‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 10 sur 143 · DES EFFETS GÉNÉRAUX DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

DES EFFETS GÉNÉRAUX DES MÉDICAMENTS

SOMMAIRE : Les diverses explications qu'on a jusqu'à présent données relativement à l'action des médicaments sont complètement insuffisantes. — Tentatives pour résoudre la question rationnellement. — Les effets des médicaments doivent être considérés comme des phénomènes physiologiques. — Les divers tissus qui font partie du corps jouissent individuellement de propriétés distinctes et spéciales. — Il existe deux appareils généraux qui sont en rapport avec tous les tissus, à savoir les vaisseaux et les nerfs. — Le sang est le milieu dans lequel existent tous nos éléments. — Le sang transporte les substances nutritives à leur destination. ■ — Le sang est encore le véhicule des médicaments et des poisons. — Les médicaments doivent être envisagés comme des agents physiologiques d'une nature particulière. — Ils agissent sur nos tissus d'une manière entièrement physiologique. — L'action de l'oxygène en est une preuve. — Les propriétés des divers éléments histologiques sont différentes — Les agents qui peuvent les modifier sont également différents, — Action de la strychnine, du curare, de la digitale, de l'oxyde de carbone, de l'arsenic. — Différence entre les nerfs sensitifs et moteurs. — Les médicaments aussi bien que les poisons n'agissent point sur les organes, mais sur les éléments de tissus. — Différence entre les animaux de diverses espèces relativement à l'intensité avec laquelle certains poisons agissent sur eux. — Cette différence existe également par rapport à des tissus homologues chez le même animal. — Le fait s'explique par la vitalité supérieure de certains animaux et de certains organes. — La digitale arrête l'action du cœur longtemps avant de paralyser les autres muscles. — Le galvanisme agit plus puissamment sur les muscles volontaires que sur ceux qui sont involontaires. — Les effets généraux des médicaments s'expliquent rationnellement par leur action sur les éléments histologiques.

Messieurs,

Dans la leçon précédente, j'ai examiné avec vous les explications qu'on a données relalivemenl à Taction des

slibsliinces médicamenteuses. Comme vous l'avez pu voir, malgré les vues ingénieuses proposées par un grand nombre d'observateurs, aucune solution satisfaisante de la difficulté n'a été jusqu'à présent formulée.

Pour réussir dans cette tentative, et parvenir enfin à une conception rationnelle des effets produits par ces agents, lorsqu'ils ont pénétré dans l'économie, il est indispensable, je le crois du moins, de les rapprocher des actes physiologiques, en écartant absolument les doctrines qui reconnaissent soit à la maladie, soit aux médicaments le pouvoir de modifier radicalement les conditions de la vie, de façon à créer dans l'organisme de nouvelles forces biologiques.

Eu étudiant les divers tissus ou éléments de tissus qui font partie de l'être vivant, on peut aisément s'assurer que chacun d'eux -possède des propriétés spéciales , et que c'est ainsi qu'ils parviennent à remplir les diverses fonctions qui leur sont dévolues. Nous constatons en même temps qu'il existe des appareils destinés à réagir sur les tissus élémentaires qui font partie du corps; ce sont,' par exemple, les appareils vasculaires et nerveux. Le sang, transporté par les vaisseaux à toutes les parties du corps, est indispensable à l'existence normale de tous les tissus vivants. Ils périssent rapidement lorsqu'ils sont privés de ce fiuide réparateur et vivifiant. Le sang doit donc, comme je l'ai établi depuis longtemps, cire considéré comme le milieu intérieur dans lequel vivent tous nos tissus. Il les met en contact avec un nombre immense de substances diverses, provenant de sources différentes,

GÉNÉRALISATION tlES ËFFETS MÉDICAMENTEUX. 8â

les unes tirées de l'atmosphère par la respiration, les autres de la nourriture consommée par l'animal et assimilée par les organes digestifs; d'autres enfin, peuvent pénétrer dans l'économie par d'autres surfaces absorbantes, et toutes concourent à la conservation des conditions physiologiques de la vie.

Ce ne sont point là, toutefois, les seules substances que le iluide circulatoire mette en contact avec les éléments primitifs dont se composent nos organes. Le sang est en même temps le véhicule qui transporte à l'intérieur des tissus vivants et au sein même de leur parenchyme des agents médicamenteux destinés à modifier autrement leurs propriétés ; il faut donc nous habituer à considérer les médicaments comme des agents physiologiques d'une nature exceptionnelle : ils pénètrent dans l'économie par les mêmes voies que les aliments ; ils révèlent leur présence en donnant naissance à une série de phénomènes qui, dans chaque cas, sont propres à chacune de ces substances en particulier. Mais une autre question s'élève ici, c'est de savoir comment ces substances étrangères peuvent agir sur nos tissus? Ce n'est point par leurs propriétés physico-chimiques propres, comme je vous l'ai montré dans la séance précédente, mais par des propriétés dites physiologiques, parce que ce sont des propriétés physiques et chimiques provoquées dans la matière organisée et dans les éléments vivants. Lorsque l'oxygène, par exemple, se trouve en contact avec des fibres élémentaires, soit nerveuses, soit musculaires, il y détermine des conditions physico-chimiques qui en augmentent Tactivité et maintiennent toutes leurs propriétés

essentielles; privées de ce stimulant énergique, les fibres nerveuses et musculaires ne tardent pas à mourir ; il est probable que dans son essence intime cette action de l'oxygène est d'un ordre physique ou chimique, mais tant qu'il nous sera impossible d'en préciser la nature, l'observateur devra lui donner le nom (faction physiologique.

Les éléments histologiques, je vous l'ai déjà dit, possèdent dans chaque tissu des propriétés spéciales, et plus le rang de l'animal est élevé, plus il existe de différences entre les propriétés de ses éléments de tissus. Dans les espèces élevées, des organes spéciaux sont adaptés à chaque fonction spéciale, et dans aucun animal leur nombre n'est aussi grand que chez l'homme. Nous sommes donc pleinement autorisés à dire que dans les organismes supérieurs la fibre musculaire diffère à tous les égards de l'élément nerveux et de la cellule glandulaire, et que des agents qui ne sauraient exercer aucune influence sur les unes peuvent agir très-énergiquement sur les autres. Nous sommes convaincu qu'au fond les médicaments tuissi bien que les poisons n'agissent primitivement que sur certains éléments histologiques spéciaux, même dans le cas où ils paraissent produire un trouble général de toute l'économie. C'est ainsi que la strychnine localise son action sur les nerfs seiisiiifs à l'exclusion de tous les autres appareils nerveux. D'un autre côté, le curare concentre son action sur les nerfs moteurs et les paralyse partout où ils existent; c'est ainsi qu'il arrête les fonctions les plus indispensables à la vie, sans déterminer la moindre lésion des glandes,

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