CHOIX DES ANIMAUX
serves d'abord chez la grenouille. En comparant divers animaux entre eux, on peut ainsi se convaincre qu'on n'a point affaire à des phénomènes particuliers à telle ou telle espèce, et l'on n'a plus dès lors de raison pour soutenir qu'ils ne se retrouvent pas également chez l'homme. Nous pouvons répéter, au point de vue physiologique, ce que Buffon disait d'une manière philosophique : s'il n'y avait pas d'animaux, l'homme serait encore plus incompréhensible.
Si l'on expérimente si souvent avec des grenouilles, ce n'est point par un choix arbitraire. Le motif de cette prédilection des physiologistes, c'est que, de tous les animaux à sang froid, la grenouille est celui qu'il nous est le plus facile de nous procurer en grande quantité et à peu de frais. Or, les animaux à sang froid présentent, pour les expériences physiologiques, des avantages considérables : chez eux les phénomènes vitaux sont beaucoup plus lents, ce qui les rend plus facilement observables, et ils persistent à se produire longtemps encore après l'ouverture du corps et la séparation des organes. Ainsi un cœur de grenouille continue à battre, quoique l'on ait ouvert le thorax, et ses tissus conservent longtemps leurs propriétés vitales, ce qui permet de les étudier facilement. De plus, cet animal résiste sans peine à des opérations considérables ou à des ligatures qui seraient tout à fait impossibles sur d'autres animaux.
Chez les animaux à sang chaud, et par conséquent chez l'homme, il serait loin d'en être de même. Les propriétés vitales des tissus disparaissent très-vite quand on a détruit la vie de l'ensemble : si l'on ouvrait la poitrine.
554 PATHOLOGIE EXPliRIMENTALE,
on tuerait immédialemenl l'animal, (lès que le cœur cesserait de battre, etc. Mais cela veut-il dire que les choses se passent autrement chez l'homme et chez les animaux à sang chaud? Non, assurément. La persistance des propriétés vitales qu'on observe chez les animaux à sangfroid tient simplement à des conditions particuHères, qu'on peut reproduire artificiellement chez les animaux à sang chaud.
Ainsi j'ai transformé le lapin en un véritable animal à sang froid, soit en le soumettant à une réfrigération énergique et continue très-longtemps prolongée, soit en coupant la presque totalité des nerfs respiratoires, de manière à ralentir énormément la respiration, et par suite, la circulation du sang et tous les phénomènes chimiques de l'organisme qui sont la source de la chaleur animale. Quand un lapin est placé dans cet élal, il prend tous les caractères des animaux à sang froid ; la vitalité de ses tissus acquiert la même persistance, et l'on peut répéter sur lui les expériences qu'on fait d'ordinaire sur la grenouille. Cependant c'est bien toujours un lapin, et, quand il a été simplement refroidi, on peut le faire retourner à son état normal en le replaçant dans les conditions ordinaires de température. On observe les mêmes phénomènes chez la marmotte, dont les tissus, pendant l'hibernation, présentent tous les caractères de ceux des animaux à sang froid, tandis que pendant le réveil ils présentent les caractères ordinaires de tissus des animaux à sang chaud.
On voit donc que les animaux à sang froid ne diffèrent pas en réalité des animaux à sang chaud par la