‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 42 sur 143 · DE LA SENSIBILITÉ RÉCURRENTE · texte numérisé non relu

DE LA SENSIBILITÉ RÉCURRENTE

SOMMAIRE : Expériences relatives aux fonctions de la moelle épinière. — Les racines postérieures servent à transmettre les impressions sensitives ; les racines antérieures, à déterminer des mouvements. Expériences qui démontrent l'existence de ces propriétés fondamentales. — Sensibilité récurrente. — Les expériences qui sont destinées à la mettre en lumière doivent être pratiquées sur des animaux supérieurs. — Précautions à prendre pour entretenir la sensibilité de l'animal. — Les nerfs peuvent devenir insensibles après l'ouverture du canal rachidien. — Opinions diverses relatives à l'origine de la sensibilité récurrente. — Elle est considérée comme étant le résultat de la réflexion de fibres sensitives, qui reviennent de la périphérie au centre. — Preuves à l'appui. — Caractères physiologiques des fibres sensitives et motrices. — Les fibres motrices sont aplaties, les fibres sensitives ont une forme cylindrique, — Existe-t-il quelques fibres sensitives dans les racines antérieures, et quelques fibres molrices dans les racines postérieures? — Opinion d'Arnold sur ce point. — La section des racines postérieures détruit toute sensibilité dans les racines molrices correspondantes. — Considérations sur la structure de la moelle épinière. — La sensibilité propre dont elle jouit provient des racines postérieures. — Expériences diverses sur la sensibilité récurrente.

Messieurs,

Parmi tous les résultats [thysiologiques qui vous ont clé exposés dans la séance précédente, le premier et le plus important de tous est celui qui établit la distinction entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs, au moyen de la section des racines antérieures et postérieures. Pour arriver à démontrer ce fait fondamental, on n'a pas besoin de

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s'adresser aux animaux supérieurs. On peut, sans doute, opérer sur des mammifères : mais dans le cas présent, nous ferons usage de batraciens, ce qui ne peut nuire en rien à la rigueur de la démonstration.

Yoici une grenouille, chez laquelle, d'un côté, on a coupé des racines sensitives qui correspondent à la patte postérieure, et de l'autre côté les racines motrices : voyons quels sont les effets de ces lésions. Lorsque je pince la patte dont les mouvements sont conservés, l'animal reste immobile, ce qui prouve que la sensation n'a pas lieu : lorsqu'au contraire je pince celle qui est paralysée du mouvement, mais qui est demeurée sensible aux impressions extérieures, elle retire la patte opposée, les mouvements volontaires étant abolis dans le membre qui vient d'être excité. On peut répéter la même épreuve en trempant les deux pattes dans de l'eau légèrement acidulée : l'animal retire alors la patte dont les nerfs moteurs n'ont pas été paralysés par la section des racines antérieures ; l'autre patte reste immobile plongée dans le liquide. Celte expérience suffit pour vous prouver que la sensibilité est l'apanage des racines postérieures, et le mouvement celui des racines antérieures. Nous ne croyons pas devoir insister davantage sur un fait aussi net et aussi clair.

Mais nous avons des expériences bien plus délicates à pratiquer sur la sensibilité récurrente; il faut, pour constater cette propriété, avoir recours à des animaux supérieurs mammifères, le chien, le chat, etc. : les batraciens ne se prêtent pas à ce genre d'investigation. Je vous ai déjà entretenus des précautions qu'il importe de

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prendre pour mettre en lumière ce pliénomène intéressant : il est indispensable de laisser reposer l'animal après l'ouverture du canal rachidien. L'influence exercée par cette opération sur la sensibilité des paires rachidiennes se démontre encore à merveille parles effets qu'on obtient sur d'autres nerfs plus superficiels, le facial par exemple. Ce nerf jouit d'une sensibilité récurrente trèsprononcée, qui siège dans le bout périphérique quand le nerf a été coupé : mais, après l'ouverture du canal vertébral, ce qui n'amène cependant aucune lésion directe des nerfs crâniens, le facial peut devenir insensible, et ne recouvrer ses propriétés normales que lorsque l'animal a eu le temps de se reposer. La perte de sensibilité momentanée des racines antérieures des nerfs rachidiens paraît donc n'être qu'un cas particulier d'un fait trèsgénéral ; en d'autres termes, la douleur amène toujours un épuisement nerveux qui se traduit par une insensibilité plus ou moins complète et qui disparaît après un certain laps de temps.

L'animal que je vous présente ici a été opéré il y a près de deux heures : il a donc eu le temps de se reposer : d'ailleurs nous ne vous montrerons les résultats de l'expérience qu'à la fin de la leçon.

La sensibilité récurrente, comme nous vous l'avons montré dans la séance précédente, est encore enveloppée d'un profond mystère quant au mécanisme réel qui lui donne naissance , et vous avez vu que l'hypothèse la plus rationnelle consiste à admettre l'existence des fibres sensitives qui, parvenues à différents point de leur parcours, se courberaient vers leur point d'origine en

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