RATIONALISME EXPÉRIMENTAL
ne seront plus du tout l'interprélalion légitime des faits.
Mais faudra-t-il conclure de ces critiques qu'on doive, dans la crainte d'errer, rester dans l'empirisme expérimental le plus sévère, et se contenter d'accumuler des faits les uns à côté des autres? Évidemment non : il faut arriver aux théories qui seules constituent la science. Or, pour cela, il faut que l'esprit sorte des faits et s'élance dans l'inconnu à l'aide de vues ou d'inductions hypothétiques; seulement on devra sans cesse appeler à son aide la vérification expérimentale à chaque pas qu'on fera en avant, de crainte que l'esprit ne s'égare en oubliant la réalité pour suivre les déductions de ses hypothèses. En un mot, la bonne science expérimentale ne peut se faire qu'à l'aide du double concours des faits bien observés, qui représentent les matériaux scientifiques, et du raisonnement, qui les élabore, les interprète et les coordonne. La grande difficulté, c'est de se maintenir dans la juste mesure des choses qui représente la vérité; ce qui importe surtout, c'est de ramener les idées aux faits, et non les faits aux idées.
Le danger des excès du raisonnement devient d'autant plus grand qu'il s'applique à des sciences expérimentales moins avancées, et qu'on raisonne sur un moins grand nombre de faits. A mesure que la physiologie et la médecine avancent, les créations de systèmes deviennent de plus en plus difficiles, parce que les faits sont tellement nombreux et variés que, si l'on s'appuyait sur l'un d'eux pour en faire le point de départ d'un système, on en trouverait aussitôt un autre pour construire un système
hS6 PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE.
contraire. Aujourd'hui l;i médecine est dans une période de transition qui la conduira à l'étal de science expérimentale. L'esprit expérimental est opposé à l'esprit de système en ce qu'il ne se hasarde à sortir des faits qu'autant qu'il a l'expérience pour le guider.
En résumé, dans les sciences expérimentales, il faut : constater d'abord les faits empiriquement et en euxmêmes, en fixant aussi exactement que possible leurs conditions d'existence; invoquer ensuite le raisonnement qui les interprète et les relie entre eux. C'est dans cette seconde phase du travail scientifique que se trouve le passage dangereux. Pour ne pas glisser dans l'erreur, il faut, je le rappelle, ne marcher que pas à pas, et ne jamais risquer un raisonnement sans une expérience pour le vérifier aussitôt. Le raisonnement ne contient pas l'erreur en lui-même : on raisonne toujours logiquement; mais la logique n'est pas le caractère absolu de la vérité, et si l'on a pu dire que la raison est le critérium suprême, en ce sens que loul ce qui est vrai est logique , on a le droit de répondre que tout ce qui est logique n'est pas nécessairement vrai, car, les prémisses une fois admises, l'erreur est aussi logique que la vérité. En matière de sciences expérimentales, ce n'est donc pas dans le raisonnement lui-même qu'il faut chercher la cause de l'erreur, mais seulement dans son point de départ et dans les faits sur lesquels il s'appuie.
Quand on part de faits absolument connus, et par conséquent vrais, le raisonnement, c'est-à-dire la logique, conduit nécessairement à la vérité. Alors on n'a même pas besoin de vériiication expérimentale : c'est le