ACTION DES NERFS
D'une autre part, les résultats de notre examen confirment les observations de divers physiologistes faites sur l'homme : Ludwig Turck, de Vienne^ en pratiquant l'autopsie de certains hémiplégiques, a constaté que, toutes les fois qu'un nerf avait subi la dégénérescence graisseuse^ cette altération remontait jusqu'à ses origines au sein de l'axe médullaire.
Occupons-nous maintenant des variations que peut offrir l'excitabilité du système nerveux. En agissant sur ce grand appareil, nous pouvons mettre en état de repos ou d'activité tous les organes; mais les effets produits varient d'intensité selon l'excitabilité plus ou moins grande des nerfs chez les divers individus que nous soumettons à l'expérience. Il est fort possible que l'une des principales sources des inégalités que présentent les divers animaux entre eux, ou les divers individus d'une même espèce, ou le même individu dans des conditions différentes, doive précisément être cherchée dans cette disposition spéciale du système nerveux ; car, toutes les fois qu'un tissu existe chez un animal, il jouit de certaines propriétés déterminées et toujours les mêmes dans toute l'étendue de l'échelle animale; s'il en était autrement, il faudrait perdre tout espoir de fonder la physiologie sur des basses scientifiques. Si donc nous trouvons le système nerveux plus excitable chez un homme que chez un autre ou dans telle espèce animale plutôt que dans telle autre espèce inférieure, ce ne sont pas là des différences essentielles et caractéristiques, mais de simples variations d'intensité, semblables à celles qui ont lieu chez un animal dans des états physiologiques différents.
Nous pouvons même, tous le savez déjà, généraliser cette manière de voir en l'appliquant à l'action des médicaments et des poisons. Ces agents, je vous l'ai répété bien souvent^ n'exercent leur influence que sur l'élément histologique ; mais il existe certains poisons qui, dans certaines conditions données, ne sont funestes qu'à des espèces animales déterminées et ne donnent point la mort aux autres. Ce ne sont là cependant que de simples variations d'intensité ; car nous ne pouvons pas admettre qu'une substance telle que l'upas, par exemple, qui agit sur la fibre musculaire, ne frappe pas également tous les animaux qui possèdent cet élément histologique.
Ainsi je vous ai déjà entretenus du venin de ces flèches de TAmérique méridionale, qui m'ont été remises par M. Boussingault. On les croyait empoisonnées par le curare; mais il n'en est pas ainsi, comme j'ai eu déjà l'occasion de vous le dire, et, après avoir comparé l'action de ces flèches avec celle de tous les poisons analogues connus, j'ai été amené à conclure qu'il s'agissait du venin du crapaud. M. Boussingault et M. Roulin m'ont appris, en effet, que les habitants de ces contrées font usage de crapauds pour envenimer leurs flèches ; ils recueillent ces animaux en grand nombre, les enfilent sur des broches, et les font chauffer devant le feu : l'animal jette alors son venin, qui est soigneusement recueilh.
Or, les crapauds étant empoisonnés par ces flèches, j'ai dû m'assurer des effets produits sur cet animal par son propre venin ; car divers observateurs, M. Yulpian entre autres, avaient admis qu'il ne succombait pas aux effets de cette inoculation. J'ai pu m'assurer que cet ani-