GÉNÉRALISATION DES EFFETS MÉDICAMENTEUX
des muscles, des vaisseaux ni des autres tisstis de l'économie. Mais l'action des poisons qui circulent dans le sang ne se dirige pas toujours sur le système nervetix; tous les autres tissus, sans en excepter le sang lui-même, ont leurs poisons particuliers, qui modifient leurs propriétés vitales. Ainsi, la digitale et l'upas antiar paralysent la contractilité musculaire; toutefois il existe tine différence marquée entre les divers degrés d'intensité que présente l'action dé ces poisons sur les diverses espèces de muscles. Nods avons déjà rencontré une différence analogue à l'occasion des propriétés excitantes de l'électricité qui agissent avec une grande puissance sur certains groupes de muscles, et dont l'influence est presque nulle sur des muscles différents. Mais lorsque ces poisons musculaires ont pénétré dans l'économie, le système nerveux peut demeurer absolument intact, et c'est uniquement par l'arrêt du cœur qu'ils arrivent à produire la mort. Une substance d'un genre bien différent, l'oxyde de carbone, respecte à la fois les muscles et les nerfs, elle n'agit que sur les globules du sang qui doivent sans doute être considérés comme des cellules organiques, à l'instar des autres éléments histologiques. L'oxyde de carbone arrivé dans les poumons se fixe sur les globules qui circulent dans les vaisseaux pulmonaires, et telle est son affinité pour eux qu'il se produit un composé chimique stable et que la présence de l'oxygène ne suffit plus à détruire. Voilà comment la fonction si importante qui est dévolue aux globules du sang se trouve abolie d'un seul coup. Voici donc une influence aussi générale, aussi complète que possible et qui s'exerce sur l'économie
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tout entière par suite d'une action qui n'atteint qu'un élément unique; il suffit de modifier ainsi un élément histologique particulier pour priver tous les autres tissus d'un stimulant indispensable. Nous trouvons ici un exemple remarquable du mécanisme par lequel les effets de l'empoisonnement d'un élément finissent par envahir tout l'organisme; la substance vénéneuse circulant librement dans le sang s'empare de son tissu de prédilection partout où elle le rencontre. Pour en donner un exemple de plus, nous citerons l'action de l'arsenic qui ressemblerait beaucoup, dit-on, à celle que nous venons d'étudier; l'arsenic se combinerait aux globules comme l'oxyde de carbone, mais sans les priver entièrement de leurs propriétés normales; il tendrait seulement à diminuer l'activité des échanges qui s'opèrent, entre l'oxygène et l'acide carbonique, par leur intermédiaire. Un pareil état de choses maintenu dans de certaines limites n'est pas entièrement incompatible avec la santé, et peut alors déterminer l'apparilion de certains principes en excès dans les tissus, la graisse, par exemple.
L'action des médicaments en général ne doit être envisagée que comme une action élective et spéciale sur les éléments organiques. Les nerfs, les muscles, les globules du sang et tous les autres éléments des tissus sont doués de certaines propriétés vitales que l'intervention de la médecine a pour but de modifier, tantôt pour en accroître, tantôt pour en diminuer l'intensité; et l'action des médicaments ou des poisons ne peut se généraliser que par l'intermédiaire des systèmes vasculaire ou nerveux.
Nous avons déjà dit qu'il existe une profonde différence
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en Ire les fibres motrices el les fibres sensitives que les vivisections ont mises en pleine lumière; cette différence existe aussi pour les médicaments ou poisons. Si vous injectez du curare dans les veines ou si vous l'introduisez sous la peau d'un animal après avoir lié les vaisseaux d'un membre, les nerfs moteurs seront empoisonnés sur tous les points et la contractilité musculaire ne pourra plus se réveiller sous leur influence. Il n'y aura d'exception que pour les nerfs moteurs du membre sur les vaisseaux duquel une ligature a été jetée; ils conserveront leurs propriétés physiologiques et provoqueront des contractions toutes les fois qu'on les aura galvanisés ou soumis à l'action de tout autre excitant. Il est évident par là que les nerfs moteurs ne donnent naissance qu'à des phénomènes purement locaux, et sont incapables de générahser leur action et d'agir les uns sur les autres par l'intermédiaire de l'axe central qui les réunit. 11 en est tout autrement pour les nerfs sensitifs. Qu'on fasse pénétrer dans le torrent circulatoire de la strychnine ou tout autre poison qui les tient sous son influence, après avoir lié, comme dans l'expérience précédente, les vaisseaux d'un membre; et l'on verra que l'opération est demeurée impuissante à prévenir les effets du poison ; des convulsions se produiront dans le membre opéré, comme sur tous les points où le poison a pénétré directement.
Les diverses substances dont le médecin fait usage n'agissent donc pas sur l'organisme entier; elles n'agissent pas sur les organes ni sur les appareils pris dans leur ensemble, mais sur quelques-uns des éléments histologi(|ues dont ils se composent; ce serait une erreur,
par exemple, de croire (jne h\ digitnle paralyse le cœur seul; ce n'est point sur le cœur lui-même, mais sur les fibres musculaires en général, que s'exerce l'action du [)oison ; seulement cette action est plus grande sur les fibres musculaires de cet organe. Les nerfs, les vaisseaux, et les autres tissus qui entrent dans la composition du cœur demeurent parfaitement intacts.
Il n'y a point lieu, d'ailleurs, de s'étonner de l'énergie foudroyante que manifestent certains poisons, lorsqu'ils sont administrés aux animaux supérieurs, ni de la faiblesse de leur action chez les espèces inférieures. Un oiseau est presque immédiatement frappé de mort par une dose de digitaline qui tue lentement un mammifère de la même taille et ne suffit point pour faire mourir un reptile. Le fait est bien démontré, comme vous le savez, pour d'autres agents toxiques; les éléments histologiques subissent en effet l'influence des agents extérieurs en raison directe de leur délicatesse ou de leur énergie vitale.
Mais nous voyons non-seulement les tissus de divers animaux présenter de grandes différences à cet égard, il en est de même lorsqu'on considère des tissus homologues chez le même individu ; c'est ainsi, comme nous venons de le dire, que la digitaline, longtemps avant de paralyser la contractilité des autres muscles, arrête les mouvements du cœur; ce résultat peut s'expliquer sans doute par l'incessante activité du muscle cardiaque. Ses fibres, qui de toutes les fibres musculaires sont incontestablement les plus actives duns l'exercice de leurs fonctions, doivent être naturellement celles qui subissent