite chez le lapin dont le grand sympathique a été coupé, que chez l'animal dont les fonctions ont conservé toute leur intégrité.
Mais si l'on se demande quels sont les résultats de cette opération, et quelle est l'influence exercée par la section d'un rameau du grand sympathique, la réponse est facile : il s'agit d'une simple accélération de la circulation capillaire, et c'est pourquoi l'absorption se fait avec une rapidité correspondante. Pour obtenir un eiTet inverse, il suffit de renverser l'expérience; injectez dans l'oreille d'un lapin du prussiate de potasse pendant que vous galvanisez le grand sympathique, et vous verrez l'absorption se produire avec une extrême lenteur.
Nous avons donc ici une action directe du système nerveux sur les absorptions ; et ce n'est évidemment pas en agissant sur les particules absorbées, mais en dilatant ou en resserrant les vaisseaux, en accélérant ou en ra-