DÉTERMINISME EXPÉRIMENTAL
les bonnes expériences, celles de 4822 ou celles de 1839. Où était la vérité et à quel résultat Magendie voulait-il s'arrêter ?
Quant à Magendie, son esprit sceptique et empirique s'inquiétait peu de ces divergences ; toutes ses expériences étaient pour lui des faits qu'il acceptait également sans prétendre les concilier.
Mais M. Longet avait des dispositions d'esprit trèsdifférentes, et un tel résultat ne pouvait le satisfaire. Il répéta donc avec constance et avec soin un grand nombre d'expériences. Après de longues recherches, il tinit par se décider pour la négative, et par conclure que Magendie s'était totalement trompé en 1839, lorsqu'il avait cru voir dans les racines antérieures une sensibilité qui n'y existait pas.
Par ces études, M. Longet aspirait sans doute à sortir de l'empirisme expérimental et voulait arriver à des résultats identiques. Mais cependant, de quel droit con^ damnait-il certaines expériences au nom d'autres expériences qui leur étaient contradictoires? Il est certain que toutes étaient également des faits. On ne peut pas trier les expériences, garder les unes et exclure les autres ; il faut les mettre chacune à sa place en déterminant leurs conditions propres d'existence. C'est ainsi qu'on ne fait de la critique expérimentale, féconde et décisive qu'à la condition d'avoir un critérium solide puisé dans le déterminisme absolu des conditions de chaque phénomène.
Quoi qu'il en soit, la sensibilité récurrente était niée, et M. Longet présenta son travail aux concours de l'Académie des sciences. Il répéta, devant la commission, ses
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expériences qui réussirent parfaitement, et il obtint un prix pour avoir démontré que la sensibilité récurrente n'existait pas. Ce jugement prouvait simplement que les faits négatifs existaient ; mais il ne pouvait démontrer que les faits négatifs détruisaient les faits positifs.
Du reste, la question devait encore passer par d'autres péripéties. Magendie , qui pendant plusieurs mois avait montré à volonté dans ses cours les phénomènes de la sensibilité récurrente, devait être étonné de ces dénégations. 11 voulut donc reprendre ses expériences; mais il arriva ce fait singulier qu'il ne parvint pas à retrouver cette sensibililé récurrente qu'il obtenait autrefois d'une manière si constante et si aisée. Je participai moi-même à ces essais avec Magendie, sans comprendre la raison de cette disparition singulière de la sensibilité récurrente, mais ne pouvant renoncer toutefois à mes souvenirs, qui me l'avaient montrée de la façon la plus claire quand j'assistais aux premières expériences de Magendie, en 1839.
Je faisais des cours particuliers de physiologie expérimentale, j'avais souvent occasion de répéter ces expériences, qui me donnèrent pendant longlemps les mêmes résultats négatifs. Cependant la préparation de l'expérience paraissait bien simple, et elle était la même dans tous les cas : on ouvrait le canal vertébral pour mettre la moelle épinière à nu, et l'on examinait les racines des nerfs qui en sortent. Où avait donc pu se glisser l'erreur dans cette série d'opérations qui semblaient si parfaitement identiques quant à leurs conditions opératoires? Personne ne pouvait le dire" pourrie moment, et la