‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 69 sur 145 · DES SUSCEPTIBILITÉS TOXIQUES · texte numérisé non relu

DES SUSCEPTIBILITÉS TOXIQUES

mal ne jouissait pas à cet égard d'une immunité absolue ; seulement il faut une dose beaucoup plus forte de venin pour tuer un crapaud que pour faire périr une grenouille <3e même taille ; cela tient à ce que la fibre musculaire de <;e dernier animal, beaucoup plus excitable que celle du crapaud, présente également une résistance bien moins grande à l'action des poisons. Ainsi les auteurs qui admettaient Timmunité du crapaud par rapport à son propre venin ne s'étaient pas trompés dans leurs observations ; seulement ils avaient donné une interprétation absolue à des faits relatifs.

On peut expliquer par des raisons également physiologiques toutes les prétendues immunités dont jouissent •certains animaux par rapport à divers poisons. On a prétendu que le hérisson n'était pas sensible à l'action de l'acide prussique ; mais cela paraît tenir à l'accumulation énorme de graisse qui se fait sous la peau de cet animal aune certaine époque de l'année. Dans ce cas, lorsque le poison n'est déposé que dans le tissu cellulaire, il n'est point absorbé et ne manifeste point sa présence par ses effets ordinaires ; mais, lorsqu'on l'a réellement fait pénétrer dans le torrent circulatoire, l'animal n'échappe plus à l'action toxique. On avait dit aussi que le pourceau n'était pas affecté par la morsure de la vipère ; mais il est aisé de comprendre que la même explication peut s'appHquer à celte immunité prétendue.

On avait également prétendu que le mouton était insensible à l'action de l'arsenic, et qu'une dose de plusieurs grammes de cette substance demeurait sans effet sur lui. Dans un rapport fait à ce sujet à l'Académie des sciences

Magendie a démontré que, lorsque l'animal était sain, il ressentait aussi bien que tout autre les effets de cette substance délétère; mais que les cas d'immunité qu'on avait observés se rapportaient à des animaux qui étaient malades, et dont la panse, remplie d'herbages, ne devenait plus le siège d'une absorption régulière : enveloppé dans une masse aussi considérable d'aliments triturés, ce poison pouvait séjourner très longtemps dans le canal intestinal sans manifester ses effets.

11 est enfin certaines substances qu'on pourrait appeler de faux poisons, parce que leurs effets n'attaquent pas directement les éléments de la vie, et ne sont nuisibles, en quelque sorte, que d'une façon détournée. Tels seraient, par exemple, les champignons vénéneux, qui, sans agir à la manière d'un véritable poison, paraissent, en général, provoquer des accidents de gastro-entérite qui peuvent devenir mortels. Yoilà pourquoi ces végétaux nuisibles, tout en produisant la mort chez certaines espèces animales, peuvent fort bien ne pas la déterminer chez d'autres espèces voisines ; cette différence tient surtout à la facilité plus ou moins grande avec laquelle les animaux vomissent, car il en est plusieurs qui sont entièrement dépourvus de celte faculté. On comprend dès lors que le contact prolongé d'une substance irritante avec la muqueuse intestinale puisse amener une inflammation aiguë qui ne se manifeste point quand les matières nuisibles sont promptement rejetées au dehors. Dans d'autres cas, on peut voir, en effet, la mort survenir par l'action de substances qui n'ont rien de toxique par elles-mêmes, mais qui exercent une action désorganisatrice sur les parois du

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