‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 115 sur 143 · ENTITÉS MORBIDES · texte numérisé non relu

ENTITÉS MORBIDES

nisme qu'en faisant pénétrer leur influence jusqu'à eux. C'est là que se produisent toutes les actions physiologiques, pathologiques, toxiques ou thérapeutiques, et ces actions sont en rapport avec les propriétés de tel ou tel élément qui les expliquent.

Mais le langage de la médecine s'est formé sous l'influence d'idées bien différentes et à une époque où l'état des connaissances physiologiques était loin de permettre une conception semblable à celle que nous avons aujourd'hui. C'est ce qui fait que ce langage exprime souvent des idées qui ne correspondent plus au point de vue sous lequel nous devons considérer aujourd'hui les phénomènes de l'organisme.

Ainsi, les médecins disent d'ordinaire que tel médicament agit sur telle maladie, ou même sur tel symptôme de la maladie, par exemple que la quinine agit sur la fièvre. Mais qu'est-ce que cela peut signifier en physiologie? Absolument rien. La fièvre est une pure entité, qui ne saurait par conséquent subir par elle-même aucune action. On dit plus souvent encore que certaines substances agissent sur des dialhèses organiques, par exemple qu'elles modifient les diathèses scrofuleuse, tuberculeuse, syphilitique, etc. Cela n'a pas plus de réalité scientifique. Diathèses et maladies sont de simples créations de l'esprit, des mots sous lesquels nous réunissons un certain ensemble de phénomènes concomitants ou successifs; mais au fond il n'y a de réel, et par conséquent de susceptible d'être influencé, que la matière dans laquelle se passent les phénomènes intimes euxmêmes. Un médicament quelconque ne peut donc agir

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que sur un élément organique, et pas sur autre chose d'immatériel.

Agir sur une maladie, modifier une diathèse, ce sont donc là des expressions purement littéraires. On peut les employer sans doute pour la commodité du langage, puisqu'elles sont usuelles , mais à condition de bien les entendre et de ne jamais oublier ce qu'on veut indiquer par là. Il y aurait les plus grands dangers à en être dupe et à les prendre à la lettre.

Nous avons insisté de nouveau sur le véritable caractère des phénomènes de la vie, parce qu'il est indispensable, avant d'aborder utilement l'étude d'une science, d'être bien fixé sur sa nature et sa méthode. Il ne faudrait pas laisser croire un seul instant que la physiologie diffère des autres sciences par ses principes généraux, sa nature essentielle ou sa méthode d'invesligadon. C'est une science qui doit marcher comme la physique ou la chimie dans la voie de l'expérimentation; elle ne diffère de ses voisines que par l'objet auquel elle s'applique et la délicatesse beaucoup plus grande des phénomènes qu'elle étudie. Les principes généraux de la méthode restent absolument les mêmes, et il ne peut y avoir à modifier que les procédés expérimentaux dont les détails pratiques sont évidemment subordonnés d'une façon très -étroite à l'objet d'étude auquel on veut les appliquer.

La physiologie est une science expérimentale toute nouvelle; il y a fort peu de temps qu'elle existe d'une manière indépendante et qu'elle a conquis son autonomie qui lui permettra de se développer suivant sa nature propre et ses véritables tendances.

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