DES VIVISECTIONS ANIMALES
principe de la médecine expérimentale. Au prix de quelques souffrances imposées aujourd'hui aux animaux, elle permettra de pénétrer dans le mécanisme des maladies, de les guérir ou de les soulager, et elle évitera ainsi plus tard une bien plus grande somme de douleurs que celle qu'elle aura produite. C'est comme une opération chirurgicale, souvent douloureuse, mais qu'on supporte cependant volontiers pour ne plus souffrir ensuite.
D'ailleurs, le physiologiste ne fait guère que profiter pour ses expériences d'une situation qu'il n'a point créée et qui n'en existerait pas moins sans lui. Dans une grande ville comme Paris, il y a une foule d'animaux qu'il est indispensable d'abattre pour satisfaire aux exigences de l'hygiène publique et même pour rendre possible la continuation de la vie sociale. On a calculé que si l'on interrompait pendant un mois seulement ces sacrifices quotidiens, nous serions envahis et bientôt presque dévorés par ces êtres qui pulluleraient autour de nous. C'est donc en quelque sorte une véritable lutte pour l'existence. Eh bien, le physiologiste ne fait que sacrifier dans ses expériences une très-petite partie des animaux dont il est indispensable de débarrasser la ville, et qu'il faudrait tuer de toutes façons d'une manière ou d'une autre. Ainsi les chiens de la fourrière, que nous utilisons pour nos recherches, seraient pendus le jour même.
n'était pourtant à coup sur ni un moraliste relâché, ni un esprit antichrélien, ni un caractère violent; mais il comprenait que chaque chose a ses nécessités propres, ses lois particulières, auxquelles il faut d'abord obéir quand on la fait, sous peine de la stériliser complètement et de tout perdre. La physiologie a ses exigences indispensables : il faut s'y soumellrc ou renoncer à la voi faire des progrès.
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Enfin les nécessités de notre alimentation n'obligentelles pas à sacrifier tous les jours d'immenses quantités d'animaux que nous élevons même tout exprès pour cela? A côté de ces hécatombes, qu'est-ce que le nombre imperceptible de victimes que la physiologie est obligée de faire, dans un but utile, non moins nécessaire? Et cependant, serait-il possible que nous renoncions à tuer les animaux pour nous en nourrir ? qui songerait à le proposer!
Quant à la douleur qui peut accompagner la mort dans les expériences physiologiques, on l'exagère beaucoup ; elle est souvent moindre que celle que les animaux subiraient en périssant d'une autre manière, ou dans les rudes services que nous leur imposons. D'ailleurs, l'emploi des anesthésiqueSjdont nous nous occuperons bientôt, permet de la faire disparaître presque entièrement.
Nous pouvons donc expérimenter sans scrupules, sinon sur l'homme, du moins sur les animaux. Mais obtiendrons-nous ainsi des résultats qu'il soit permis d'appliquer à la médecine expérimentale, ce qui est toujours notre but?
Il y a sans doute des expériences qu'on ne saurait faire utilement pour l'homme sur les animaux.
Il est bien certain que pour les questions d'application immédiate à la pratique médicale, les expériences faites sur l'homme sont toujours plus concluantes (1). Mais
(1) On raconte que des rois de Perse livraient des condamnés à mort aux médecins afin qu'ils fissent sur eux des vivisections utiles à la médecine. Au dire de Galien, Attalc 111 Pliilométor^ qui régnait à Pergamc, 137 ans avant J,-C., expérimentait les poisons et les contre-poisons sur des criminels con-
CONCLUSIONS DES ANIMAUX A l'hOMME. 551
quand on met simplement en jeu les propriétés générale delà matière vivante, ces propriétés doivent se retrouver partout, aussi bien chez l'homme que chez les animaux, sauf à voir s'il n'y a pas quelque particularité spécifique qui ait pu modifier la manifestation des phénomènes généraux.
Mais il ne suffit pas de dire que nous expérimenterons sur des animaux, il faut encore examiner quels sont ceux qu'il convient de choisir,
Galien opérait sur des porcs ou sur des singes, et il en donne pour raison que ces animaux sont ceux qui se rapprochent le plus de l'homme ; mais il paraît qu'il ne faisait pas d'expériences sur des singes en public, parce que la vue de ces animaux, leurs grimaces pendant les opéralions et la manière dont ils expriment leurs souffrances, produisaient une impression pénible sur l'assistance. J'ai moi-même expérimenté, une seule fois, sur un singe, et j'ai éprouvé aussi une émotion désagréable. Ces animaux vous prennent les mains, ils gémissent, leur visage se contracte de mille manières en exprimant la douleur; en
damnés à mort. Celse rappelle les vivisections d'Hérophile et d'Erasistrale pratifiuées sur des criminels, avec le consentement des Ptolémées, Il n'est pas cruel, dit-il, d'imposer des supplices à quelques coupables, supplices qui doivent profiter à une multitude d'innocents pendant le cours de tous les Biècles, Le graad-due de Toscane fit remettre à Fallope, professeur d'anatomie à Pise, un criminel avec permission qu'il le fît mourir et qu'il le disséquât à son gré. Le condamné ayant une fièvre quarte, Fallope voulut expérimenter l'influence des effets de ropium sur les paroxysmes. Il administra deux gros d'opium pendant l'intermisgion ; la mort survint à la deuxième expérimentation. De semblables exemples se sont présentés plusieurs fois, et Ton connaît l'histoire de l'archer de Meudon qui reçut sa grôce parce qu'on pratiqua sur lui la néphrotomie .avec succès,
un mot, ils ressemblent trop à l'homme, et les expériences qu'on voit faire sur eux sont par conséquent un spectacle trop émouvant et trop pénible. Il est vrai qu'autrefois on ne connaissait pas l'emploi du chloroforme qui diminuerait beaucoup ces inconvénients.
Aujourd'hui, on expérimente surtout sur les animaux domestiques, particulièrement les chiens et les lapins, parce qu'on les a pour ainsi dire sous la main. Il ne faut pas en effet se créer des embarras inutiles, et l'on ne gagnerait rien à faire venir un lion pour ses expériences; il ne vaudrait pas mieux qu'un chien, et il serait de plus beaucoup moins commode à manier.
Outre les animaux domestiques, il en est un qu'on emploie pour ainsi dire journellement, celui que l'on qualifie de souffre-douleurs des physiologistes et qui a rendu les plus grands services à la science, c'est la grenouille. Cet animal est pour ainsi dire le réactif physiologique ordinaire. On a dit qu'il était placé trop loin de nous dans l'échelle zoologique pour être le sujet d'expériences dont on ait le droit d'appliquer les résultats à la physiologie de l'homme ; c'est là une erreur complète.
Sans doute, si l'on expérimentait toujours sur le même animal, on ne pourrait pas construire l'édifice physiologique sans avoir des doutes sur la solidité de sa base, parce qu'on ne serait pas certain de n'avoir pas pris pour un phénomène général ce qui ne serait qu'une particularité propre à l'espèce; mais ce n'est point ainsi que l'on a fait. Si le plus souvent on a commencé par expérimenter sur la grenouille, on a expérimenté aussi sur d'autres animaux, et l'on a vérifié chez eux les phénomènes ob-