DES NERFS DANS LA. NUTRITION
lentissant la circulation, que le système nerveux manifeste ici son influence.
Un dernier fait dont il serait impossible de méconnaître l'importance se rattache aux propriétés que je viens de vous signaler. Un animal qui a subi la section d'un des rameaux du grand sympathique présente pendant un temps assez long des phénomènes spéciaux dans la partie correspondante du corps. Une circulation accélérée, une température plus élevée, une absorption, une nutrition plus active, tels sont les résultats ordinaires de l'opération, et cet état peut durer plusieurs mois sans amener aucun trouble de la santé générale lorsque l'animal est maintenu dans de bonnes conditions. Mais aussitôt qu'il est soumis à l'influence d'une cause morbide générale, ou simplement à une abstinence prolongée, on voit des phénomènes inflammatoires se manifester dans les organes privés de leur innervation habituelle; si c'est le filet cervical sympathique qui a été coupé^ la muqueuse nasale, la muqueuse oculaire, deviennent le siège d'une suppuration abondante ; les poumons, la plèvre, les principaux viscères^ peuvent également devenir le siège de ces affections, lorsque l'opération a été pratiquée sur les nerfs splanchniques qui leur sont plus particulièrement destinés.
C'est à l'influence du système nerveux sur la rapidité de l'absorption qu'il faut, selon nous, attribuer tous les faits pathologiques de cette espèce. Cette fonction s'exerce en effet de deux manières : il existe une absorption extérieure, qui s'empare des hquides contenus dans les cavités naturelles ; mais il existe aussi une absorption
intérieure, qui s'accomplit par l'assimilation et l'échange incessant des matériaux du sang et de ceux des tissus. Ce qui nous porte à croire que l'activité de cet échange physiologique s'est accrue après la section du grand sympathique, c'est que la vitalité des tissus augmente d'une manière évidente après l'opération ; l'irritabilité des muscles est plus intense qu'à l'état normal, ainsi qu'on peut s'en assurer par le moyen des appareils de M. du Buis-Reymond, etla sensibihté des nerfs a suivie elle aussi, la même loi. En effet, si vous dirigez un courant d'air, à l'aide d'un petit tube effilé, sur la conjonctive oculaire, vons produirez le clignotement du côté malade, tandis que rien de semblable n'aura lieu du côté sain.
On le comprend donc aisément, la richesse du sang étant diminuée par une abstinence de quelques jours, l'autophagie, qui n'est que la nutrition au fond, est plus active de ce côté, et les tissus qui ne reçoivent plus les éléments nutritifs dont ils ont besoin pour subsister, se détruisent avec une rapidité proportionnelle à l'intensité de l'éUmination. Comme il était aisé de le prévoir, le sang devient plus coagulable, et contient plus de fibrine après la section du grand sympathique, absolument comme dans le cas des phlegmasies spontanées qui rentrent dans le domaine spécial de la médecine clinique.
Ainsi, comme vous le voyez, messieurs, le système nerveux intervient d'une manière directe^ et par un mécanisme toujours identique h lui-même, dans tous les phénomènes, soit physiologiques, soit pathologiques, dont l'économie peut devenir le siège.
DIX-NEUVIÈME LEÇON